CORRESPONDANCE DE CLERMONT ET DUVERNEY
«Il n'est plus possible de se passer des deux frères, et par conséquent on ne doit plus les mécontenter dans un point aussi capital pour eux que ie maintien de Gayot. » Il avait même ajouté, de sa main, dans un P. 8. : «Le Roi a vu Duverney aujourd'hui et a eu la bonté de l'entretenir une bonne demi-heure chez M°° de Pompadour; je vous fais part de cette circonstance afin que V. A. S. se confirme dans ce que j'ai pris la liberté de lui demander. » Ainsi averti, Clermont s'exécuta, non sans quelque amertume : « C'est le cas de dire, répond-il à Belleisle (1), que de deux maux il faut éviter le pire; il est cependant bien cruel que le moindre de ces deux maux soit si considérable... J'agis selon cette fâcheuse nécessité... J'évite cependant d'entrer en matière avec lui, parce qu’il ne serait pas en moi d'approuver ou de paraitre condescendre aux principes monstrueux qu'il avance. » Cela dit, il vivra en bonne intelligence avec Duverney; il gardera Gayot, quoiqu'il ne soit pas d'accord avec lui sur l'interprétation d'un contrat de fourrages passé avec les Juifs, et qu'il en résulte « un micmac de mauvaise volonté et de fourberie dans lequel je ne soupconne pas l’intendant d'avoir part, mais qui me choque et qui est impertinent ». De son côté, Mortaigne, stylé par Gisors, rentre dans le rang : « Les circonstances demandent(2) que le Roi soit volé; ainsi soit-il, pourvu que l'armée ne manque pas. » Quant à Duverney qui, décidément, le prenait de haut avec Clermont, il répliqua (3) à une nouvelle invitation plus pressante de ce dernier qu'ilne pourrait partir avant le 10 ou 15 juin.
Pour en finir avec ect incident curieux, disons que le voyage, remis à la suite (4) « d'un de ces rhumes qui ne sont que trop communs à Paris et qui y tiennent de la
1) Clermont à Belleisle, Wesel, 21 mai 1758. Papiers de Clermont. (2) Mortaigne à Gisors, 16 mai 1758. Papiers de Clermont. (3) Duverney à Clermont, 26 mai 1758. Papiérs de Clermont. (4) Duverney à Clermont, 13 juin 1758. Papiers de Ciermont.
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fluxion de poitrine », fut définitivement abandonné. La reprise des opérations militaires vint interrompre le conflit naissant entre la plume et l'épée, et retarder une solution que l'influence prépondérante de Duverney eût fait pencher, au moins temporairement, en faveur de l'administration civile.
Rien de bien marquant à signaler dans la correspondance pendant le mois de mai, sinon d'excellentes circulaires ministérielles sur la promotion des officiers supérieurs, sur les équipages et la table des généraux, la diminution des états-majors. Par malheur, si l'esprit de ces arrêtés était louable, leur effet était singulièrement atténué par les infractions dont le Roi, le ministre, ou à leur défaut le général en chef, prenaient l'initiative. Sans doute, on donnait raison à Mortaigne quand il critiquait le nombre des officiers d'état-major (1) : « Cela ne fait que des fainéants, embarrasse au quartier général ; s’y fourre qui peut pour ne rien faire et pour avoir des grades. » Mais cela n'empèêchait pas les collègues du ministre de recommander leurs parents et amis à Clermont, ni ce dernier de faire droit aux solliciteurs. Il était entendu que l'avancement au grade de lieutenant-général serait réservé aux officiers actifs, intelligents et méritants, et cependant M"° de Pompadour: fait mettre au tableau le comte de Montmorency qui ne possédait aucune de ces qualités. Belleisle s'excuse de ce choix (2) : « Le détail de toutes les mauvaises raisons que l’on a données au Roi et que S. M. a néanmoins adoptées serait trop long à faire à V. A.S. » Un échange de lettres entre Versailles et Wesel à lieu sur la nécessité de réduire la proportion de brigadiers, « ruineuse tant pour l'argent que pour la consommation de fourrages et l'augmentation des équipages ». Le ministre parle d’une mesure « qui avilit le grade en le multipliant ». Et tout se
(1) Mortaigne à Belleisle. Wesel, 6 mai 1758. Papiers de Clermont. (2) Belleisle à Clermont, 12 mai 1758. Papiers de Clermont,
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