PASSAGE DU RHIN PAR LES HANOVRIENS
Ferdinand avait tenu la promesse faite à son souverain, Pendant qu'une division confédérée faisait diversion devant Wesel, le gros de l'armée marchait sur Emmerich et se rassemblait le long du Rhin à Lobitz, petite localité proche des limites hollandaises. Le point de passage avait été très habilement choisi. Dans cette partie du cours de la rivière, les variations du chenal avaient apporté des modifications à l’ancienne ligne de démarcation qui séparait le territoire des Provinces-Unies de celui des duchés rhénans; un peu en aval d'Emmerich, le Rhin décrivait une succession de courbes et formait une série d'’iles ou de promontoires, appartenant tantôt à l’un, tantôt à l’autre des États limitrophes. La sympathie à peine dissimulée des autorités hollandaises, tout autant que la configuration des rives, devait faciliter la tentative hardie du prince. D'abord fixée pour la nuit du 31 mai, elle échoua par suite du refus des bateliers de travailler dans la zone exposée au feu des postes français ; force fut aux Hanovriens de se retirer sur les hauteurs d’Elten où ils établivent leur camp. Un second essai, dans la nuit du 1" aù 2 juin, fut plus heureux. Une trentaine de bateaux avaient été réunis en pays neutre, dans le canal de Pandern qui ouvre la communication entre l'Yssel et le Waal devenu le bras principal du Rhin; on les chargea de foin (1), pour ne pas éveiller l’attention des Francais, eton les fit remonter jusqu’au village hollandais de Herven, dans le voisinage duquel on commença (2) la construction du pont. La même nuit, vers 2 heures du matin, à un kilomètre plus en amont, on transporta sur la rive gauche quelques pelotons de hussards et quelques piquets de grenadiers, « Les bateaux plats dont on se servit (3) firent tant de diligence qu'avant midi, outre les hussards, un
lUüzelle de Haarlem. Correspondance de Clèves du 2 juin 1758. Reden, feldzüge der allierten Armée, vol. I, p. 356. Ferdinand au roi George, Clèves, 3 juin 1758. Record Office.
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régiment de dragons avec 10 ou 12 bataillons se trouvaient de l’autre bord de la rivière. Pendant tout ce tempslà on travaillait au pont qui ne fut cependant achevé (1) qu'à # heures de ce matin (le 3 juin). » D'après le rapport de Clermont (2), si le premier débarquement ne fut pas” troublé, c'est qu'il eut lieu sur le territoire de Millingen (3) appartenant aux Hollandais, où les Français n'avaient pas pu exercer de surveillance. Aussitôt en nombre suffisant, les confédérés poussèrent en avant : tandis que les hussards prussiens du major de Beusch, formant avant-garde, chassaient les patrouilles francaises et refeulaient le régiment de cavalerie Bellefond au moment où il s'apprêtait à déboucher de son cantonnement au village de Düftelward, l'infanterie suivit le digue de la rive gauche, gagna le canal de Spoy qui relie la ville de Clèves avec le Rhin, et s'empara de l’écluse.
Ce fut de grand matin, le 2 juin, c'est-à-dire quelques heures seulement après l'apparition du premier détachement hanovrien, que les fuyards francais en apportèrent (4) la nouvelle à Clèves. « Sur-le-champ on battit la générale; notre garnison sortit et l'on envoya séance tenante plusieurs courriers au prince de Clermont... el au duc de Randan; on ordonna immédiatement à tous les régiments cantonnés dans les environs et en garnison à Goch, Xanten, Calcar et ailleurs, de venir ici en toute hâte. Notre garnison, composée des régiments de la Marine, Mestre de Camp et La Reine, avec ceux de Périgord, Bellefond et Foix, marchait la première aux alliés afin de les
(1) Le Rhin avait dans cet endroit une largeur de 82 toises. Reden, vol. I,
(2) Clermont à Belleisle. Rheinberg, 6 juin 1758. Archives de la Guerre, vol. 3476.
(3) L'ile de Byland où débarquèrent les confédérés faisait partie alors de la rive gauche du Rhin ou Waal; par suite de modifications du chenal, elle tient aujourd'hui à la rive droite. Atlas de Bawr, La Haye, 1764.
(4) Gazette de Haarlem. Correspondance de Clèves, 2 et 3 juin 1758.
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