LE GOUVERNEMENT FRANCAIS SE PRONONCE POUR LA PAIX
la cour de Vienne croit la prise d'Olmütz immanquable, elle n'aurait pas un moment à perdre à proposer la paix au roi de Prusse. » Comme préliminaires, Bernis esquissait les articles suivants : Restitution de la Saxe; garantie de la Silésie à la Prusse comme au traité d’Aix-la- Chapelle; évacuation réciproque des territoires ennemis; armistice général ou trêve de #, 6 ou 10 ans entre les belligérants; congrès pour un arrangement définitif entre la France et l'Angleterre. Mais comment atteindre ces résultats? Iei l'abbé donne libre carrière à toutes les élucubrations de sa fertile imagination : Il parle d'abord de l'accession de la Prusse au premier traité de 1756, d'une alliance défensive avec cette puissance, qu’on amadouerait en lui cédant « quelques-unes de nos îles sur lesquelles nous n'avons pas de grands établisse ments ». Puis réflexion faite, il préfère laisser à l'Autriche l'initiative des négociations, et formule des réserves, en désaccord avec ses prémisses : « Commencez donc, monsieur, par vous mettre en règle avec la cour «2 Vienne sur les arrérages des subsides, sur les comptes à faire par rapport aux revenus des pays conquis, sur la nécessité de renoncer au traité secret;..... ensuite ‘vous traiterez l’article important de la paix. Il s'agirait d’abréger les longueurs de la médiation et de tenter de faire un arrangement brusque avec le roi de Prusse sur le piañ à men près contenu aans cette lettre. L: Roi s'en repose sur votre prudence, vatre esprit et l« connaissance que vous avez de la cour où vous êtes, pour la manière d'amener insensiblement toutes ces affaires importantes au point où il faut qu'elles arrivent pour ne pas déplaire et pour avoir le succès que nous attendons. » Le P.-S. est beaucoup moins affirmatif : Starhemberg avec lequel il vient de causer pense que « c'est par l’Angleterre que nous pouvons faire la paix »; qu'en conséquence il faut donner le temps à l'Espagne d'agir et en
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attendant « continuer énergiquement la guerre ». Sou: l'impression produite par cette conversation, Bernis avoue « qu'il sera bien difficile d'amener la cour de Vienne promptement à la paix »; cependant, il invite Stainville à s’en ouvrir à Kaunitz « comme de vous-même », puis il conclut prudemment : « Je m'en rapporte à l'usage que vous ferez du contenu de cette lettre persuadé que vous ne gâterez rien. Nous avons l'expérience de votre facon de négocier qui est fort bonne... Je joins ici la copie de la réponse du Roï(1) à l'Impératrice. Elle y parle de paix avec la discrétion convenable ; c’est un texte que le Roi vous fournit pour entrer en matière, » D’après les extraits que nous venon: de citer, on peut se faire une idée des contradictions qui sourmillaient dans la prose ministérielle et du trouble qu'elle devait jeter dans l'esprit du lecteur. En parcourant la dépêche de son chef, Stainville ne put avoir de doutes sur le désir de sa cour de mettre fin aux hostilités, mais il dut se rendre compte que la latitude laissée sur le mode et sur l'heure des ouvertures à faire dans ce sens, engageait sa propre responsabilité au suprême degré. La tâche, délicate en tout temps pour un diplomate très au courant des sentiments de Kaunitz et de sa souveraine, devenait épineuse à la suite des succès récents des Autrichiens en Moravie, succès ignorés à Versailles au moment du départ du courrier. Déjà avant l’arrivée de ce dernier à Vienne, l'ambassadeur avait pu jauger l'état des esprits à la cour de Vienne par un billet de Kaunitz (2) dont le contenu, destiné à relever le moral des vaincus de Crefeld, n’en était pas moins mortifiant pour la France. Le chancelier se plaignait de voir les Pays-Bas autrichiens ouverts
(1) Toutes ces lettres, celle du roi, la dépêche officielle, le billet particulier de Bernis, sont de la même date 6 juillet.
(2) Kaunitz à Stainville, 7 juillet 1758. Affaires étrangères. Autriche.
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