ARRIVÉE DE CHOISEUL À VERSAILLES
l'ambassadeur (1) qu'au point de vue de Ta paix, il était d'un tout autre avis que le cardinal de Bernis; dans la situation actuelle des événements, non seulement il serait impossible de faire la paix, mais il fallait laisser de côté toute pensée de ce genre et ne s'occuper que de l'examen et de la découverte des moyens pour la poursuite de la guerre. Cette opinion, qui était la sienne, il l'exposerait librement et carrément au premier conseil
où il aurait à faire le rapport. » Aussitôt la décision
de principe prise, les pourparlers seraient rapidement poussés, de manière à conclure un nouvel arrangement dès le commencement de l'année 1759. Choiseul ayant assisté pour la première fois au conseil, le dimanche qui suivit son arrivée, et le cabinet, sur sa demande, n'ayant pas tenu de réunion pendant la semaine, Starhemberg pensait que le débat annencé aurait lieu le dimanche 10 décembre (2). Dans la conversation, le nouveau ministre avait émis l'opinion, qu'il ne fallait pas tabler sur la neutralité du Hanovre qui n'était ni possible, ni désirable; qu'il serait bon, au contraire, de mener cette guerre avec vigueur, et d'obtenir à cette fin le concours efficace de la cour de Vienne; qu'avec les procédés employés jusqu'alors on ne forcerait jamais le roi de Prusse à céder la Silésie et le comté de Glatz; que les avantages offerts à la France étaient des plus maigres, mais que la déclaration d'après laquelle l'Impératrice « assurerait dans tous les cas l’état de l'Infant », serait du meilleur effet, non pas tant par elle-même, mais pour la satisfaction d'amour-propre procurée au Roï. A l'encontre de son habitude, l'envoyé de Marie-Thérèse ne fait pas mention de l'argumentation qu'il a opposée à celle de son interlocuteur; ce silence nous fait supposer qu'il avait trouvé Choiseul beaucoup plus tranchant
(1) Starhemberg à Kaunitz, 7 décembre 1758. Archives de Vienne. (2) Trois jours avant la disgrâce de Bernis.
PPS DIRIGEANT Ce AT
et plus autoritaire que son prédécesseur dont il connaissait le fort et le faible et auquel il se plaisait à faire la lecon.
Au cours de la semaine qui suivit la venue de Choiseul, il y eut une audience officielle des diplomates
étrangers que Bernis présenta à son successeur. On s'en
tint aux compliments (1), et quand Starhemberg essaya d'introduire les sujets brûlants, Choiseul montra, par sa réserve, qu'il ne voulait pas entamer la discussion devant le cardinal. Enfin, dans un billet daté du 13 décembre (2), l'Autrichien parle du vif dissentiment qui aurait éclaté au dernier conseil entre les deux ministres, à propos de l’animosité de l’Impératrice contre le roi de Prusse qui seule, d'après Bernis, empêcherait la conclusion de la paix générale.
Ouelle que fût la cause immédiate de la disgrâce, elle se produisit avec cette soudaineté qui était la caractéristique des changements ministériels du règne. « Les uns, écrit Erizzo, ministre de Venise (3), croyaient que le cardinal de Bernis resterait au pouvoir, d’autres qu'il conserverait encore quelque temps ses fonctions; les uns et les autres se sont trompés..…. Bernis vient d’être envoyé en exil... Trois jours auparavant il avait été bien reçu du Roi, ce qui d'ailleurs ne prouve rien; il a passé la soirée du 12 à Paris pour traiter avec les ministres étrangers, les évêques et les membres du Parlement. C'est dans la matinée du 13, pendant qu'il était en conférence avec l'ambassadeur impérial et que d’autres attendaient dans l'antichambre, que Bernis reçut sa lettre de bannissement, » Starhemberg était en effet avec le cardinal quand on lui remit le billet
(1) Erizzo au Sénat, 10 décembre 1758. Archives de Venise. (2) Starhemberg à Kaunitz, 13 décembre 1758. Archives de Vienne. (3) Erizzo au Sénat, 17 décembre 1758. Archives de Venise.
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