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BROGLIE DÉSIGNÉ POUR LE COMMANDEMENT EN CHEF

une diversion en faveur du roi de Prusse ou non, » En effet, la faiblesse de ses eflectifs qu'alléguait le prince Ferdinand, ne l’'empêcha pas de renforcer Imhoïff (1) de cinq régiments de cavalerie, six bataillons et un train de grosse artillerie. Le blocus de Munster, dont ce général était chargé, n'était rien moins qu'efficace ; Armentières restait en communication avec la ville et avait pu y faire entrer un convoi de vivres et de munitions. D'autre part, les Francais avaient acquis sur le Rhin un solide point d'appui par l'occupation de la forteresse d'Ehrenbreitstein dont les portes venaient de leur ètre ouvertes après de longs pourparlers qu'avait tranchés en leur faveur l'apparition d'un parti hanovrien.

Vers cette même époque, c’est-à-dire dans les derniers jours de septembre, une importante décision fut adoptée à Versailles. Au sein du gouvernement le mécontentement devenait de plus en plus marqué; Choiïseul ne dissimulait (2) pas à Starhemberg le souci que lui causait la conduite des opérations en Allemagne : « Je crains fort qu'’avant la fin de la campagne les ennemis ne soient maitres de Landau et notre armée chassée au-delà du Rhin; dans ce cas, nous ne repasserons plus cette rivière de toute la guerre, et il faudra regarder la guerre d'Allemagne comme finie pour nous. » Si on abandonnait la ligne du Mein, il était résolu à donner sa démission. Interrogé sur les motifs d’un pareil abattement, le ministre se répandit en plaintes sur le compte d’Estrées, et finit par prier Starhemberg de lui écrire uu billet qu'il pourrait montrer au Roi et dans lequel l'ambassadeur conseillerait la nomination de Broglie à la tête de l'armée. Bien que l’Autrichien se fût refusé à une démarche aussi compromettante sans

(1) Ferdinand à Frédéric. Kroffdorf, 11 octobre 1759. Westphalen, II,

(2) Starhemberg à Kaunitz, 20 septembre 1759. Archives de Vienne.

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instruction positive de sa cour, il s'employa (1) à vaincre la résistance que la toute-puissante M"° de Pompadour faisait encore au choix de Broglie. Il y réussit d'autant mieux qu'elle avait toujours été hostile à d’Estrées, que Contades demandait lui-même à être relevé de ses fonctions, et que Soubise, le candidat préféré, avait été affecté à la grande entreprise projetée contre l'Angleterre et n'était pas disponible pour l'Allemagne; ces personnages écartés, il ne restait que Broglie auquel la favorite se résigna malgré la méfiance qu'elle professait pour son caractère et pour son entourage.

La résolution prise, il fallut la communiquer aux deux maréchaux. Belleisle eut à se charger d'une tâche qui dut lui sembler particulièrement ingrate; aussi avec quelles circonlocutions et précautions oratoires leur annoncet-il (2) leur rappel et leur remplacement prochain par le duc de Proglie : « Je sçais, monsieur le maréchal, écrit-il à d'Estrées, que vous n’ignorés pas toutes les menées que l’on a mises en œuvre pour d’une part accabler M. le maréchal de Contades, et de l’autre exalter M. de Broglie jusqu'aux quatrièmes cieux; il est parti des lettres de l'armée qui ont pullulé au centuple à Paris et même à Versailles. L- La fermentation était déjà assez grande avant votre départ; mais depuis elle a augmenté à l'infini; on ne s’en est pas tenu là, on a fait agir à Vienne, à Pétersbourg, à Stockholm, à Copenhague, et dans toutes les autres cours d’Allemagne, d’où il est venu également des lettres par ies ministres du Roy, ou ceux des Princes qui sont en France, qui demandent tous que le Roy fasse commander son armée par M. le duc de Broglie. M. de Starhemberg a eu à ce sujet mission en forme de M. le comte de Kaunitz. » Malgré les précédents du prince Charles de Lorraine et du ma-

(1) Slarhemberg à Kaunitz, 26 septembre 1759. Archives de Vienne. (2) Belleisle à Estrées, 27 septembre 1759, Archives de la Guerre, 3523.

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RAPPEL D'ESTRÉES ET DE CONTADES. 97 ï

réchal Apraxin à propos desquels les cours alliées étaient intervenues, le Roi n'eût pas cédé « si M. de Contades comme un très honnête homme et un zélé serviteur du Roy n'était venû de luy-même au-devant par des lettres particulières qu’il a écrites à M®*° de Pompadour et à moy, où il offre et demande même de quitter le commandement de l’armée, ne désirant autre chose que de conserver l'estime et les bontés du Roy. »

Afin de sauver les apparences et de ménager l'amourpropre de Contades et des lieutenants généraux plus anciens que Broglie, ce dernier était appelé à Paris pour recevoir ses instructions et ne rejoindrait son poste que vers la fin d'octobre « qui est à peu près le temps où l’on songe sérieusement aux quartiers d'hyver. » Belleisle s'occupe ensuite d'Estrées : « Quant à ce qui vous regarde, Monsieur le Maréchal, votre situation est fort différente de celle de M. de Contades, vous n'avez eu qu'une commission momentanée avec pleine liberté d'abréger ou de prolonger votre séjour suivant que vous le jugeriez le plus utile; votre zèle vous a porté à le prolonger jusqu'à la fin de la campagne ; ainsi ilsera tout naturel que vous reveniez en mème temps que le maréchal de Contades après avoir concerté le plan général des quartiers d'hyver, où vous ne pouvez estre que très utile en ce que vous êtes bien plus en état d'en imposer à M. le duc de Rroglie que M. de Contades et que tout autre... »

A la suite de cette décision, Broglie se rendit à Paris, et les deux maréchaux restèrent au quartier général. Le mois d'octobre se passa sans incidents importants, les deux armées séparées par la Lahn et détachant des troupes l’une et l’autre au secours d’Imhoff et d’Armentières. Alors que Broglie, quand il se trouvait sur les lieux, avait soutenu le démantèlement de Giessen, depuis son arrivée en France il était d'accord avec la cour pour le maintien des

fortifications. Au ministre qui insiste dans ce sens, Conta- GUERRE DE SEPT ANS. — T. Ii. 7

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des répond (1) non sans ironie : « Sur la proposition de M. de Broglie, nous vous avons proposé, M. le muréchal d'Estrées et moi, d'évacuer et démolir Giessen, Il pense aujourd'hui qu’il faut conserver la place. Qu'il vienne donc ici le plus tôt possible. » D'Estrées a hâte de partir (2) : « Vraisemblablement M. de Broglie sera ici avant le 1°, je n'y auroi plus affaire, étant très déterminé à n'avoir d'autre avis que le sien. »

Enfin, le 2 novembre tard dans la journée, le nouveau général en chef arriva au quartier général de Klein Lines; l'entretien entre son prédécesseur et lui ne se prolon gea pas longtemps, car Contades était déjà en route le lendemain à six heures du matin. Son départ avait été précédé par ceux du maréchal d'Estrées, des ducs de Brissac, Chevreuse et Fitzjames, du prince de Beauffremont, du mai quis de Sourches, du chevalier de Nicolaï, et des comtes de Noaiïlles et d’Anle:y, tous lieutenants généraux plus anciens de grade que Broglie. A l'état-major, Monteynard, maréchal des logis général, Cornillon, major général de l'infanterie, Fumel, major général de la cavalerie, furent remplacés dans leurs fonctions respectives par le comte de Broglie, l'ancien ambassadeur, Belzunce et Lameth. D’après un témoin impartial, Le prince Ferdinand (3), Broglie aurait été bien accueilli par la troupe. «Le soldat ennemi parait fort content du nouveau général ; il n’en est pas de même des officiers et surtout des généraux. »

Si l’on peut s'en rapporter aux états mensuels dont nous avons vu contester l'exactitude par Contades et Estrées, l'armée finçaise campée sous Giessen, sans compter par conséquent les garnisons de la Wetteravie et des bords du Mein, donnait comme effectif présent sous les armes un peu

(1) Contades à Belleisle, Klein Lines, 19 octobre 1759. Archives Guerre, 3524.

(2) Estrées à Belleisle, Klein Lines, 19 octobre 1759. Archives Guerre, 3524.

(3) Ferdinand à Holdernesse, Kroffdorf, 8 novembre 1759, Military Expeditions. Record Office.

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