‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 4)Chapitre 230 sur 361 · ENTRETIEN DE STAINVILLE AVEC KAUNITZ · texte numérisé non relu

ENTRETIEN DE STAINVILLE AVEC KAUNITZ

la eour de Versailles de faire la paix le plus promptement possible; « il continua sams me permettre de l'interrompre, à se récrier avec force sur les variations qu'il avait remarquées dans le conseil du Roi depuis quelque temps... On ne pouvait cciupter sur rien si, après les traités les plus solennels et les paroles réitérées du Roi, sa cour avait à craindre des changements à chaque événement ». Aux protestations de Stainville sur le désintéressement et la droiture de son maître, Kaunitz réplique en Jouant la loyauté de sa souveraine : « Nous étions heureux que l'impératrice ait autant de probité, car si elle avait voulu depuis trois mois, et qu'il eût été en moi de lui donner des conseils... Le chancelier ne finit pas sa phrase et mit la conversation sur le traité secret, »

IL était impossible de se faire la moindre illusion sur l'opportunité des ouvertures pacifiques dont on le chargeait; aussi Stainville termine-t-il sa dépêche par ces mots : «Je crois dangereux de vouloir Les presser trop vivement sur cet article. » Dans un billet confidentiel (1) à Bernis, il s'explique très catégoriquement sur les bases de négociation proposées par son chef : « Ce serait s’abuser dangereusement que de penser et de travailler à faire consentir la cour de Vienne aux préliminaires énoncés dans votre lettre. On ne pourrait en parler à l’Impératrice et à son ministre qu'après la reddition de Vienne et je me suis bien gardé de les détailler à cette princesse et à M. de Kaunitz..….. Si décidément le Roi pense qu'il faut ou obliger l’Impératrice à faire la paix, où ce qui arrivera plus sûrement, rompre l'alliance avec cette princesse, soyez sûr, Monsieur, que... j'exécuterai avec courage et précision les idées du Roi », mais il insiste, non sans raison, pour que dans ce cas, ses instructions soient

(1) Stainville à Bernis (particulière), 16 juillet 1758. Affaires étrangères. Autriche,

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claires et formelles. À sa dépêche, Stainville avait ajouté une critique sommaire du concept jeté sur le papier par Bernis: il faisait remarquer avec beaucoup de sens que ces conditions, et notaument celle de l'évacuation des pays conquis, étaient tout à l'avantage du roi de Prusse dont une partie des possessions était occupée par les alliés tandis qu'il ne détenait aucune des leurs.

Quand les rapports de l'ambassadeur parvinrent à Versailles, il s'était opéré dans les conseils du Roï un de ces revirements habituels à la politique française de l’époque. Soit meilleurs avis de l’armée du Rhin qui avait repris l'offensive contre le prince Ferdinand, soit regret de propositions qui cadraient si mal avec l’heureuse issue de la campagne de Moravie, soit honte de manquer à la parole donnée, soit versatilité natu lle du Roï et de son ministre des Affaires étrangères, on était revenu aux résolutions viriles. Dès le 45 juillet, c'est-à-dire neuf jours seulement après les malencontreuses confidences faites à Paxis ou envoyées à Vienne, Bernis écrit (1, à Starhemberg : « Ayez la bonté de assurer votre cour sur nos projets de paix. Le Roï perdrait son royaume plutôt que d’en faire une séparée ». Si lui Bernis à parlé, comme il l'a fait, « à cœur ouvert, c'est qu'il avait Le devoir d’'exposer la situation désastreuse du royaume; mais il n'en est pas moins vrai que ces malheurs n'ébranlent pas le Roi, qu’il désire la paix pour ses peuples, mais qu'il ne la désire qu'autant que ses aïliés y consentiront. Je me repentirais d'être véridique si l'ouverture avec laquelle je vous ai toujours parlé et écrit ainsi qu'à notre ambassadeur, faisait craindre à votre cour ou des dessous de cartes indignes de Ia facon de penser du Roi, ou une faiblesse qui n'est pas dans son caraëtère ni dans le mien ».

(1) Bernis à Slarhemberg, 15 juillet 1758. Archives de Vienne.

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