LANGAGE DE MARIE-THÉRÈSE A STAINVILLE
aux incursions de l'ennemi : « Cela est affreux parce que c'est moins que rien en vérité que la soi-disant armée de M. l'Électeur d'Hanovre vis-à-vis des armées et du nerf de la puissance française; mais ce serait le comble de l'horreur pour ceux qui vivent actuellement, et de leur postérité, si dans un moment aussi humiliant on allait perdre courage. Vous perdrez tout pour le moment et pour l'avenir, si par du courage et de la fermeté vous ne rétablissez ln considération du Roi et de la monarchie française par une conduite politique et militaire digne de tous. Il le faut, ne füt-ce que pour vous seuls, dussiez-vous y mettre les derniers de vos écus. » Il est possible de tout réparer, « mais il faut vouloir, ce qui s'appelle vouloir, se faire obéir sans quartier et n’écouter aucune considération subalterne ».
Très affecté par le ton de cette exhortation et par les propos qu'il entend, Stainville résume la situation et donne son avis personnel (1) : « Si le Roi veut continuer la guerre, et dans ce moment peu glorieux couper toute racine aux négociations de paix, ce qui me parait un système aussi décent qu'utile, alors je vous réponds à tout événement de la cour de Vienne Si au contraire le conseil de Sa Majesté décidément se croit forcé à la paix, dans ce cas, je suis persuadé que lImpératrice qui aime la personne du Roi, ne se joigne point à nos ennemis; mais il est certain que toute confiance en notre cour sera perdue en Allemagne et que l'Impératrice restera en guerre malgré notre paix particulière. Au conseil de Sa Majesté à délibérer sur Le parmi à prendre. »
Peu de jours après la réception des dépêches de Bernis et de la lettre de Louis XV, l'ambassadeur eut une audience de Marie-Thérèse pour lui remettre la missive royale. Le récit détaillé et circonstancié que fait Stain-
(1) Stainville à Bernis, 9 juillet 1758. Affaires étrangères. Autriche.
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ville (4) de son entrevue, nous montre l'Impératrice sous son meilleur jour. Dans son langage, nous admirons la dignité, la fierté, le bon sens et la fermeté, en un mot les qualités qui ont valu à cette princesse une place d'élite parmi les souverains de son siècle. Elle prit texte des expressions dont s'était servi le Roi à propos de la nécessité de la paix pour déclarer que, quant à elle, quel que fût le parti adopté par son allié, elle continuerait Ja lutte. Voici d'ailleurs l'analyse que donne Stainville de ses paroles : « Si Dieu voulait qu’elle fût accablée. elle serait la première à rendre ses hommages au roi de Prusse et à vivre tranquillement dans l'accablement le reste de ses jours; si au contraire elle abattait le roi de Prusse, elle jouirait avec honneur de la tranquillité que la ruine d’un pareil voisin devait lui procurer... Elle s'était trouvée dans des situations beaucoup plus critiques dont son courage l'avait tirée; elle avait encore dans ses États quinze fois plus d'hommes que le roi de Prusse ne pouvait en avoir; pour ce qui est de l'argent (remarquez bien cette phrase) Dieu y pourvoirait comme il y a toujours pourvu. Au surplus sur cet article, elle avait les Pays-Bas à donner, lesquels Pays-Bas étaient un morceau que beaucoup de puissances envieraient. Sa Majesté m'a dit cette tirade sans emportement, mais avee une suite qui ne m'a pas permis de l’interrompre. » Stainville ajoute, non sans ironie : « Vous jugerez aisément, Monsieur, que je nai pas trouvé le moment propre pour expliquer à l’Impératrice Les idées contenues dans la lettre 56 (celle du 6 juillet). »
La conversation de deux heures que l'ambassadeur eut avec Kaunitz (2) fut plus mouvementée. Le chancelier commença en disant qu'il n’ignorait pas les intentions de
(1) Stainville à Bernis, 15 juillet 1758. Affaires étrangères. Autriche. (2) Stainville à Bernis, 16 juillet 1758. Affaires étrangères. Autriche.
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