REMONTRANCES DE LA COUR DE VERSAILLES
sans y être absolument iorcée. Il serait trop honteux d'abandonner Dusseldorf et Wesel et je veux que vous les défendiez ; l'honneur est préférable à tout, et je ne sépare pas le vôtre du mien ni de celui de toute la nation. » Chez la marquise, la plaidcirie est passionnée comme il convient à la partisane zélée de l'alliance autrichienne (1) : « Vous êtes persuadé, Monseigneur, du violent chagrin que les événements malheureux m'ont causé; celui que j'éprouve aujourd’hui... l’est encore plus s’il est possible. Je vois que les troupes qui vous ont été demandées pour l'Impératrice vous déterminent à une seconde retraite mille fois plus humiliante et plus dangereuse à tous égards que celle que vous venez de faire. Nos alliés accablés, la Hollande maitresse de se déclarer sans courir de risques, sont les moindres des inconvénients qui en doivent résulter. D'un autre côté si nous n'envoyons pas à l'Impératrice les secours promis, Elle est en très grand danger d'être détrônée. Nors resterons donc seuls, ayant abandonné et laissé périr nos amis (et où trouverons-nous jamais des puissances assez dupes pour vouloir en être?), déshonorés, perdus dans l'Europe entière, avec le roi de Prusse et l'Angleterre et peut-être bien d'autres acharnés à notre destruction. Voilà, Monseigneur, le tableau très exact de notre situation; elle est trop violente pour me laisser la force de vous parler d'autre chose que de mon inviolable attachement. » Bernis (2), comme de raison, entame le chapitre des conséquences politiques : « Si nous reculons encore il ne faut plus compter sur nos alliés qui, ne nous voyant tenir ferme nulle part, nous accusent déjà assez haut de trahison et de lâächeté..…. Nous avons manqué dix fois de parole à l'Impératrice sur le secours de 24.000 hommes stipulé par un traité solennel
(1) Mme de Pompadour à Clermont, {6 avril 1758. Papiers de Clermont. (2) Bernis à Clermont, 15 avril 1758. Papiers de Clermont.
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et annoncé par la lettre de la propre main du Roi. Est-il possible qu'on lui refuse le secours, quand Elle est à la veille d’ètre détrônée et que nos forces sont hors d'état d'agir? »
Pour dire la vérité, Clermont, dont le caractère irrésolu et vaniteux se révèle à chaque page de sa correspondance, avait cédé à un sentiment de mauvaise humeur en parlant d’une retraite qui, dans son esprit, ne se présentait encore qu'à titre de possibilité. Aussi fut-il très affecté de l’impression créée à Versailles, et protesta-t-il énergiquement contre l'interprétation donnée à sa pensée, Au Roi (1), il affirme, dans une lettre personnelle, que jamais son intention n'avait été de reculer au delà du Rhin. Dans un billet intime à Bernis (2), il se plaint fort qu'on lui eût prêté une pareille conception. « L'on n’a pas pris ce que j'ai mandé dans le sens qu'on devait le prendre. On m'a vu tout à coup derrière la Moselle et peut-être à Vaugirard. J:, devais espérer qu'on me connaissait mieux que cela. »
De son côté, Mortaigne, que Belleisle voulait rendre responsable des défaillances de son chef, se justifie (3) en termes indignés : « Je ne crois pas qu'il (le comte de Clermont) ait trouvé en moi une façon de penser timide; ce mot m'est sensible et je vois que je n’ai pas été entendu. » Dans une lettre postérieure (+) de quelques jours, il défend l'attitude du prince : «M. le Comte de Clermont n’a pas besoin, à ce qu’il me parait jusqu'à présent, qu’on lui donne de l'audace et je ne lui inspirerai pas de la timidité; il n'a jamais été question d'abandonner les bords du Rhin que pour un motif forcé de manque de subsistances…
(1) Clermont au Roi. Wesel, 20 avril 1758. Papiers de Clermont.
(2) Clermont à Bernis. Wesel, 21 avril 1758. Papiers de Clermont.
(3) Mortaigne à Belleisle. Wesel, 18 avril 1758. Archives de la Guerre, vol. 3474.
(4) Mortaigne à Belleisle. Wesel, 21 avril 1758. Archives de Ja Guerre, vol. 3474.
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