PROJETS DE FERDINAND
qu'on suppose qu'en portant l'armée à 55.000 hommes, on ait mis un tel nombre à ma disposition pour le mener à l'ennemi. Je crains qu'il y ait du mécompte dans ce calcul, car l'expérience fait voir que, pour mener 50.000 hommes effectifs à l'ennemi, il faut avoir une armée dont le fond soit du moins de 60.000. »
Dans une lettre du même jour (14 mai) au roi de la Grande-Bretagne (1), nous constatuus l'expression de la mème pensée. La cour de Saint-lmes, comme celle de Versailles, avait tendance à exagerer les forces que son
général pouvait mettre en ligne; toutefois elle ne se refu-
sait pas à de nouveaux sacrifices. Grâce probablement au plaidoyer habile de Knyphausen, le ministère britannique se convertissait peu à peu à l'idée d'emplover sur le continent des soldats nationaux, mais hésitait à prendre la responsabilité d'une mesure encore impopulaire. « Si V. A. continue donc, avait écrit (2) l'envoyé prussien, à agir offensivement contre l’armée du prince de Clerment, & peut ètre persuadée qu'elle mettra par là le ministère d'Angleterre à portée de pouvoir se déclarer ouvertement... Je ne saurais exprimer à V. A. à quel point le sieur Pitt ainsi que ses collègues y sont préparés. » Cette poursuite de la campagne, le roi George aurait voulu l'exiger dès le mois d'avril, et pour le faire patienter, Ferdinand avait dû dé’ elopper les raisons (3) qui lui imposaient un temps d'arrêt, parmi lesquelles figuraient, en première ligne, les fatigues, le besoin de repos, les maladies de ses soldats et la supériorité numérique des Français. Cependant, il ne renonçait pas à l'espoir de reprendre bientôt les hostilités : “ Le cordon qu'ils ont tiré de Elèves jusqu'à Coblentz m'a
1) Ferdinand à George. Munster, 14 mai 1758. Military Expeditions. Record Oflice,
(2) Knyphausen à Ferdinand. Londres, 7 mai 1758. Geh. Slaat. Arch. zerlin.
(3) Ferdinand à George, Munster, 21 avril 1758 Military expeditions. Record Office,
fait naître l'idée de faire passer le Rhin à un corps de G à 7.000 hommes pour donner dans leurs quartiers. » Laissons le prince Ferdinand mürir les projets qu'il ne devait mettre à exécution que six semaines plus tard, et essayons de rechercher les responsabilités dans les déplorables événements que nous venons de relater, L’incapacité du général français sera amplement mise en lumière par ia suite des opérations de l'année; mais au moment même, personne, tout au moins dans les cercles de la cour, ne songeait à imputer au comte de Clermont la retraite désastreuse de son armée. La correspondance avec Belleisle nous révèle un homme indécis, timoré, ajoutant aux difficultés réelles celles jue lui suggérait une imagination trop fertile, exagérant les moyen: de l'adversaire, ne sachant pas tirer parti des siens; et malgré ces symptôûmes peu rassurants, pas un blâme, à peine une critique. Cette indulgence était naturelle à l'égard d’un personnage considérable de la famille royale ; on lui savait gré d’avoir accepté le cominandement dans une situation que l’antipathie du ministre de la Guerre pour son prédécesseur Richelieu faisait envisager plus périlleuse encore que la réalité. Convaincu lui-même de l'impossibilité de se maintenir en Hanovre, Belleisle abonde dans le sens des vues pessimistes de son général, autorise, conseille le retour le plus rapide au Rhin. Pouvait-on douter de la nécessité de cette rétrogradation, quand ües officiers expérimentés comme Crémille et Saint-Germain étaient, pour le moins, aussi démoralisés que leur chef? Aux yeux du maréchal, du conseil des ministres, de M"* de Pompadour, du Roi lui-même, c'était Richelieu qui était le véritable coupable. Pourquoi celui-ci échappa-t-il à la disgrâce que Louis XV n'épargnait pas à ses meilleurs serviteurs? Fut-il redevable de sa bonne fortune à l'influence d’une personne (1) qui aurait eu sa part des dépouilles de l'Allemagne, et
(1) Correspondance secrète de Versailles, 28 mars 1758. Cressener's
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