FERDINAND FAIT UNE INCURSION EN FRANCONIE
Francfort, qui assurait aux Français un solide point d’appui sur le Mein, fut une nouvelle cause d'ajournement; mais l'avis d’une ineursion des Impériaux sur Fulde et la crainte de voir Broglie se jeter sur Le corps isolé du prince d'Issemburg en Hesse, décidèrent le général hanovrien à commencer son mouvement, Vers la fin du mois, il avait réuni à Cassel environ 27.000 combattants, répartis en trois divisions, sous les ordres des princes de Brunswick, d'Holstein et d'Issemburg. L'expédition débuta par la prise de possession de Fulde et Meiningen, que l'avant-garde de l'armée des Cercles dut évacuer, laissant bon nombre de prisonniers entre les mains des confédérés, Près de Meiningen, deux bataillons du contingent de l'Électeur de Cologne mirent bas les armes, et à Wassingen un autre bataillon de l'Empire fit de mème ; le général Arberg, qui accourait à son secours, fut repoussé. Un peu plus loin, les régiments autrichiens Savoie et Bretlach furent surpris pendant qu'ils étaient à la messe et culbutés par Les hussards hessois avec perte, pour le premier, de ses étendards. Ces résultats désastreux étaient dus tout autant au mauvais esprit des soldats de l'Empire et au manque d'entente entre leur général en chef et Serbelloni, commandant de la division autrichienne, qu’à la distribution défectueuse des cantonnements.
A la suite des échecs qu'il venait de subir, Deux-Ponts supplia le duc de Broglie (1) de faire une diversion qui lui donnât le temps de concentrer ses troupes encore disséminées. A cet appel Le général français resta sourd ; menacé directement, il ne pouvait aider son voisin. «Je dois croire (2), répond-il, que toutes les forces des
(1) Deux-Ponts à Broglie. Nuremberg, 2 avril 1759. Archives de la Guerre, Jo14.
(2) Broglie à Deux-Ponts. Francfort, 4 avril 1759. Archives de la Guerre,
ennemis se sont portées en Hesse où le prince Ferdinand est venu lui-même... Il a poussé un corps en avant aux ordres du prince de Holstein entre Fulde et Berstein ; il a fait faire des fours et il a assemblé beaucoup de magasins et de chariots à Fulde.....; il a beaucoup d'artillerie avec lui. » Broglie écrit(1) à Belleisle dans le même esprit. I faut l'avouer, les rapports reçus sur l'armée de Deux-Ponts n'étaient pas de nature à rendre souhaitable la coopération. Interrogé sur Le nombre et le moral des troupes impériales et sur la ligne probable de leur retraite, le ministre frençais Goertz avait mandé que l'armée de l'Empire était dans le plus mauvais état et qu'il ne fallait pas compter sur « plus de 10.600 hommes sans officiers, mal armés, mal habillés, mal payés et de mauvaise volonté »; que les troupes autrichiennes étaicnt meilleures, mais qu'elles ne dépassaient pas 12 ou 1#,000 hommes, et que quant au point sur lequel M. le prince de Deux-Ponts rétrograderait, il était persuadé que ce serait dans la direction de la Bohême. « Je suis convaincu, ajoute fort sagement Broglie, que tout cela est dans l’exacte vérité, et c'est une nouvelle raison pour ne pas s'aventurer et s’exposer à en être abandonnés. » Il n'était d’ailleurs rien moins que rassuré sur les intentions du prince Ferdinand : « Si le mouvement des ennemis nous regarde, il est certain qu'ils vont pendant quelques jours rassembler des subsistances derrière eux, en charger des chariots, et de là ils seront sur nous en deux marches vives, selon leur coutume. » Il a peine à croire à une attaque contre le poste de Bergen où il veut réunir son monde, mais par précaution, il appelle à lui les Saxons et invite Armentières à faire une diversion du côté de Dyllemberg. Ce dernier, en bon camarade, et quoiqu'il
(1) Broglie à Belleisle. Francfort, 3 et 5 avril 1759. Archives de la Guerre,
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