EFFORTS DE BELLEISLE POUR RÉTABLIR L'ARMÉE
avaient éteintes tout à fait et que nous étions ici dans la douleur la plus amère. » Gisors, qui avait repris les fonctions de secrétaire de son père, s'exprime de même (1) : « Le courrier d'aujourd'hui a ranimé la cour, mon cher Mortaigne... Après avoir remis à M°° de Pompadour les lettres du prince, pour qu'elle les fit passer au Roi à qui mon père n’a pu les porter, à cause du rhume qui le retient au lit, je lui ai montré votre lettre à mon père et même celle que vous m'avez écrite; l'une et l’autre l'ont enchantée. Vous pouvez croire que j'ai profité de l’occasion pour lui dire tout ce que j'ai été élevé à penser de vous. » La présence de Montazet au quartier général contribua aussi à remonter le moral de Clermont et de son état-major. Cet officier, après la campagne désastreuse de Silésie pendant laquelle il avait été attaché au prince Charles de Lorraine, était revenu passer quelque temps à Paris. A la réception des mauvaises nouvelles du Rhin, la cour estima que sa connaissance approfondie des affaires de l’Impératrice autoriserait des conseils que son intimité avec le prince rendrait acceptables. Il y à tout lieu de croire que Montazet, avec son tact habituel, fit comprendre, et la nécessité de tenir sur le Rhin, et la disgrâce infaillible dont serait victime le général qui ne s'inclinerait pas devant cette obligation. Au contact du messager de Versailles, Clermont retrouva (2) sa belle confiance d'antan : « Le comte de Montazet part demain... Je lui ai parlé avec cette franchise dont je fais profession et Je vous assure que je n’ai pas cherché à me faire valoir; je l'aurais pourtant pu, sans être trop claque-dent. » Le ‘apport de Montazet fut favorable et Belleisle s’'empressa de communiquer (3) cette bonne impression à Clermont. Grâce à la vigoureuse impulsion donnée par l'infati-
(1) Gisors à Mortaigne, 26 avril 1758. Papiers de Clermont. (2) Clermont à Belleisle, Wesel, 26 avril 1758. Papiers de Clermont. (3) Belleisle à Clermont, 7 mai 1758. Papiers de Clermont.
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gable ministre, les effets d'équipement indispensables pour le rélablissement des corps commencaient à parvenir à destination, non sans quelque confusion il est vrai : « Les désordres dans toutes les parties ont été si grands, mandait Mortaigne (1), que quand un régiment recoit son drap il n'a pas de doublures, et ainsi de suite. » Il y avait aussi des déceptions au sujet des recrues (2); parmi celles de Metz, beaucoup avaient à peine 5 pieds; 7 à 800 avaient été retenues comme impropres au service; pari elles, « il n’y avait peut-être pas un seul garçon qui fût capable de porter son fusil, ni de faire deux marches de suite; ce sont presque tous des enfants au-dessous de seize ans, incapables de soutenir la moindre fatigue, et qui seraient tout aussi peu propres à servir de domestiques que de soldats ».
Néanmoins, dans l’ensemble, il y avait amélioration, et les chefs francais n'étaient pas les seuls à la signaler. Cressener, l'agent anglais en résidence à Cologne, observateur malveillant mais scrupuleux (3), en fait la constatation : « Ilest impossible de rendre compte à Votre Seigneurie du changement que j'ai marqué dans les troupes françaises depuis ces derniers dix jours; elles se ressaisissent, elles reprennent courage; elles commencent à recevoir beaucoup de recrues et elles paraissent tout à fait résolues à reprendre le Rhin. »
Vers cette époque, se produisit un incident qui nous éclairera sur le rôle prépondérant de certains personnages à la cour. Depuis longtemps Clermont, enclin, comme on l’a vu, à rejeter sur ses subalternes le blâme d'erreurs et de défaillances qui n'étaient pas de leur fait, influencé peut-être par Mortaigne, était mécontent de Gayot, l’intendant de l’armée. Un événement de peu d'importance
(1) Mortaigne à Belleisle. Wesel, 27 avril 1758. Papiers de Clermont.
(2) Crémille à Clermont, 16 mai 1758. Papiers de Clermont.
(3) Cressener à Holdernesse. Cologne, 28 avril 1758. Cressener’s correspondance. Record Office.
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