‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 4)Chapitre 242 sur 361 · DISGRACE DE BERNIS · texte numérisé non relu

DISGRACE DE BERNIS

du roi({) : « I n'a fait aucune allusion & ordre qu'il venait de recevoir en ma présence, et quoique je fusse encore dans son cabinet quand il à Lu léerit qui lui avait été présenté et quand il a répondu, j'ai fait la réflexion seulement que le contenu de la iettre éveillait une grande attention chez lui; mais je ne me suis aperçu d'aucun signe de trouble où de mécontentement dans son maintien extérieur, si bien que je ne me serais jamais imaginé qu'il recevait son ordre d’exil et que je n’en ai appris la nouvelle que le lendemain par le duc de Choiseul qui s'est rendu exprès chez moi »our me mettre au courant, »

La lettre d'exil (2), les fautes d'orthographe dont elle est émaillée le prouvent, était de la main du Roi; très sèche comme la plupart des documernis de ce genre, elle parait rattacher la disgrâce du cardinal, ainsi que le faisait prévoir le mot de M*° de Pompadour, à sa prière d'être relevé de ses fonctions : Louis XV estimait que Bernis ne remplirait pas bien un ofie dont il avait demandé avec tant d'insistance à être déchargé ; il avait senti en même temps que son ministre ne répondait plus « à la confiance qu'il Lui avait marquée dans des circonstances aussi critiques, ni aux grâces singulières dont il avait été comblé ». Ordre lui était donné de se retirer dans un délai « de deux fois vingt-quatre heures, sans voir personne », dans une de ses abbayes à son choix. Le cardinal prit pour lieu de retraite Pabbaye de Saint-Médard, près de Vic-sur-Aisne, à quelques kilomètres de Soissons.

Quelle fut la cause réelle de la chute de Bernis? Le Vénitien Erizzo, qui reproduit les bruits de la cour, prétend qu'il était accusé d’avoir essayé de se former un

(1) Starhemberg à Kaunitz, 16 décembre 1758. Archives de Vienne. (2) Lettre d'exil, 13 décembre 1758. Mémoires et Lettres du cardinal de Bernis, vol. II, p. 346.

pérti dans la familie royale et d'avoir voulu s'appuyer sur Le Dauphin et l'infante de Parme: il aurait aussi outrepassé Les intent'ons du Roi et de son conseil. D'après le même diplomate (1), on devait attribuer la démission à des dissentiments avec la Pompadour, et & à la crainte d'être responsable d'une paix peu honerable succédant à une guerre dont il était le véritable auteur ». Les partisans de Bernis älléguèrent que, sans l'opposition de la marquise, il eût négocie la paix. « Les haines, conclut Erizzo, les passions et les intérêts partieuliers de la Pompadour prennent le pas en toute circonstance sur le bien de la nation. »

Que la favorite fût pour quelque chose dans le renvoi de celui qui lui devait l'origine de sa fortune, cela ne fait guère de doute. La correspondance échangée entre elle et Choiseul nous indiquerait le commencement de la brouille ; en l'absence de ces lettres égarées ou détruites, nous n'avons, pour nous guider, que les rapports de Starhemberg et les allusions contenues dans les billets que Bernis adresse à sa protectrice, L'extrait lu par Choiseul à Kaunitz et le fait que M%° de Pompadour avait cessé de communiquer au ministre les confidences qu'elle recevait de l'ambassadeur, nous inelinent à penser que le désaccord remontait à la fin du printemps. Quelque bon cour‘isan que fût Bernis, et quelque persuadé qu'il fût que gouverner sans la Pompadour était œuvre impossible, il se erut indispensable ; groudi à ses propres veux par le rûie qu'il avaif Joué, grisé par les aistinctions dont il avait été l'objet, il voulut avoir une opinion, une politique à lui; devenu, no: sans raison, partisan de la paix à tout prix, il essaya de gagner à ses vues ses collègues, Ia dame et sen

maître, I n'y réussit qu'à raoitié, Le Roi, à qui le bon

(1) Érizzo au Sénat, 5 et 12 novembre 1758, Archives de Venise,

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