EXAGÉRATION DES MÉFAITS ATTRIBUÉS AUX FRANCAIS
des troupiers ne furent pas aussi étendus qu'on le prétendit en pays étranger. Un témoin non suspect, le général Yorke, ne peut s'empêcher de le constater. Au retour de sa mission auprès du roi de Prusse, il parcourut, pour regagner La Haye, tout le théâtre de la dernière campagne. « Je raconterai à V. S. en confidence, écrit-1l à son père (1), une autre anecdote, c'est que le pays de Hanovre n’a pas été si maltraité par les Français. Vous pouvez vous fier à moi, car j'en ai traversé une grande partie, et je ne me serais pas douté, si je ne l’avais pas su, que la guerre avait passé par là. On a beaucoup crié pour émouvoir les esprits. »
Sans doaite, l’envahisseur avait exigé des contrées occupées des contributions importantes ; il avait prélevé des farines, de l’avoine, des fourrages; il avait réquisitionné force voitures et chevaux; il avait enlevé du bétail; il avait encaissé des sommes considérables. A ces fournitures régulières, il faut ajouter l'argent extorqué par Richelieu et son état-major. Sans doute, sur les routes suivies par les colonnes françaises il y avait eu de la maraude et du pillage; mais en dehors de ces délits exceptionnels, les rapports des populations avec les officiers et les soldats de l'armée ne paraissent pas avoir été mauvais. Plusieurs officiers généraux recurent les félicitations et les remerciements des autorités locales. Le commissaire anglais Boyd (2) le reconnait : « M. de Richelieu, M. Maillebois qu'on appelle le vendeur de fumier, et M. Dumesnil ne sont pas en odeur de sainteté dans ce pays; mais le duc de Randan et M. d'Armentières, surtout le premier, ont laissé la réputation de très nobles caractères. » «Les Français nous quittèrent hier, écrit-on de Hanovre (3), avec
(1) Yorke à Hardwicke, 8 août 1758. Hardwicke Papers, British Museum.
(2) Boyd à Newcastle. Hella, 12 mars 1758. Military expeditions. Record Oflice..
. (3) Lettre de Hanovre, 1°" mars 1758. Record Office.
tout l’ordre et le ménagement qu'on peut attendre d’un ennemi.» À Brunswick, M. de Valfons , aide-major général du corps de Villemeur (1), profita de ses bonnes relations avec les fonctionnaires du duché pour faciliter l'évacuation et pour assurer le sort des blessés et malades qu’on laissa en arrière. Il refusa un cadeau de 2.000 ducats que lui offraient les États de Lunebourg, et reçut par contre un certificat des plus élogieux attestant sa conduite honorable et ses excellents procédés à l'égard du conseil de régence.
Enfin, le 31 mars, le gros de l’armée francaise atteignit le Rhin ; les dernières étapes avaient été aussi précipitées que le départ de Hameln. Cependant on avait distancé l'ennemi par la rapidité des marches ; on paraissait se ressaisir : « Je commence à m'apercevoir, écrit Clermont, qu'il y a du mieux dans la discipline, mais comme le mal est extrême, il faut du temps. » Le nouveau conseiller du général en chef, M. le comte de Mortaigne, s'y employait de son mieux. Avant d’avoir rejoint le quartier général, sous l'impression du spectacle qu'il avait sous les yeux, il parle à Belleisie (2) de la nécessité de sévir contre le luxe de la vaisselle et de la table des officiers généraux, de l'utilité de faire camper les maréchaux de camp et même les lieutenants-généraux avec leurs divisions. Quelques jours après (3), c’est la répression d’autres désordres qu'il sollicite du ministre : «Il est une espèce de gens qu'il est indispensable d’exclure de l'armée : ce sont les cafetiers qui s’y sont multipliés sans nombre, ce qui ruine l'officier, non-s lement par la dépense, mais aussi par le jeu. La mode du café et des liqueurs est venue à un point qu'on en porte aux gardes. C'est aussi le refuge des filles de mauvaise vie, ce
(1) Souvenirs du marquis de Valfons. Paris, 1860.
(2) Mortaigne à Belleisle, 12 mars 1758. Papiers de Clermont. Lettre citée par Camille Rousset.
(3) Mortaigne à Belleisle, 16 mars 1758. Papiers de Clermont, vol. XXXVI.
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