‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 4)Chapitre 235 sur 361 · BERNIS DEMANDE QUE CHOISEUL SOIT APPELÉ AU MINISTÈRE · texte numérisé non relu

BERNIS DEMANDE QUE CHOISEUL SOIT APPELÉ AU MINISTÈRE

role et j'aurai la consolation de voir le Roi plus glorieux qu'il n'est, parce que la conduite et les projets militaires seront plus fermes. On ne craindra plus ici que je veuille être premier ministre par ambition. Vous aurez deux amis unis auprès de vous et l'ami intime de M. de Soubise. Vous ferez le bonheur des trois et le Roi en sera mieux servi. Je vous demande en grâce de finir cette affaire dont la guerre et la paix dépendent... J'ai la tête frappée de notre état et j'ai besoin du secours du duc de Choiseul pour nous en tirer. » Le billet qui suit (1) est encore plus pressant : « Je vous avertis, madame, et je vous prie davertir le Roi, que je ne puis plus lui répondre de mon travail. J'ai la tête perpétuellement ébranlée où obseurcie. I Y à un an que je souffre le martyre. Si le Roi veut me conserver, il faut qu'il me soulage. Je n'ai point fait le mémoire que vous m'avez demandé sur M. de Stainville, Je ne veux pas proposer une chose qui ne vous plait pas. Je vous défie cependant de faire occuper ma place dans les circonstances où nous sommes par un autre que par lui. Il est le seul instruit de la totalité du système et il a la confiance de la cour de Vienne, » Enfin, Le # octobre, il se décide à remettre, par l'entremise de la marquise, le rapport réclamé (2, pour le Roi. Ce document passe en revue les événements de l'année, rappelle les efforts faits pour amener la cour de Vienne à terminer la guerre; puis, passant du général au particulier, Bernis invoque pour Ja nécessité de son remplacement deux raisons, le délabrement de sa santé, et l'impossibilité pour lui, négociateur et signataire du traité secret, d'entreprendre, sans perte absolue de

(1) Bernis à Mv° de Pompadour, 19 septembre 1758. Mémoires et Lcltres du cardinal de Bernis, vol. H.

(2) Mémoire pour le Roi. Mémoires et Lettres du cardinal de Bernis, vol. II.

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tout crédit, la destruction du système dont ce traité était la pièce fondamentale, CI n'y a qu'un ministre nouveau qui puisse prendre de nouveaux engagements. » Bernis poursuit en racontant ses démarches auprès de M de Pompadour et de Choiseul, fait allusion à la condition essentieile posée par ce dernier, l'affectation au département de fonds suffisants pour les subsides promis, et expose son désir « que nous travaillassions ensemble et que je continuasse même à voir les ambassadeurs et à leur parler d’affaires ». Après avoir énuméré tous les titres qui indiquaient son ami au choix de Louis XV, Bernis conclut par l'argument qui devait avoir le plus de poids sur l'esprit du monarque : « Je crois, Sire, que M. de Choiseul est le seul homme dans votre royaume qui puisse conserver l'alliance en dérogeant aux traités, comme la finance nous y force aujourd'hui. »

Cet appel produisit son effet. Le 11 octobre, l'abbé, devenu cardinal, put écrire à Choiseul (1) : « Votre affaire et la mienne sont finies. » En effet, il venait de recevoir presque en même temps, de Rome, la calotte rouge dont

le retard lui avait causé de si poignantes émotions, et du souverain, un billet (2) lui apprenant qu'il était fait droit à sa demande et l’autorisant à notifier à son successeur sa nomination au ministère, « Je consens à regret, écrivait Louis XV, que vous remettiez les Affaires étrangères entre les mains du due de Choiseul que je pense être le seul en ce moment-ci qui y soit propre, ne voulant absolument pas changer le système que j'ai adopté, ni même qu'on n'en parle. » Le 19 octobre, Choiseul fit pari à Kaunitz de l’importante mutation. Durant ces pourparlers intimes, les conversations sui-

(1) Bernis à Choiseul, 11 octobre 1758. Mémoires el Lettres du cardinal de Bernis, vol. II.

(2) Le Roi à Bernis, 9 octobre 1758. Mémoires et Lettres du cardinal de Bernis, vol. IT.

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