DÉPART DE CLERMONT POUR L'ARMÉE
tout au plus, sous le titre d’« obmissions », trouve-t-on dans l'agenda du maréchal des critiques sur les agissements et sur la stratégie de Richelieu. Il fallut quatorze jours à Clermont pour se rendre À Hanovre. En route, il put constater le désarroi qui régnait dans le personnel aw’il allait comma.der : « Il retourne à Paris, écrit-il (1) à M"° de Pompadour, un grand nombre d'officiers; et l'on m'a assuré que si j'avais besoin de chariots de poste je n’en trouverais pas un, parce qu'ils les ont tous pris de force et sans payer. Il ne faut pas se le dissimuler, si ce ton-là continuait, le Roi n'aurait pius d'armée; mais j'y emploierai tout pour y remédier. »
A coup sûr, Clermont ne pouvait se faire illusion sur les difficultés de :’æuvre dont il s'était chargé, sur lu résistance que rencontreraient ses projets de réforme, sur le mauvais sprit de ses subordonnés; mais il supposait que sa troupe, si mal disposée qu'elle fût, était, grâce à sa supériorité numérique, en état de se maintenir contre les entreprises de l'ennemi. Les dernières instructions du Roi (2), qui lui parvinrent pendant son voyage, étaient de nature à entretenir sa confiance; elles attribuaient à l'armée du Hanovre, après défaication des détachements en Ost Frise, en Hesse et sur le Rh'n, et en y comprenant les Palatins et la brigade autrichienne, une force de plus de 80.000 hommes. Cette constatation faite, le document prévoyait une attaque possible du prince Ferdinand et entrait à ce sujet dans les détails suivants : « Le sieur de Crémille communiquera au Comte de Clermont le travail qu'il doit avoir fait, et il rédigera sous ses ordres un mémoire circonstancié par forme de projet sur tout ce que les troupes du Roi devront exécuter, et ce
(4) Clermont à Mme de Pompadour. Strasbourg, 7 février 1758. Papiers de Clermont, vol, XXXV,
(2) Instructions du Roi au Comte de Clermont. Papiers de Clermont, vol. XXXV.
qu'ilsera à désirer qu'elles attendent du concours de celles de l’Impératrice; lequel mémoire sera envoyé au Secrétaire d'État, ayant le département de la Guerre, pour être communiqué à la cour de Vienne; et sur les réponses que S. M. en aura recues, Elle fera savoir au Comts de Clermont ce qu'Elle aura déterminé définitivement. » Un péril sur lequel on aurait le temps de consulter les cabinets de Paris et de Vienne ne paraissait pas bien imminent; aussi n'est-il pas surprenant que Clermont, jusqu'à son arrivée à Hanovre, ait partagé l'optimisme de Versailles. Du reste, on n'avait pas attendu sa prise de commandement pour transmettre au quartier général les ordres nécessaires à la mise en pratique du premier chapitre du programme concerté avec la cour de Vienne; à cet effet, il fallait distraire de la grande armée les éléments du corps auxiliaire appelé, sous le prince de Soubise, à rejoindre les Autrichiens en Bohême. Les 33 bataillons et 10 escadrons affectés à cet emploi devaient être réunis, Je 1°" mars, à Cassel; aussitôt recrutés et habillés, ils se mettraient en route pour l'Autriche. D'autre part, 12 bataillons et 30 escadrons, des plus fatigués, devaient rentrer en France. Les régiments désignés pour le corps auxilisire, la plupart allemands ou suisses au service du Roï, occupaient la ligne du Weser; avec eux servaient plusieurs des officiers supérieurs appelés à passer sous les ordres de Soubise. De là un chassé-croisé de troupes et de généraux des plus inopportuns : Soubise vint de Cassel à Paris recevoir ses instructions ; le duc de Broglie qui con:mandait l'aile gauche à Brème fut appelé à Cassel et remplacé par le comte de Saint-Germain.
Toutes ces dispositions avaient été adoptées sans se préoccuper de l'ennemi; aussi fallut-il en rabattre quand le comte e Clermont parvint à Hanovre, le 1% février. Tout d'abord, il s’agit de trouver un chef d'état-major en place de Crémille, qui venait de refuser des fonctions que
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