LA FRANCE OFFICIELLE D'APRÈS STARIHEMBERG
pêcher de parvenir à un crédit trop grand. Le Roi lui même reconnait, à la vérité, Les services par l'octroi de pensions libérales, mais il est prêt à retirer sa confiance pour des futilités, mème à ceux auxquels il a montré le plus de faveur: tout à coup et sans faute de leur part, il leur tourne le dos et s'il ne les renvoie pas en disgrâce, il leur fait grise mine. Bans de pareilles conditions est-il surprenant que le désordre dans la plupart des départements soit si grand, que les défaillances et Les abus aient fait de tels progrès, que, si des réformes ne sont pas introduites dans Le système, la perte totale de ce grand et puissant pays doive s'ensuivre. » Un des symptômes les plus inquiétants est « le changement radical du génie de la nation. L'affection naguère si vraie et le respect pour leur Roi se sont transformés en malveillance presque séditieuse et en tous cas fort dangereuse ».
Au dire de quelques écrivains, la stabilité ministérielle passerait pour être l'apanage d’un gouvernement monarchique, et surtout absolu. Que cette règle comporte des exceptions, l'expérience de cetie période du règne de Louis XV le prouve. Starhemberg fait observer que, dans l’espace de quatre ans et demi, le conseil à été renouvelé en entier, sauf Saint-Florentin, le plus effacé de ses membres; depuis son arrivée en France, il a vu se succéder trois ministres des Affaires étrangères, trois ministres de la Guerre, quatre de la Marine et trois contrôleurs généraux.
A la suite sans doute des récriminations hautaines de Kaunitz et peut-être aussi.de la meilleure marche des opérations militaires en Allemagne, pendant quelque temps il ne fut plus question de paix, du moins à Vienne, et quant aux négociations de Paris. elles se bornérent à des conversations dont, grâce au diplomate autrichie:, il ne sortait rien de défini. Bernis se décourage de plus en plus: en fin observateur qu'il est, il sent que son
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influence sur M de Pompadour n'est plus celle d’autrefois. Dans ses lettres intimes à Stainville, il prend soin de démentir les propos de cour qui laccusaient de vouloir substituer son crédit à celui de la favorite; il va jusqu'à offrir son portefeuille à l'ambassadeur, « Je crois, lui écrit-il (1), que vous seriez plus propre que moi aux Affaires étrangères, en les considérant sous le point de vue de l'alliance. Vous auriez plus de moyens que moi pour frapper de grands coups par notre amie. » Dans une autre lettre (2) postérieure de quelques jours, où il félicite Stainville de son élévation à la dignité de duc de Choiseul, il reproduit son projet de le rappeler à Versailles et de partager avec lui le fardeau des relations extérieures.
La correspondance échangée entre Bernis, le nouveau duc et M" de Pompadour, nous montre le ministre {très occupé de son chapeau de cardinal, encore en suspens en dépit des promesses du Saint-Siège, et très désireux de s'assurer la collaboration de Choiseul, celui-ci prêt à accepter mais sous certaines réserves, la favorite embarrassée et hésitante. « Le due de Choiseul à gagné M. de Kaunitz, à ce qu'il me mande, et le gouvernera, écrit Bernis à M"° de Pompadour(3). De plus il mettra ici une activité dans la Guerre qui n'y est pas: ilen mettri dans la Marine et dans la Finance, et certainement nous serons toujours d'accord... Je mènerai avec mon successeur le Clergé, la Sorbonne et le Parlement; je travaillerai de concert avec lui sur les affaires politiques: je ne sècherai pas sur pied, je ne manquerai pas de pa-
(1) Pernis à Stainville, 1°" août 1758. Mémoires el Lettres du cardinal de Bernis, vol. II.
(2) Bernis au duc de Choïseul, 26 août 1758. Mémoires et Lettres du cardinal de Bernis, vol. IT.
(3) Bernis à M'"e de Pompadour, mardi s. d. septembre 1758. Mémoires cl Lettres du cardinal de Bernis, vol. IT.
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