PROJET 9% DIVERSION SUR LA RIVE DROITE
concept. Ils’agissait de transporter une partie de ses forces sur la rive droite du Rain en se servant du pont de Wesel, et de faire une démonstration contre les ponts qui constituaient la li£ae de retraite du prince Ferdinand. Mais dès ;e lendemain, Clermont (1), avec sa versatilité coutumière, condamne ce qu'il avait prôné la veille : « Cette idée m'avait saisi en me réservant de faire sur cela toutes les réflexions que demandait une pareille entreprise. La position de Cologne à la rive gauche du Rhin y met un obstacle invincible. L’ennemi pourrait s'en emparer, se rendrait maitre de tout ce pays, enlèverait nos subsistances et je laisserais nos frontières totalement à découvert. » La contrée où il manœuvre n’est pas favorable : « C’est un pays étroit, marécageux et plein de bruyères; l'ennemi a la ressource de la Meuse. » Puis vient le refrain habituel : « IL est bien difficile de faire de la bonne besogne quand on n’a pas de ressource et avec une armée prise au dépourvu de tout. » A la réception de la première dépêche, Belicisle applaudit des deux mains (2) un projet dont il apprécie d'autant plus le mérite qu’il vient lui-même de le proposer. Il en fallut rabattre à l'ouverture du second courrier où une lettre de Mortaigne (3) appuyait les raisonnements que son chef avait fait valoir, Le ministre prend la plume lui-même (#). Il regrette l’idée de la diversion, à laquelle il eût été facile d'affecter 12 ou 15.000 hommes pour détruire ou tout au moins menacer les ponts. Il insiste sur le danger que court le prince Ferdinand et cherche à piquer l'amour-propre de son correspondant : « Nous serions avec raison bien inquiets de votre position si elle était pareille à la sienne.
(1; Clermont à Belleisle. Rheinberg, 10 juin 1758. Papiers de Clermont.
(2) Belleisle à Clermont, 12 juin 1758. Archives de la Guerre. Allemagne,
(3) Mortaigne à Belleisle. Rheinberg, 11 juin 1758. Archives de la Guerre. Allemagne, 3476.
(4) Belleisle à Clermont, 13 juin 1758. Archives de la Guerre, 3476.
Jamais il n'y a eu tant de raisons réunies pour déterminer à combattre l'ennemi. IL nous faut nécessairement une action glorieuse et elle ne peut être autre, commandée et dirigée par V. A. S, en personne. Toute l'Europe a les yeux ouverts sur Elle; le Roi pense de même. » A Mortaigne (1), le ministre ne cache pas son sentiment intime; faisant allusion au changement de plan : « J'y vois, écrit-il, une irrésolution qui me déplait d'autant plus que je ne connais pas un plus grand défaut à la guerre. » Suit une discussion serrée où Belleisle fait ressortir les contradictions dans le langage de Clermont et de son conseiller, ainsi que l’invraisemblarc. de leurs craintes. Il n'était pas question, comme le prétendait le prince, de passer sur la rive droite avec toute l'armée, mais d'en détacher une division de 12.000 à 15.000 hommes qui, après avoir franchi le Rhin à Wesel pendant la nuit, « se porterait avec la plus grande diligence sur Emmerich pour y attaquer par la rive droite la queue des ponts, détruire tout ce qu'il pourrait y avoir dans cetie partie, et couper par cette expédition à l'ennemi toute communication avec l'Allemagne. Cela me paraissait très faisable et sans aucun risque. Le prince Ferdinand n’a certainement pas plus de #0.000 hommes, et vous en avez beaucoup davantage... Comment se peut-il que M. le prince Ferdinand ose se tenir devant vous, s'il n’a pas toutes ses forces? Et s'il les a toutes, rien ne doit vous empêcher de vous assurer de la rive droite entre Dusseldorf et Wesel ». S'il faut risquer une bataille, il y voit moins d’inconvénients que dans l'inaction, et il donne pour cette préférence trois raisons d'ordre général et privé : Grâce à la supériorité de la cavelerie française, une défaite n’auait pas pour Clermont les suites graves qu'elle pourrait avoir pour son adversaire; un succès est indispensable
(1) Belleisle à sortaigne, 13 juin 1758. Archives de la Guerre, 3476.
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