CHOISEUL DÉSAVOUE LES OUVERTURES FAITES
hague, les choses avaient été poussées plus loin. Bothmar, ministre danois à Londres, qui avait été chargé de sonder les intentions du gouvernement britannique, transmit une réponse (1) où, contrairement à la volonté du cabinet de Versailles, on mettait celui-ci directement en cause : « Le roi de la Grande-Bretagne, écrivait Holdernesse, à reçu l'ouverture faite en dernier lieu par la France tendant au rétablissement de la paix. S. M. n'est pas éloignée d'écouter des propositions justes et équitables, et dans lesquelles elle trouve les intérêts de ses royaumes et États avec ceux de ses alliés, et nommément du roi de Prusse, ses engagements ne lui permettant pas de donner les mains à aucun accord ou négociation perticulière. » Choiseul, qui venait de prendre la direction des affaires, repoussa cette communication, qui était presque une invite, en termes fort désobligeants pour le médiateur : «S. M. désavoue absolument une pareille démarche faite en son nom. S. M. qui désire sincèrement le rétablissemer.t de paix... n'avait jamais imaginé que des désirs généreux et conformes à l'humanité de son cœur, pussent produire des propositions formelles, ni des avances en son nom vis-à-vis de ses ennemis. » A Vienne, le ministre saxon Fleming n’eut guère plus de réussite auprès de Kaunitz, quand il voulut l’entretenir de pourparlers entamés entre des émissaires des rois de Prusse et de Pologne, suggérant l'évacuation de la Saxe contre celle de la Prusse royale, et une indemnité pour les Russes en Courlande.
Eût-il été possible de terminer la guerre pendant l'hiver de 1759? Quel succès auraient eu les tentatives que Bernis avait esquissées et qu'il aurait certainement
(1) La lettre de Holdernesse du 13 novembre et la réponse francaise sont reproduites dans une dépêche &e Choiseul à Boyer chargé d'affaires à Vienne, en date du 13 décembre 1758. Affaires étrangères. Autriche.
poursuivies sans l'opposition de la cour de Vienne? A en juger par ce que nous connaissons des dispositions intimes du ministère britannique et du roi de Prusse, il y a lieu de penser que les deux alliés n'auraient pas fermé l'oreille à des ouvertures tendant au rapprochement.
Au sein du cabinet de Londres, la prise de Louisbourg fut saluée avec d'autant plus de plaisir que la possession de cette forteresse, dont la restitution avait joué un si grand rôle dans les négociations d’Aix-la-Chapelle, compensait la perte de Minorque et enrichissait le jeu anglais d’un atout de grand prix. « Quelques bonnes nouvelles du roi de Prusse, écrit le chancelier de l'Evhiquier Legge (1), et notre tâche sera accomplie. Cherbourg, Louisbourg et le Sénégal amèneront certainement les Français à obtenir la paix; je dis obtenir, car, je l'espère, nous pourrons aujourd'hui l’accorder sans être obligés de l’accepter. Dieu veuiile que cela arrive avant l'hiver, car si la guerre croit au point d’absorber plus de 5 millions de livres sterling en dépenses extraordinaires, je ne sais pas comment le pays pourra fournir l'argent ou supporter l'impôt nécessaire pour garantir l'emprunt.» Que ferons-nous de Louisbourg”? se demande Newcastle (2). « Lord Chesterfield et beaucoup d'autres répondent : il faut démolir la place. Peut-être serait-ce le bon parti à certain point de vue, mais alors elle n'aura que peu ou pas de valeur comme pièce d'échange. Nous voulons la btie de Fundy et un arrangement satisfaisant des autres litiges en Amérique; nous voulons qu’on nous rende Minorque; il faut que la Flandre soit remise sur l'ancien pied, et enfin en Allemagne la paix s'impose et avec elle Le rétablissement de l’état de choses d'avant la guerre. Comment obtiendrons-nous,
(1) Legge à Newcastle, 19 août 1758. Newcastle Papers, 32882. (2) Newcastle à Hardwicke, 26 août 1758. Newcastle Papers, 32883.
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