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L'ARMÉE CANTONNÉE SUR LES BORDS DU RHIN

qui doit être banni des armées. » Mortaigne fut probablement l'inspirateur d’une excellente mesure dont son chef s'appropria l'initiative, la répartition des régiments en brigades et divisions permanentes : « Les officiers généraux (1) connaitront les troupes avec lesquelles ils devront combattre, et les troupes connaitront ceux qui devront les commander. » A cette époque, le généralissime et son mentor étaient encore dans leur lune de miel. Clermont qui, au besoin, savait très bien dissimuler ses sentiments secrets, avait fait bon accueil à l'ami du ministre de la guerre, et celui-ci semblait au mieux avec son supérieur. « IIme parait, rapportait Gisors (2), on ne peut plus content du prince qui commence à mettre en lui son entière confiance. »

Une fois établie derrière le Rhin, l’armée jouirait-elle du repos après lequel tout le monde aspirait et qui devenait de plus en plus indispensable? Les fatigues de la route, les intempéries de la saison, le délabrement des elfets et de la chaussure, avaient singulièrement augmenté le nombre des indisponibles. « Il nous est tombé, relate Gisors (3), encore une grande quantité de malades; tous nos soldats toussent et n'en peuvent absolument plus. » Dans une situation de l'infanterie en date du 30 avril, les 95 bataillons qui avaient fourni leurs états comptaient, non compris les officiers, environ 37.000 hommes présents, un peu plus de 10.000 dans les hôpitaux, 4.300 miliciens incorporés et 3.600 recrues en route pour rejoindre. La cavalerie, à la même date, pouvait mettre en ligne 11.000 sabres Malgré la forte proportion des non-valeurs, c'était encore un total imposant à opposer aux 47.000 sol-

(1) Clermont à Belleisle. Wesel, 5 avril 1758. Archives de la Guerre, vol. 3473.

(2) Gisors à Belleisle, sous Wesel, 1° avril 1758. Archives de la Guerre, vol. 3473.

(3) Gisors à Belleisle, sous Wesel, 2 avrii 1758. Archives de la guerre, vol. 3473.

dats que Clermont attribuait (1) au prince Ferdinand.

A peine les Français commençaient-ils à prendre ces quartiers d'hiver tant souhaités, et leur chef à se remettre des émotions de sa campagne désastreuse, que des ordres de la cour vinrent troubler leur quiétude. À Versailles, on crut le moment propice pour exécuter les engagements contractés avec l'Impératrice : Clermont recut successivement l’ordre de diriger sur le Haut-Rhin les régiments destinés au corps de Soubise, l'avis du rappel des 6 bataillons autrichiens adjoints à son armée, enfin l'invitation de détacher pour la Bohème, en plus des régiments déjà désignés, six bataillons suisses. Ces diminutions devaient, d’après les instructions du ministère, coïncider avec le départ de 15 bataillons des plus éprouvés, renvoyés en France pour se rétablir; elles seraient compensées par l'incorporation de milices et de recrues, et par l’arrivée ultérieure (2) de 6.000 Wurtembourgeois en voie d’organisation sous les yeux de leur prince, et de 10.000 Saxons, en grande partie déserteurs prussiens, qu'on n'osait employer contre le roi Frédéric, et qui étaient en marche vers le Rhin. L'échange L:posé met Clermont hors des gonds (3) : «Cette formation d'armée ne convient ni à la gloire du Roi, ni à moi. Je sais ce que c’est que des armées combinées; je ne veux pas faire le second tour de M. de Soubise. Le Roi m'a mis à la tête d’une armée française si peu mêlée que ce n’est pas la peine d'en parler; mes arrangements sont faits; en conséquence je ne puis défaire le soir ce que j'ai fait le matin, et ne dois travailler qu'avec des matériaux solides... J'aime mieux des bataillons français à 300 hommes que ceux qu'on me propose à 1.000. »

(1) Évaluation de Clermont qui supposait au complet les 46 bataillons «t 46 escadrons de son adversaire. Ce dernier n'avait en réalité que 25.000 om 28.000 disponibles.

(2) Crémille à Clermont, 3 avril 1758. Papiers de Clermont.

(3) Clermont à Crémille. Wesel, 7 avril 1758. Papiers de Clermont.

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