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LES DEUX ARMÉES SUR LES BORDS DE LA LAHN

miers jours de novembre que les opérations furent sérieusement reprises; celle du siège fut transférée au comte de Buckeburg, tandis qu'Imhoff fut relégué au commandement de l'armée d'observation.

Revenons à la Lahn où, à la fin de septembre, les armées principales étaient postées vis-à-vis l’une de l’autre sur les bords opposés de la rivière, les Français depuis Dudenhoven jusqu'à Giessen avec un fort détachement en garde-flanc à Wetzlar; les confédérés, en face, échelonnés de Rotheim jusqu'à Stauffenberg, couverts a droite par les divisions Wangenheim et Bevern, à gauche par le prince de Holstein. De part et d'autre, on travaillait sans relâche aux batteries, redans et tranchées, de manière à rendre toute attaque sinon impossible au moins fort coûteuse. Malgré ces préparatifs de défense, Contades et Estrées, préoccupés de la question des subsistances qu'il fallait tirer de Francfort, parlaient (1) de battre en retraite sur Friedberg. Broglie, continuant son rûle de mentor du général en chef, avait produit un mémoire préconisant la destruction des fortifications de Giessen; la proposition fut approuvée à Paris et reçut un commencement d'exécution.

A l'armée française on n'était pas d'accord sur la situation numérique : à en croire les états u major général Cornillon, malgré le départ des Saxons renvoyés se refaire à Francfort et des batailions détachés suc le Bas-Rhin, l'infanterie seule comptait 42.000 présents sous les armes; au dire des maréchaux (2), ces chiffres étaient exagérés; les bataillons, l’un dans l’autre, ne devaient pas être évalués à plus de #50 hommes ; on ne pouvait tabler sur un effectif de plus de 50.000 comprenant infanterie, cavalerie, artillerie et troupes légères; les confédérés au contraire,

(1) Contades à Belleisle, 18, 20, 29 septembre 1759. Archives de la Guerre.

(2) Contades à Belleisle. Klein Lines, 25 septembre 1759. Mémoire de la méme date.

grâce à l’arrivée des recrues et à la désertion des soldats allemands du Roi, atteignaient le chiffre de 58.000.

Si, du quartier général de Contades, nous nous transportons dans celui de Ferdinand, nous relèverons dans la correspondance de ce dernier les mêmes complaintes sur la supériorité de son adversaire. C’est cette raison qu'il invoque pour ajourner le concours, ne serait-ce que de 5.000 hommes, dont le roi de Prusse ne cessait de solliciter l’envoi en Saxe. Et cependant le nouvel appel que lui adressa Frédéric (1), après la capitulationu de Dresde, était bien pressant : « Si vous ne pensez pas promptement me secourir, songez qu'il n'en sera plus temps, et à quoi serviront vos progrès si vous me laissez accabler. Je ne grossis point les objets, je vous mande la pure vérité, je vous prie d'y faire des réflexions sérieuses; à moins d’un miracle ou de vos secours, je suis perdu sans ressource. » Ferdinand fait la sourde oreille et (2) se confond en excuses : « La prise de Dresde me fait une peine infinie, et ce qui l'augmente, c’est que V. M. parait croire que je ne fais pas en cette rencontre ce que je devais faire... Si je détache # à 5.000 hommes, puis-je espérer d'arrêter l’armée ennemie, qui depuis l’arrivée de M. d'Estrées cherche tous les moyens d'avancer de nouveau”?... J'ai fait des petits détachements en Saxe pour alarmer et pour partager l'attention du prince de Deux-Ponts. Si la saison est plus avancée, je pourrai faire davantage et agir avec vigueur. » Le véritable motif du refus était le désir de recouvrer Munster avant toute expédition excentrique. « Après la prise de Munster, écrit (3) Westphalen au prince, on verra s’il sera possible de faire

(1) Frédéric à Ferdinand, Waldow, 7 septembre 1759. Correspondance politique, XVII, p. 528.

(2) Ferdinand à Frédéric, Nieder Weymar, 13 septembre 1759. Westphalen, III, p. 767.

(3) Westphalen à Ferdinand, 28 septembre 1759. État-major général, Berlin, C. X, 325.

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