‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 4)Chapitre 243 sur 361 · JUGEMENT DE LA CONDUITE DE BERNIS · texte numérisé non relu

JUGEMENT DE LA CONDUITE DE BERNIS

sens ne faisait pas défaut, mais dont l'indolence et Légoisme n'étaient dépassés que par la vanité, comprenait la nécessité de clore un état de choses désastreux pour ses sujets, mais était encore plus sensible aux reproches de la cour de Vienne sur les manquements à la parole dounée, De là des hésitations, des contradictions qui se traduisirent par du mauvais vouloir à l'égard du promoteur du système qui les avait fait naître. Puis quand velui-ei, se rendant compte de son impuissance, voulut se dérober, le mécontentement royal se grossit de tout l'ennui du changement e% du souci du remplacement. Quel fut le rôle de la Pompadour dans cette volte-face? Probablement celui de seconder les raneunes d'un maitre dont on ne peut conserver la faveur qu'à la condition de flatter l'amour-propre et de respecter l'insouciance. Nous estimons Que Bernis fut le véritable artisan de sa chute en forçant une démission qui déplut. Le Roi en effet, toujours prêt à congédier ses ministres, n'admettait pas qu'ils aquittassent de leur gré son service. La résolution du cardinal s'explique : en tant que négociateur, il était l'auteur responsable de a guerre avec le roi de Prusse et du traité secret ourdi contre ce prince; aussi était-il mal placé pour y substituer une orientation nouvelle; d'autre part, ses tergiversations répétées, ses déclarations emphatiques au sujet de lurgence de Ja paix rendaient impossible son maintien au pouvoir pour le cas où sa cour se déciderait à continuer les hostilités, La retraite de Bermis s'imposait, mais pour sa renommée, elle eût dù être complétée par sa sortie volontaire du cabinet, Quant à Choiseul, S'il ne “emplit pas toujours à l'égard de son ministre la part d'un ami fidèle, S'il lui montra un dévouement trop exageré pour n'être pas maladroit, si vers la fin de son ambassade il eut soin de laisser voir la différence entre sa politique et celle de son chef, il serait injuste de l'accuser de

trahison. On ne peut en effet lui reprocher d’avoir été, après son retour à Paris, prendre langue auprès de M"° de Pompadour; les habitudes de l’époque le voulaient ainsi. Quand dans cet entretien il eut acquis la conviction que Bernis était condamné, il s’inclina devant l’inévitable et ne fit rien pour celui auquel il avait tant de fois affirmé son aitachement. éntre hommes d'État, un abandon de ce genre n’est que péché véniel.

En Europe, l'opinion attribua la chute du cardinal à ses efforts pour faire prévaloir une solution pacifique, et en fit une victime du parti de la guerre, au premier rang duquel figuraient la Pompadour et ses intimes. En enregistrant ce verdict trop bienveillant, nous ne pouvons oublier que Bernis avait été, avec son souverain et la favorite, le grand ouvrier de l'alliance autrichienne ; initié à tous les détails de la négociation dont il conduisit lui-même les fils, il dut ou il aurait dù peser le poids des engagements militaires et financiers si légèrcment contractés. Éclairé par l'expérience, il voulut sauver son pays de l’abime qu’il voyait s’entr'ouvrir, mais il n'échappe pas au reproche de l'avoir poussé dans 1» voie fatale. Sr disgrâce fut justifiée; elle n’eut qu’n toit, c’est d’avoir été infligée par ses complices.

Avec le ministère de Bernis expirèrent, du moins pour le moment, les essais de médiation qu'il avait mis en train. L'intervention espagnole n'avait produit, jusqu’alors, d'autre résultat que des conversations de Wall avec l’envoyé anglais à Madrid, dans lesquelles on n'avait pas abordé le fond du débat; il en était de même des avances faites à la Haye par l'Espagnol Quadra, qui n’avaient abouti qu'à l'échange de banalités (1) entre les représentants de la Frince et de la Grande-Bretagne, le comte d'Affry et le g: aéral Yorke. À la cour de Copen-

(4) Slarhemberg à Kaunitz, 24 novembre 1758. Archives de Vienne.

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