‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 4)Chapitre 232 sur 361 · SEMONCE DE KAUNITZ A L'ADRESSE DE LA COUR DE FRANCE · texte numérisé non relu

SEMONCE DE KAUNITZ A L'ADRESSE DE LA COUR DE FRANCE

France. depuis qu'il existe des engagements entre les deux cours... » Poursuivant sur le même ton, le chancelier procède à une revue peu flatteuse des agissements du cabinet de Versailles depuis la convention défensive du 1° mai 1756; puis il qualifie durement les conceptions qu'on vient de lui soumettre : « On ose nous proposer, après nous être embarqués dans cette guerre sur la foi des traités Les plus solennels, de la finir tout d’un coup et brusquement par une paix honteuse, laquelle laissant le roi de Prusse et ses alliés dans leur entière puissance, pendant que nous et les nôtres nous nous sommes épuisés, rendrait notre condition bien plus mauvaise après la paix qu'elle n'a été avant la guerre. Si nous proposions à la France qu'il faut qu'elle fasse la paix avec l'Angleterre, cela serait assez simple, vu le mauvais état de ses affaires vis-àvis de cette puissance; mais que la France croie pouvoir nous proposer à nous, qui ne sommes pas, grâce à Dieu, dans ce cas vis-à-vis du roi de Prusse, de lui demander la paix, de la faire précipitamment et à tout prix, de sacrifier par conséquent tous nos autres alliés, de leur manquer aussi essentiellement et de nous exposer ainsi à rester visà-vis de rien, cela est en vérité trop fort et incompréhensible. » Kaunitz termine par un appel de lImpératrice au monarque français : «Le Roi peut s’en reposer dans tous les cas sur son amitié et sur son équité; mais elle se flatte en échange qu'il lui fera éprouver les effets de sentiments pareils et qu'il tiendra la main d'autorité à ce qu'on le serve dans son esprit, et à ce qu'il ne soit rien fait, ni proposé à l'avenir qui ne soit conforme à l'intérét commun et à ses principes comme homme et comme prince, auxquels l'Impératrice aura toujours ja plus grande confiance. »

A l’occasion de la remise de ectte semonce, Starhemberg eut avec Bernis une longue explication (1). Le ministre

(1) Starhemberg à Kaunitz, 7 anût 1758. Archives de Vienne.

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sS'excusa sur le dos de son ambassadeur, se plaignit des difficultés qu'il rencontrait à l'intérieur, du manque d'accord dans le cabinet, de son peu d'autorité sur ses collegues. Pour rétablir l'unité de vues qui ne paraissait plus exister entre Stainville et lui, il aurait désiré l'appeler à Versailles afin de le mettre au courant et de lui faire juger par lui-même des embarras du royaume. « Je n’y comprends plus rien; nous ne nous comprenons absolument pas. Votre cour à été effarouchée au dernier point par les choses que M. de Stainville lui a dites; il ne rend donc pas mes idées. Eh bien, je le ferai revenir et je n’articulerai plus le mot de paix puisqu'il n’est plus permis d’en parler. » A l'avenir, il éviterait ces méprises en négociant personnellement avec l'ambassadeur impérial dont il à toujours eu à se louer : « Dans toutes les grandes 4212 que nous avons traitées ensemble il n'y à jamais eu d’inconvénient ni de malentendu entre nous. Nous nous connaissons et nous saurons toujours à quoi nous en tenir sur ce que nous nous disons réciproquement. » Il est superflu d'ajouter que l'envoyé de Marie-Thérèse se con- £ratula de ce retour de confiance grâce auquel il recouvrait le rôle actif qu'il avait momentanément perdu. Quant à la dépêche française de Kaunitz, quoique Bernis eût relevé certaines expressions qui avaient éveillé des susceptibilités au sein du conseil, Starhemberg affirme (1) que l'effet produit est excellent et qu'il ÿ avait tout avantage à dire des vérités à la cour de France.

Le défaut d'entente dans le ministère, que signaiait Bernis, tenait probablement au remaniement important qui avait eu lieu vers la fin de juin. Déjà Moras, le ministre de la Marine, avait dû céder la place à un lieutenant-général des armées navales, à un homme du métier, M. de Massiac. Comme fiche de consolation, le

(1) Starhemberg à Kaunilz, 19 août 1758. Archives C? Vienne.

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