‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 4)Chapitre 29 sur 361 · LETTRES DE MORTAIGNE · texte numérisé non relu

LETTRES DE MORTAIGNE

M. le Comte de Clermont n'est pas mou, mais il est sensible. » Mortaigne continue en insistant sur les besoins de l'armée et sur la nécessité de les satisfaire le plus promptement possible : «Il nous faut sans retard nos milices et nos recrues. Il faut amender et réparer; ce n'est pas le moment de mettre les points sur les 1; les combinaisons de bureau sont bonnes en pleine paix ou à l’entrée de l'hiver, mais l'alouette chante, il faut courir aux armes; moins de formalités et plus de célérité. » Puis il expose des considérations excellentes sur les mesures utiles pour rétablir et compléter les cadres : «C'est à l’armée qu'il faut mettre l'ordre, et il y sera; mais que ce qui doit y être discipliné y arrive. Il y a actuellement à Strasbourg, à Landau et à Metz une quantité de recrues et d'officiers qui y gémissent; le soldat ne se discipline pas, ne prend pas l'esprit de corps, n’est point équipé, l'officier n'est point à sa troupe, se ruine au cabaret et à nourrir ses chevaux, et tout cela rejoindra quand il faudra songer à se mettre sous la toile. L'article des fourrages est essentiel ; il en coûtera certainement au Roi. C’est une armée au cabaret; il faut en sortir le plus tôt qu'on pourr: et par conséquent travailler avec célérité aux moyens; tous les moments sont précieux à tous égards. » Suit une critique de l’intendant Gayot qui fut, comme on le verra plus loin, le point de départ d’un incident sérieux : « Notr intendant est, à ce qu'on assure, honnête homme; je le : rois homme d'esprit idem, mais il est trop lent dans ses o} érations et trop boutonné ; c’est un malheur, mais tout le monde s’en plaint; c'est une partie essentielle, voilà tout dit; je n'ai assurément rien contre lui, mais j'aime mieux le Roi. »

Cependant, malgré leslamentations du quartier général, l'influence bienfaisante de la nouvelle direction du département de la Guerre commencait à se faire sentir. La question des fourrages avait été résolue par le versement d'un million arraché au controleur général et à un marché

passé avec les Juifs (1) « qui ont aussi bonne réputation que Juifs peuvent avoir ». D'autre part, les avis de Paris indiquaient que Belleisle s’occupait des besoins de l’armée avec une activité et une suite dont les bureaux avaient perdu l'habitude depuis la disgrâce d’Argenson. En plus des 18 bataillons de milice qui étaient déjà sur le Rhin, on annonçait un nouveau renfort de 50 compagnies de la mème arme. De cette réserve on tirerait ainsi pour l'infanterie un contingent d'environ 12.000 hommes, qui, ajouté aux recrues. devait porter l'effectif des bataillons à 680 hommes; la cavalerie, qui avait moins souffert, serait également complétée. Le ministre de la Guerre, se basant sur des calculs un peu optimistes, promettait à Clermont une armée de 60.000 fantassins et 20.000 cavaliers, saas compter ies Wurtembourgeoïs et les Saxons contre l'envoi desquels il avait protesté avec tant d’aigreur. Dans un billet autographe (2) d'une écriture presque indéchiffrable, le vieux maréchal avait tenu à encourager le généralissime : « Tout consiste à passer mai et juin au repos: après quoi V. A.S. aura une armée qui lui donnera autant de satisfaction qu’'Elle a essuyé jusqu’à présent de peine et de désagrément. »

L'ennemi accorderait-il les deux mois, du 15 avril au 15 juin, nécessaires pour mener à bonne fin la réparation des régiments et l’incorporation des recrues? Cela était douteux, mais pour le moment le prince Ferdinand, absorbé dans la mème besogne, ne donnait pas signe de vie; aussi se rassura-t-on au quartier général de Wesel et par contre-coup à Paris. « Votre lettre du 18, Monseigneur, ranime un peu nos espérances, écrit M" de Pompadour (3); il est sûr que vos deux derniers courriers les

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(1) Clermont à Belleisle. Wesel, 18 avril 1758. Archives de la Guerre, vol. 3474.

(2) Belleisle à Clermont, 17 avril 1758. Papiers de Clermont.

(3) M"° de Pompadour à Clermont, 21 avril 1758. Papiers de Clermont.

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