‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 4)Chapitre 285 sur 361 · SURPRISE DE MINDEN PAR BROGLIE · texte numérisé non relu

SURPRISE DE MINDEN PAR BROGLIE

beaucoup moins que dans pareille circonstance on ne devait le craindre. Il n’y a pas, à ce que m'a dit M. Fischer, un homme de son corps tué, mais seulement des blessés, et très peu des ennemis... M. de Zastrow est pris ainsi que tous les officiers et soldats; j'en aurai demain l’état que j'aurai l'honneur de vous envoyer, ainsi que celui des magasins de grains qu'on dit qu'il y a. Ils ont jeté aujourd'hui un petit magasin de foin, et en ont brûlé un de paille au moment de l'attaque. » Toute la garnison, composée de 1.400 à 1.500 réguliers et miliciens, fut faite prisonnière, Dans Minden les Français trouvèrent de gros approvisionnements de farine et d'avoine qui facilitèrent le avitaillement.

Aussitôt que Ferdinand eut vent de la pointe de l’avantgarde de Contades sur Minden, il détacha successivement, le 10 juillet le prince de Brunswick et le général Wangenheim avec des forces considérables, pour devancer, si possible, les Francais aux défilés de fille et Lübbecke, et suivit lui-même dans la nuit avec le gros. En cours de route, on apprit la chute de Minden. Pour l’armée du prince, comme le fait remarquer son adjulant Reden (1), les conséquences pouvaient être des plus graves; rien n’empèchait Contades le descendre le cours du Weser, de s'emparer de Nienbourg qui n’était défendu que par quelques invalides, et de lui disputer le passage du fleuve. « Il me fallut, écrivit Ferdinand (2). choisir alors entre deux choses qui avaient chacune ses risques : ou de rebrousser tout de suite chemin vers Munster pour tâcher de dégager cette ville qui venait d’être attaquée par le marquis d'Armentières, ou de m'approcher du Weser pour tâcher de sauver Nienbourg avec les magasins, et pour

(1) Reden, vol. IF, p. 42,

(2) Ferdinand à Holdernesse, Petershagen, 21 juillet 1759. Westphalen, Geschichle der Feldzüge des Hersogs Ferdinand v, Braunschweig, Berlin, 1871, vol. III, p. 380.

empêcher de n'être pas totalement coupé des états de Sa Majesté et de ceux de ses alliés. »

Avant de s'arrêter à ce dernier parti, le prince avait consulté ses principaux officiers, Sackville, Sporcken et Imhoff, et échangé force billets avec son homme de confiance Westphalen. 11 faut lire cette correspondance pour se rendre compte de l'influence qu’exercaient sur la conduite du général en chef les conseils de son secrétaire. Aucun mouvement de troupes ne s’accomplit, aucune mesure administrative ou politique n'est adoptée sans qu’il ait donné son opinion. Parfois, c’est Westphalen, le stratège civil, comme l'appellent quelques écrivains militaires, qui assume r'initiative, qui suggère avec beaucoup de déférence e4 non moins de précision une entreprise à tenter, une précaution à prendre, un détachement à faire, une manœuvre à exécuter. Presque toujours la proposition est retenue et son auteur chargé de préparer les instructions de détail. Quelquefois Westphalen fait la leçon à son maitre, qu’il trouve trop indécis et trop porté à écouter son entourage; un mémoire (1) qu'il lui adressa pendant le séjour à Osnabrück est tout à fait typique : « J'approuve infiniment que V. A. S. demande l'avis aux autres, mais. si elle me permet de le dire, je souhaiterais qu'elle méditât elle-même ses projets... Si, au lieu de cela, V. A. S. dit à tel et tel : Dites-moi votre sentiment sur ce que je doive faire, celui-ci dira à la vérité son sentiment; mais puisqu'il ne remplit pas la sphère du général en chef et qu’il n’est pas non plus au fait de tout ce qui entre dans la situation de l’armée, tant par rapport à sa position locale que par rapport aux magasins, ce sera un pur hasard s’il rencontre juste... 11 en est de même si V. A. S. demande à plusieurs personnes à la fois ce

(1) Westphalen à Ferdinand. Osnabrück, 9 juillet 1759. Westphalen, HI, p. 350.

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