MODIFICATIONS DANS LE MINISTÈRE FRANÇAIS
démissionnaire avait été gratifié d’une pension de 40.000 livres et avait conservé provisoirement son siège dans le cabinet, mais quelques semaines plus tard, il reçut, ainsi que Rouillé et Paulmy, également anciens ministres sans portefeuilles, son congé avec octroi des libéralités dont la vieille monarchie était coutumière. En leur lieu, le Roi désigna M. de Puysieulx, le maréchal d’Estrées et M. Berryer. Ces choix furent l'objet de force commentaires; le premier était un revenant de la politique; ancien titulaire des Affaires étrangères, il passait pour avoir quitté le gouvernement, parce qu'il était opposé à l'alliance autrichienne. Sans grands talents, mais rompu au détail, très au courant des intrigues de la cour, il pouvait devenir un embarras pour Bernis dont il contrecarrerait les vues. D'après Starhemberg (1), cette nomination, contrairement à ce que prétendait l'abbé, n'était pas due à son initiative; elle devait même être considérée comme un échec pour lui et comme une preuve de défiance de la part du Roiï et de M de Pompadour, jalouse de sa situation prépondérante. Les mièmes motifs auraient inspiré l'appel d'Estrées qui eût été mieux à la tête de l’armée ‘qu’à la table du conseil. Bernis aurait été de cet avis et aurait même proposé, si l'état de la santé du maréchal était un obstacle à un commandement devant l'ennemi, de l'envoyer à Bruxelles et de lui confier la défense des Pays-Bas. Quant à Berryer, créature de la marquise, personnage rusé et pointilleux sons autre expérience administrative que celle acquise dans les fonctions de lieutenant de police, il n'avait dû sa promotion qu'au désir d’avoir des intelligences dans le ministère. En résumé, au dire du sagace Autrichien, Parrivée aux affaires du nouveau personnel était un événement fâcheux pour l'abbé dont elle ne favoriserait pas les
(1) Starhemberg à Kaunitz, 8 juillet 1758. Archives de Vienne.
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visées ambitieuses. Il avait été mal servi par Stainville. Ce dernier, soit par excès de zèle pour son ami, soit pour préparer son propre avancement, avait dépassé la mesure en plaidant, auprès de M de Pompadour, l’agrandissement du seul homme capable, selon lui, de diriger la chose publique; il avait été « jusqu'à casser les vitres » pour employer le mot de Bernis dans un entretien avec Starhemberg. Loin de produire l'effet recherché, il n'avait réussi qu'à exciter les soupçons de la dame, soucieuse de voir une influence rivale faire ombre à la sienne, L'insuccès de ces démarches, la crainte des difficultés qu'il voyait sure: cha sue Jour, 1vaient assombri le caractère de l'abbé dont l'énergie n'était pas à la hauteur du talent, « Je le trouve, depuis quelque temps, si abattu, écrit lenvoyé impérial, que je ne serais pas surpris quand il reprendrait de nouveau son intention de résigner ses fonctions et de demander au Roi d'accepter sa démission. »
De ces aperçus sur les coulisses de la cour de Versailles, il est intéressant de rapprocher le tableau (1) que fait l'ambassadeur de l’état politique de la France à cette époque : « La plupart des sujets pourvus des emplois les plus importants, sont de capacité médiocre, sans expérience des affaires, en général préoccupés avant tout de leurs besoins et de leurs intérêts personnels, le plus souvent impropres aux fonctions dont ils sont investis. Ils ue possèdent ni la confiance, ni la considération du puble, où chacun discute et critique à loisir leur conduite. Ils m'exercent d'action ni sur le Parlement, ni sur la finamce, 1 sur le militaire dont aucun ne cherche à s'entendre avec eux pour le bien de l'État. Tous ils dépendent du bon plaisir de ln Pompadour qui pousse tantôt l'un, tantôt l'autre, qui ne sait pas ce qu'elle veut, sinon em-
(1) Starhemberg à Kaunitz, 8 juillet 1758. Archives de Vienne.
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