MISSION PACIFIQUE DU LORD MARÉCHAL À MADRID
puis plus de deux ans contre les puissances les plus formidables de l’Europe, et qu'il était à craindre qu'à la longue je ne succombasse dans une guerre où la partie était si inégale... et que si la France venait par conséquent à témoigner un désir sincère de pacifier les troubles présents et de s’accommoder en même temps avec moi et avec le roi d'Angleterre, il faudrait alors, à ee que je croyais, ne pas laisser échapper une occasion pareille, mais la saisir pour faire une paix conforme à nos intérêts communs ». Au roi Gcorge (1), Frédéric exprime les mêmes sentiments : « Si j'y puis ajouter quelque chose, ce serait de négocier, ne fût-ce que pour semer la méfiance et la zizanie parmi nos ennemis, et particulièrement peut-être cela mènerait-il à la fin d’une guerre dont la continuation entrainerait l’entière subversion de l’Allemagne. »
A peu près à la même époque, le Roi profita d’un voyage que son vieux serviteur, le lord maréchal d'Écosse (2), frère du maréchal Keith, allait faire en Espagne, pour lui confier une mission officieuse à la cour de Madrid. IL avait appris, par une confidence de Pitt (3) aux représentants prussiens de Londres, que Wall, le principal ministre du cabinet espagnol, avait laissé entrevoir l'ambition de Sa Majesté catholique de jouer le rôle de médiateur entre les puissances belligérantes. Aux termes de l'instruction qui lui fut donnée (4), le lord maréchal s’efforcerait de sonder les intentions conci-
(1) Frédéric à George. Dresde, 9 décembre 1758. Correspondance Politique, vol. XVII, p. 419.
(2) George Keith, qui, avant de fuir l'Écosse, avait oris part aux rébellions jacobites, était entré au service du roi de Prusse, avait été son représentant à Paris et était devenu en dernier lieu gouverneur de Neufchatel.
(3) Knyphausen et Michel à Frédéric, 14 novembre 1758. Correspondance Politique, vol. XVII, p. 405.
(4) Frédéric au lord maréchal, 8 et 9 décembre. Instruction, 19 décembre 1758. Correspondance Polilique, vol. XVII, p. 417, 418, 426.
liatrices de l'Espagne et de s'enquérir des préliminaires dont il pouvait être question. Il s’entendrait à cet effet avec l'ambassadeur anglais, lord Bristol, sans toutefois lui révéler sa connaissance des propos de Wall sur lesquels on avait promis le secret. Le choix de l’émissaire, habile vis-à-vis du ministre espagnol dont il était l'ami, ne l'était guère à l'égard du cabinet britannique qui, sous l'habit du diplomate prussien, ne pouvait oublier le passé jacobite de l’émigré écossais; mais la désignation d'un personnage aussi important et la teneur des recommandations dont il était porteur prouvent les tendances pacifiques du monarque.
Au surplus, il est inutile de s'attarder dans le domaine des conjectures et il nous faut revenir au positif sous la forme du nouveau traité d'alliance que la France et l'Autriche étaient d'accord pour substituer à la convention secrète du 1% mai 1757. Au cours des derniers mois, les pourparlers avaient fait un pas considérable. Avant de quitter Vienne, Choiseul (1) avait échangé des notes et soutenu des discussions, grâce auxquelles le terrain commençait à être déblayé. Dans une pièce dictée à Kaunitz, il avait laissé à la cour de Vienne le choix entre deux alternatives : la première visait une paix générale, moyennant quelques cessions de territoire à l’Autriche (le maximum des avantages prévus était l'acquisition du comté de Glatz et de quelques cantons prussiens en Lusace) et, en ce qui concernait l’Angleterre et la France, le rétablissement de l'état de choses consacré par le traité d’Aix-la-Chapelle. La seconde hypothèse envisageait la continuation de la guerre par la France, sous la double réserve de la reprise des négociations si la campagne de 1759 ne donnait pas des ré-
(1) Mémoire de Choiseul, adressé au Roi, décembre 1758. Affaires étrangères. Autriche. Supplément, 18.
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