MAUVAIS ESPRIT DES OFFICIERS
la guerre. Dès la réception des premiers avis de Hanovre, Belleisle avait obtenu du Roi l’ordre de renvoi des généraux et colonels en permission à la cour. « Il est en vérité ridicule, écrivait-il (1), que tous ces messieurs soient ici ou à Paris comme si nous étions en pleine paix. » L'un desrappelés, le comte de Guerchy (2), fait un triste tableau de la situation : « Je ne puis vous dépeindre, Monseigneur, l’état pitoyable de notre pauvre infanterie. Indépendamment de la quantité prodigieuse de malades que nous avons laissés dans différents endroits, et qu'il y aurait de la cruauté à mener plus loin, ce que nous conduisons est sans guêtres, sans souliers, et enfin sans aucune sorte de réparation qui puisse leur faire supporter les rigueurs de cette marche, qui a plutôt l’air d'une déroute que d’une retraite. Nous sommes bien heureux de n'avoir pas de troupes légères à la suite de nos divisions, car si nous en étions harcelés nous perdrions journellement beaucoup de monde et d'équipages; mais il n’y a paru exactement L ‘sonne et je crois que nous pouvons être assurés à présent qu'il en sera de même jusqu'au moment où toutes nos troupes passeront le Rhin. »
Gisors, qui avait été retenu quelque temps à Versailles pour servir de secrétaire à son père, rejoignit son régiment près de Bielefeldt. Tout d’abord, il se montre très affecté du mauvais ton qui régnait parmi les officiers et qu'il attribue à l'insuffisance de la solde et à l'élément roturier admis à l’épaulette (3) : « Je vous en conjure à genoux, doublez nos compagnies. cette opération et celle d’assujettir désormais à des preuves de noblesse pour entrer dans les corps, doivent être la base du renouvellement de notre esprit. Quand il n’y aura plus que de la noblesse,
(t) Belleisle à Clermont, 2 mars 1758. Archives de la Guerre, vol. 3473, (2) Guerchy à Belleisle. Recklinghausen, 28 mars 1758. Archives de Ja Guerre, vol, 3473.
(3) Gisors à Belleisle, 21 mars 1758. Archives de la Guerre, vol. 3473.
on n'entendra plus dire : « J'espère que ceux qui se sont « absentés l'hiver ont fait le coup fin, que si les ennemis « venaient, il est sûr que nous nous enferrerions tous », et cent autres propos qui font dresser lès cheveux. » Ce langage, si blämable qu'il fût, s’expliquait du reste, et il est permis de douter que le remède suggéré y eût mis fin. Quelques jours après, le jeune brigadier ne peut s’empécher d’être impressionné par le nombre de malades que son régiment traine à sa suite (1) : « En voyant cette misère je commence à prendre le ton de l’armée qui aspire à repasser le Rhin. » Cependant, il fait tous ses efforts pour maintenir, jusqu'au bout, le moral et le prestige des soldats de Champagne (2) : « D'après tout ce qu’on m'a dit de l’état de plusieurs régiments de la grande armée, je crois que le spectacle de ceux du corps de M. de Villemeur étonnera. Je me suis concerté avec les chefs des autres régiments pour que nous arrivions à Wesel tenus, ajustés et en ordre comme au milieu de la paix. Bentheim et Lowendahl surtout sont admirables. Alsace et Courten pareïillement sont en bon état, et le tort de notre corps est de ne pas concevoir pourquoi on se retire. Caraman qui nous à joints a le brillant d’un régiment qui entre en campagne. Les volontaires royaux sont tels que vous les conraissez, et ayant toujours fait l’arrière-garde de la colonne, je puis vous certifier sur mon honneur que nous n’avons pas laissé un traineur ni fait du désordre pour 5 sols. »
L'éloge que revendique le colonel de Champagne pour la conduite de ses hommes était peut-être justifié; mais s’il faut ajouter foi aux nombreuses correspondances que nous avons citées, on ne saurait l'appliquer à toute l’armée. Néanmoins, nous sommes porté à croire que les méfrits
(1) Gisors à Belleisle, 24 mars 1758. Archives de la Guerre, vol. 3473. (2) Gisors à Belleisle. Scherenbeck, 29 mars 1758. Archives de la Guerre vol. 3473, Lettre cilée partiellement par C. Rousset, p. 414.
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