‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 4)Chapitre 224 sur 361 · CONVERSATION DE STARHEMBERG AVEC BERNIS SUR LA PAIX · texte numérisé non relu

CONVERSATION DE STARHEMBERG AVEC BERNIS SUR LA PAIX

la paix dont la nécessité n’est que trop démontrée. La connaissance des instruments qui devaient être employés cette campagne et du défaut d'argent m'y avait fait songer après les batailles funestes du 5 novembre et décembre. Les événements du Rhin aujourd'hui sont de nature à faire prendre son parti; Wesel tombera et avec lui tout l’Empire, si on ne le secourt pas promptement par une diversion, » Puis, après avoir constaté les bonnes

dispositions des puissances qu'il s'agissait de convier à

l'œuvre d’'ayaisement, Bernis ajoute : « L'entreprise de M. de Daun (1) m'afflige et m'alarme. Il ne faudrait que gagner du temps et non pas risquer les uns et les autres toutes nos forces. Une demi-heure peut nous mettre à la merci de nos ennemis. »

A la suite de cette communication, Starhemberg eut une longre conférence (2) avec le ministre : Pour gagner sa confiance et pour pénétrer ses intentions, il accepta le principe de la paix sauf à en discuter les moyens. Tout d'abord, il repoussa la suggestion de s'adresser directement au roi de Prusse et fit adopter la médiation de l'Espagne. Il fut convenu entre les deux diplomates qu'on débuterait en cherchait à amadouer cette puissance par l'offre de l’île de Minorque ; en cas de refus ou de réponse dilatoire, on demanderait à Wall d'agir auprès de la cour de Saint-James en vue de l'ouverture de négociations pacifiques. L'Autrichi. à n’hésita pas à avouer ses préférences pour un arrangement restreint à l'Angleterre et à la France, mais. pour se conformer aux vues du Roi qui désirait une entente plus générale, il passa condamnation sur ce point. Restait à savoir si l'Espagne consentirait à étendre son intervention à la Prusse et quel accueil le roi Frédéric ferait à la proposition. Tout cela

(1) Allusion aux ordres donnés à Daun de faire lever le siège d'Olmütz. (2) Starhemberg à Kaunilz, 22 juin 1758. Archives de Vienne.

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entrainerait des explications et exigerait du temps pendant lequel les opérations militaires produiraient leur effet. Quant aux conditions des futurs traités, Bernis aurait voulu poser comme base le « statu quo ante bLellum », mais s'était laissé ramener à une formule vague où il n'était mention que de « termes favorables et raisonnables ».

Pendant que Bernis, dans sa correspondance avec Stainville ét ses entretiens avec Starhemberg, continuait, en faveur de la paix plus ou moins immédiate, une plaidoirie dont la chaleur variait d’après les impressions du moment et les nouvelles du théâtre de la guerre, Kaunitz avait été éclairé, grâce à une indiscrétion de l’ambassadeur francais, sur le dissentiment qui existait entre les instructions ofür'elles du ministre rt les tendances intimes du véritable directeur de la politique française, la toute-puissante M°° de Pompadour. En commerce épistolaire avec le Roï et la favorite, à même par conséquent de comparer leur langage à celui de son chef hiérarchique, Stainville s'était rendu compte de l’exagération de ce dernier; mais au lieu de garder cette constatation pour lui, il la communiqua, un peu traitreusement ce semble, au chancelier. Voici en quels termes Kaunitz raconte la confidence qu'il a reçue (1) : « A titre de secret et pour vous seul, je ne dois pas vous cacher que M. de Stainville m'a donné à lire un billet de la main de M"° de Pompadour qui contient ce passage surprenant : « L'abbé « se prête trop aux fantaisies du public et à l'envie de lui « plaire; ilen sera la dupe un jour et c’est dommage qu’il « ait le défaut de penser trop à lui, ayant d’ailleurs toutes «les parties d’un grand ministre. » Quoique cette appréciation s'accorde avec ce que Votre Excellence a bien voulu

(4) Kaunitz à Starhemberg, 12 juin 1758. Archives de Vienne. Billet cité par Arneth,.

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APPRÉCIATION DE Mn° DE POMPADOUR SUR BERNIS. 439

me mander sur les sentiments de l'abbé, ilm'a paru bien extraordinaire que M*° de Pompadour n'ait pas hésité à s'exprimer si librement vis-à-vis de M. de Stainville. Ce dernier à reçu, d'autre part, une lettre personnelle du Roï qui ne donne pas à beaucoup près l'impression du grand désir de la paix que l'abbé de Bernis lui attribue. » La suite du texte fournit une indication précieuse sur l'opi nion particulière de l'ambassadeur français. « Je dois, pour dire la vérité, rendre témoignage à M. de Stainville qu'en ce qui à trait au grand système et aux mesures vigoureuses, il pense et se comporte fort bien... A l’arrivée du dernier courrier, il n’a pas pu me dissimuler le déplaisir que lui causait l’insistance de l'abbé de Bernis pour la paix. » Kaunitz, on le voit, quoique assez mal disposé pour l’envoyé de Louis XV dont il ne goûtait ni le ton, ni les manières, a soin de ménager un homme dont il devine la fortune, et qu'il sait déjà désigné par son souverain pour représenter la France au futur congrès. La fin du mois de juin 1758 fut une époque particulièrement critique pour la bonne entente des alliés. Si Les progrès du siège d’Olmütz étaient pour l'Impératrice une cause d'inquiétude, tempérée, ilest vrai, par sa confiance dans le commandant de ses troupes, à Versailles l'émotion occasionnée par les nouvelles du Rhin se compliquait de la triste opinion que l'on commençait à se faire sur le compte du généralissime. « On ne veut pas, mandait Bernis (4) dans un billet intime à Stainville, retirer M. le comte de Clermont dont l'incapacité est démontrée... On attend que tout périsse pour raccommoder quelque chose. On meurt de peur, et l’on ne veut pas s’en garantir par de bons choix. » En attendant la désignation d’un nouveau chef, on avait reconnu l'urgence d'arrêter, par une diver-

(1) Bernis à Stainville (particulière), 2% juin 1759. Mémoires et Lettres du cardinal de Bernis, vol. H.

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