FAUSSE POSITION DE BERNIS
l'ambition personnelle, lui valaient le mauvais vouloir de la femme toute-puissante à qui il devait sa fortune. « I] lui était impossible, avait-il dit en propres termes, de rester plus longtemps dans une position où il voyait toujours sa reconnaissance en opposition avec son devoir. » Le seul remède avait été de céder la direction de la politique extérieure à Choiseul, ami dévoué, non seulement de la marquise, mais aussi des intimes de celle-ci, le prince de Soubise et le duc de Gontaut. Son successeur, partisan zélé du nouveau système, militaire de carrière, et plus versé que lui dans la finance, aurait plus de crédit auprès de ses collègues. Du reste, conformément à la volonté du Roï, il mettrait à la disposition de Choiseul son expérience du passé et son concours absolu pour l'avenir.
Dans un autre entretien (1), il est encore question de la favorite autour de laquelle tout semble graviter. Bernis avoue « qu'il ne parviendrait jamais à écarter tous les soupçons de M"° de Pompadour, et à la faire agir de la manière que le bien des choses exigeait; que comme, néanmoins, elle était, sans contredit, l'instrument principal dont il fallait se servir ici, il n’y avait pas à balancer sur l'emploi des moyens qui pourraient rendre ces instruments aussi utiles qu'il était possible; que le ministère de M. de Choiseul produirait certainement (au moins pour quelque temps) ce bon effet », et que c'était ce motif qui l'avait déterminé à lui passer son portefeuille. En dépit des professions de collaboration loyale et de désintéressement dont le cardinal est prodigue, l’Autrichien ne croit pas à la durée du dualisme ministériel et, en bon opportuniste, cherche à renouer avec la Pompadour les relations que, depuis le ministère, et sur la demande expresse de Bernis, il avait un peu négligées.
(1) Starhemberg à Bernis, 13 novembre 1758. Archives de Vienne.
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I se console du départ probable de son ami en voyant, dans la désignation de son remplaçant, la preuve que Louis XV et sa maitresse sont restés aussi chauds partisans de l'alliance qu'ils l'étaient au début de la guerre. Sur la personnalité de Choiseul, il n’est pas sans inquiétude. Dans la discussion, le duc se montre dur et impérieux; il sera certainement moins malléable et plus résistant que son prédécesseur; déjà avant son ambassade de Vienne, il avait critiqué les traités qu'il trouvait beaucoup trop avantageux pour l'Autriche; que serait-ce quand il aurait le pouvoir en mains et la mission de les remanier? Pour l'heure, Bernis parait complètement remonté à la suite d’une conversation avec M" de Pompadour où il y avait eu échange d'explications et de promesses. Il avait, affirmait-il, établi la fausseté des accusations de participation au: cabales ourdies contre sa protectrice, et l'avait convaincue de son dévouement aussi absolu que par le passé; à son tour, la favorite lui avait déclaré qu’elle n'avait jamais cru à ces reportages, « que leur amitié et son égard pour lui étaient demeurés les mêmes, qu'elle regrettait d'autant plus la décision prise de donner sa démission qu'on l’en rendrait responsable ». D'autre part, Choiseul, avec force assurances d'affection et de respect, lui avait écrit, qu'en politique il avait toujours mis de côté son intérêt égoïste et voulait persévérer dans cette manière d'agir; que les intrigues, ou pour employer sa propre expression, « les tracasseries des caillettes » le laissaient indifférent et ne le feraient pas dévier de la igne droite.
Les illusions de Bernis, s'il en eut comme tout porte à le croire, ne furent pas de longue durée. Choiseul débarqua à Paris le 29 novembre; sa première visite fut pour M%* de Pompadour à Saint-Ouen ; il y passa la journée du lendemain. Le 2 décembre, il alla voir Starhemberg et lui parla avec franchise : « IL me déclara, rapporte
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