‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 4)Chapitre 27 sur 361 · PLAINTES DE CLERMONT · texte numérisé non relu

PLAINTES DE CLERMONT

IL faut avouer que les emprunts répétés qu'on voulait prélever sur ses effectifs réduits n'étaient pas faits pour consolider le moral encore chancelant du prince, Aussi celui-ci souligne-t-il sa plainte de la perspective d'un nouveau mouvement rétrograde (1) : « Comment se peut-il que vous qui êtes homme de guerre, vous n'ayez pas arrèté l'idée que l'on a euc de m'enlever les troupes que l'on me demande, sachant que le prince Ferdinand est en force devant moi de plus de 50.000 hommes, que pas une des places que je tiens à la rive droite du Rhin, et par conséquent du côté de l'ennemi, n’est à l'abri d'un coup de main, et que Wesel, qui est la moins mauvaise, n'est peut-être pas une affaire de six jours à prendre? Peut-on imaginer que le prince Ferdinand, qui a des troupes bien complètes et bien rétablies, restera les bras croisés et attendra pour agir deux mois, et peut-être trois, que les milices et les recrues que vous m’envoyez soient arrivées ? Nous sommes forcés de nous mettre en quartier d'hiver dans le temps que l’on devrait entrer en campagne; mais le prince Ferdinand ne l'est pas... Les troupes n'ayant d’ailleurs ni tentes, ni marmites, ni souliers, ni guêtres, ni habits, ni chapeaux, ni armes en état, et par conséquent je serai percé dans quelque point de ma ligne qui est fort étendue, et obligé peut-être malgré toutes les précautions que je prends de m'en revenir sur le Roer, de là sur la Moselle, et de là où il plaira à l'ennemi de me chasser de la manière (au moins désagréable) dont je suis revenu derrière le Wescr et ensuite derrière le Rhin. » Le général termine en offrant sa démission. Le lendemain, il pose la question (2) si, en cas de retraite, il doit laisser les garnisons dans les places de Wesel, Dusseldorf et Gueldres.

(1} Clermont à Belleisle. Wesel, 12 avril 1758. Archives de la Guerre, vol. 3474.

(2) Clermont à Belleisle. Wesel, 13 avril 1758. Archives de la Guerre, vol. 3474.

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Mortaigne tient à peu près le même langage (1) : « Je ne vois pas noir mal à propos, mais je vois ce que je vois... Si l'ennemi nous force, nous ne serons pas plus tranquilles derrière la Meuse que derrière le Rhin; il n’y a pas plus de moyens de nous y recevoir et par conséquent de nous y maintenir. Que deviendrons-nous donc? Des fourrages, Monseigneur, des fourrages! et le militaire fera son devoir. »

Dans sa réponse, Belleisle (2) s'attache surtout à rassurer son correspondant. L'armée du prince Ferdinand, décimée per les maladies et la désertion, n’est pas en état de prendre l'offensive; les Français n'ont en face d'eux que des Hanovriens dont « on connait le peu de valeur », et tout au plus les 2 ou 3.000 Prussiens du prince de Holstein ; il n’y a pas en Allemagne un seul Anglais. « Il n’est pas vraisemblable ni raisonnablement possible de passer le Rhin devant un ennemi, et de laisser une place telle que Wesel derrière soi à la rive droite. Imagineriez-vous, Monseigneur, de le faire, si vous étiez à la place du prince Ferdinand? Je reviens donc à votre position que vous trouviez avec raison très bonne par vos lettres du 5, du 7 et du 9, et qui n’est devenue, à ce que V. A.S. croit à présent, insoutenable qu'à cause du départ des Autrichiens et de l4 demande des 6 bataillons suisses. » Sur ce dernier point, il aura satisfaction; les bataillons resteront à l’armée jusqu'à l’arrivée des renforts promis.

On peut se figurer l'émoi que produisit l’appréhension d’une nouvelle reculade. Le Roi, M"° de Pompadour, l'abbé de Bernis, protestèrent chacun à sa façon contre la terrible éventualité : « Mon armée, écrit Louis XV (3;, s’est retirée aussi loin qu’il le fallait pour sa sûreté... mais je ne consentirai pas qu'elle abandonnât la défense du Rhin

(1) Mortlaigne à Belleisle. Wesel, 11 avril 1758. Papiers de Clermont,

(2) Belleisle à Clermont, 15 avril 1758. Archives de la Guerre, vol. 3474. (3) Louis XV à Clermont, 16 avril 1758. Papiers de Clermont.

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vol. 3474.

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