INCURIE DE L'ADMINISTRATION DE LA GUERRE AVANT BELLEISLE
qui était assez haut placée pour le défendre contre toute attaque? Ou fut-il protégé par son heureuse étoile, comme le ferait croire un propos du prince Gallitzin ({), ambassadeur de Russie à Londres? « Quant au maréchal de Richelieu, je le crois né coiffé; il se retire à la veille des coups après avoir bien fait ses orges. » Quoi qu'il en soit du jugement contemporain, tout en faisant large mesure aux circonstances atténuantes, en reconnaissant les conditions détestables dans lesquelles se trouva Clermont à son arrivée à Hanovre, en le disculpant des fautes commises à propos de l’éparpillement des forces, de ‘’indiscipline de l’armée, du vide des magasins, du manque de transports, du mauvais état des places, il est indiscutable que, dans la conduite des opérations, bien loin de déployer une qualité quelconque d’un homme de guerre, il ne montra que faiblesse, timidité et affolement.
Si Clermont ne fut pas capable de remédier aux dangers d'une situation compromise par son prédécesseur, le rabinet de Versailles eut sa grande part dans la responsabilité des désastres. Grâce à son incurie et à sa négligence, les corps n'avaient recu ni leurs recrues ni leurs effets; rien n'avait été fait pour réparer les pertes de Rossbach quoique cette défaite remontât à pius de trois mois. Voici la description, d'après Cressener (2), du régiment de Piedmont, l’un des plus éprouvés à la bataille du 5 novembre, lors de son passage à Cologne en route pour tenir garnison à Wesel : « Ce régiment de # bataillons ne compte que 1.290 hommes: ils n’ont pas de pièces de campagne et presque la moitié des soldats n'avaient pas de fusils. » IL s'agis-
correspondance. Record Oflice. Ces lettres venaient d'un espion qui avait accés à la cour et qui était payé par le gouvernement anglais.
(1) Gallitzin à Keyserling. Londres, 7 mars 1758. Confidential Miscellaneous. Record Office.
(2) Cressener à Holdernesse, 9 mars 1758 Record Office.
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sait pourtant d'un corps qui n'avait pas pris part à la retraite de Hanovre et auquel le séjour de trois mois dans son quartier d'hiver aurait dû laisser toute facilité pour son rétablissement.
Par contre, le maréchal de Belleisle sut donner une impulsion presque fiévreuse à la besogne de son département. Les lettres qu’il écrit ou qu'il dicte se distinguent par la précision des questions posées, par la promptitude des réponses aux demandes, par le bon sens des solutions conseillées; elles révèlent une activité d'esprit, une sùreté de mémoire vraiment surprenantes chez un homme
‘de son âge. Avec l’aide de Crémille, qui parait avoir
été meilleur administrateur qu'il n'avait élé général, avec le concours de son fils, Bellsisle fit des <#-vts surhumains pour regagner le temps perdu ji: marquis de Paulmy; mais il ne put obtenir que des résultats partiels. À la date des premiers jours de juin, lors de la rentrée en campagne du prince Ferdinand, les habits et équipements n'avaient pas été distribués à tous les régiments, et il aurait fallu un délai supplémentaire de vingt jours pour remettre tout en état.
re- : | lans A Jour | sa CHAPITRE I | ss CREFELD tude tions CAMPAGNE SUR LA RIVE GAUCHE DU RHIN. — BATAILLE DE rs CREFELD. — DIVERSION DE SOUBISE EN HESSE. — COM- | ee | BAT DE SANDERSHAUSEN. — COMBAT DE MEERS. avoir 14 | éral, Pendant la dernière semaine de mai, Clermont tra- là s sur- É- vailla à préparer le plan de campagne qu'on lui récla- | rquis mait (1) de Paris. Tablant sur l'infériorité numérique des | p s par- L': Hanovriens, il se proposait (2) d'opérer dans le territoire de la É compris entre la Lippe et le Roer; il se servirait de la | | bits et première rivière pour son ravitaillement et marcherait (] les ré- sur le Weser après avoir livré bataille à l'adversaire si, ce 4 ‘re de À dont il doutait fort. celui-ci acceptait la partie. Il était ; d'accord avec le cabinet de Versailles pour fixer la re- Wl 1 prise des hostilités à la fin de juin, époque à laquelle les 4 1 réparations de son armée seraient achrvées et ies re-
crues incorporées. Il fut brusquement réveillé de sa tranquillité par la nouvelle d'une incursion hardie des confé- | dérés sur la rive gauche du Rhin. 14 Dans la nuit du 29 au 30 mai, le partisan Scheiter (3), nl ,‘tavait habilement caché ses bateaux dans l'embouchure du Roer, franchit le Rhin aux environs de Homburg avec | 100 hommes et s'empara d’une batterie de # pièces où il ne trouva qu'un poste d’un caporal et # hommes. Après une |
1) Mme de Pompadour à Clermont, 23 mai 1798. Papiers de Clermont. 4 { 2) Clermont à Belleisle, Wesel, 31 mai 1758. Papiers de Clermont. EL (3) Ferdinand au roi George. Annexe à sa lettre du 3 mai 1758. Record
Office.
escarmouche avec les troupes de soutien, il repassa le fleuve emportant les # canons, une vingtaine de prisonniers, et les ballots contenant l'habillement du régiment de Navarre. Le général de Muy (1), qui commandait le secteur de la rive gauche, n'avait pu réunir que #00 hommes environ représentant l'effectif de deux bataillons de Cambrésis et de Royal Roussillon, avait dû attendre des renforts, et n'était arrivé à Homburg que pour cons-
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l (Ua EL tater le départ des Hanovriens avec leur butin. HA { Cette surprise qui, comme le dit Clermont (2), « prouve hi | combien peu le zèle, les soins et l'attachement au métier, HALL M ont fait de progré. », fut suivie d'iridents plus importants. | | Le 1°’ juin, le général hanovrien Wutgenau fit sommer ie ho: 19 À commandant de Wesel de rendre ou d’évacuer la place. de
Une injonction de ce genre, adressée à une ville fortifiée où l’on ne pouvait ignorer la présence du généralissime et de son état-major, n'était qu'une bravade destinée à l tromper les Français sur les intentions réelles de l'armée confédérée; aussi le gouverneur, le comte de Castella, répondit-il (3) avec le dédain qu'elle méritait : « Présen- ‘0 tez-vous, Monsieur, pour l'exécution de vos ordres, je suis V1 prêt à vous recevoir. » | Mais le lendemain, on ægprit deux mauvaises nouvelles au quartier général français : Quelques heures après la sommation, le 2 juin, un corps ennemi considérable avait traversé le Rhin dans le voisinage de la frontière hollandaise; plus haut sur le fleuve, la ville de Kaiserwerth, conservée comme tête de pont sur la rive droite,
mais dont les fortifications étaient encore inachevées, avait été abandonnée et était tombée entre les mains du général hanovrien Wangenheim.
(1) Muy à Clermont, 30 mai f758. Archives de la Guerre, Allemagne, 3475. Clermont à Bellajgle, 31 mai 1758, Papiers de Clermont,
A :|| (2) Clermont à Mre de Pompadour, 31 mai 1758. Papiers de Clermont.
(3) Rapport de Castella, 2 juin 1758. Papiers de Clermont.
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