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COOPÉRATION DES RUSSES ET DES AUTRICHIENS

mouvement commencerait à la date du 21 et qu’il en avisait le maréchal Daun.

Ce dernier avait quitté Vienne le 26 mars pour prendre le commandement de la grande armée impériale; malgré le peu de résultat de la dernière campagne, il avait conservé le prestige que lui avaient valu ses victoires de Kolin et Hochkirch; aussi son départ fut-il annoncé par des odes où ses futurs exploits étaient célébrés en vers dont le fond et la fsrme, s’il faut s’en rapporter à la traduction envoyée par Boyer à son micistre, étaient aussi ridicules que médiocres :

« Daun court au combat ;

« Berlin en frémit;

« L'Allemagne endormie se réveille au bruit des armes; « La Moldau s’en réjouit, l'Oder en tremble, etc., ete. »

A son quartier général en Bohème, le feld-maréchal recut communication de l’arrangement des deux cours par l'entremise du général Tillier, qui avait représenté le gouvernement de Marie-Thérèse dan: les conférences de Pétersbourg. A la suite de réflexions qui durèrent quelques jours, Daun proposa par l'intermédiaire de l’attaché russe, le général Springer, de substituer comme point de jonction et de traversée de l’Oder, la localité de Crossen à celle de Glogau que suggéraient les Russes. Springer alla soumettre cette modification à Fermor qu’il trouva en marche sur Posen. Le général russe ne voulut pas accepter Crossen, et, à titre de compromis, mit en avant le village de Karolath, situé à 23 kilomètres en aval de Glogau; quant à passer le fleuve avant l’arrivée des Autrichiens, il s’y refusait absolument ; tout au plus s’engagerait-il à les attendre pendant dix jours sur la rive droite. Springer, qui revint ave: cette réponse au camp impérial, rencontra de la part de Daun de vives objections aux réserves de Fermor. De là, entre les deux généraux, un nouvel échangc

de lettres qui n'eut d'autre effet que d’envenimer le débat, à en juger par la dépêche de Fermor (1) à la Tzarine : « Daun soulève difficulté après difficulté et s'efforce de faire porter sur l’armée russe tout le poids de la campagne qui va s'ouvrir, il cherche des motifs pour excuser son manquement probable au rendez-vous sur l’Oder ». Fort heureusement pour l'entente cordiale, les deux cabinets mirent fin à la controverse, celui de Vienne en invitant Daun à commencer les opérations, celui de Pétersbourg en envoyant à son général des instructions détaillées sur le rôle à jouer vis-à-vis de son collègue autrichien. Le rescrit impérial, qui était daté du 1% juin (2), ne tranche pas les questions débattues et se borne à poser des hypothèses successives et à conseiller des solutions pour chacune d'elles. En cas de réunion des deux armées, quoique les Russes ne fussent pas subordonnés à Daun, Fermor se conduirait à l'égard du maréchal avec le respect et avec la loyauté qui sied à l'alliance, il se conformerait à ses avis, « non comme à des ordres, mais à titre de complaisance et déférence »; toutefois, cette condescendance ne s'étendrait pas au cas où il serait exigé des troupes des efforts au-dessus de leurs forces, ou à celui où elles seraient exposées à un danger imminent; enfin, l’armée russe ne devait pas s'éloigner de l’Oder de plus de trois journées de route. En résumé, en dépit de toutes les précautions prises et du désir évident d'accord dont les gouvernements s'étaient inspirés, l'application de ces bonnes dispositions allait dépendre des incidents de la guerre et plus encore du caractère, du talent et du tempérament des commandants en chef.

D'après le plan concerté, Daun ne devait entreprendre son mouvement que quand il serait assuré de la présence des Russes à Posen; aussi, préocc'1pé avant tout de la

(1) Fermor à Élisabeth, 16 juin 1759. Trotha, p. 14. (2) Instructions de la conférence pour le général en chef. Trotha, p.15.

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