RETRAITE DE CLERMONT SUR MEURS
pour rétablir le prestige du généralissime, ébranlé par ses reculades continuelles; il rapporterait à Mortaigne le bâton de maréchal! de France.
Quand ces dépèches réconfortantes arrivèrent au quartier général, une nouvelle retraite de Clermont avait rendu inexécutable le parti qu'elles préconisaient. A l'approche des confédérés, l’armée française, d’abord postée derrière la fosse Eugeniana qui sert de canal entre Venloo et le Rhin, était venue camper au nord de cette ville sur une chaine de petite élévation parallèle au fleuve et sur la plaine qui la prolonge. Des détachements occupaient, devant le front de bandière, les points de passage du ruisseau qui sépare les collines dont nous venons de parler des hauteurs plus considérables de Sousbeck-Alpen; une brigade, sous les ordres de Voyer, était placée à Closter Camp près du canal. Dans la nuit du 11 au 12 juin, Ferdinand quitta son bivouac de Sousbeck et prit position en face des Français; le lendemain, il engagea avec eux un duel d'artillerie et quelques escarmouches à la suite desquelles ces derniers évacuèrent Closter Camp et la plupart de leurs postes ae la vallée. À en croire ses lettres, le prince Ferdinand, malgré son infériorité numérique, aurait eu l'intention d'attaquer Clermont dont la situation, avec le Rhin à dos, eût été en cas d'échec fort scabreuse. Maïs celui-ci, craignant d’être tourné par sa gauche, se déroba à la bataille, leva son camp dans la nuit du 12 au 13 juin, et rétrograda jusqu'à Meurs.
Ce mouvement entraina l'abandon des magasins et approvisionnements de Rheinberg, et fit perdre aux Francais la communication directe avec Wesel. Or cette forteresse, réduite à elle-même, n'était pas en état de résister longtemps à un ennemi audacieux. La garnison se composait de quelques compagnies d'artillerie, du régiment suisse de Reding non encore réparé, et de « neuf débris de bataillons de milices desquels on a tiré; on y a laissé
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beaucoup de nouveaux qui ne connaissent pas un fusil ». En fait de vivres, on n'avait que du pain, du riz et un troupeau de 200 vaches. Les fortifications manquaient de palissades, de fascines et de gabions. « Jugez, Monseigneur, écrivait le commandant (1), si avec telle garnison et le peu de précaution qu'on a pris pour la sûreté de cette place, malgré les représentations que je n'ai cessé de faire depuis un an, l’on peut espérer de faire une belle défense ou d'avoir une capitulation telle que le prince la demande. » Et cependant, celui-ci (2) ne s'était pas montré exigeant : « Si nous sommes battus, M. de Castella tiendra L' le plus qu'il pourra, sans cependant se mettre dans le cas À de n'avoir pas une capitulation aussi avantageuse qu'il lui sera possible, étant bien essentiel, autant qu'il le fl pourra, de conserver au Roi la grosse artillerie qu'il a ou | dans la place, ainsi que les troupes, observant cependant KE de tenir 5 ou 6 jours d'attaque, et plus s'il le peut, pour donner le temps à l'armée de se retirer. » Il entrait bien dans les vues du prince Ferdinand d'entreprendre le siège de Wesel, de tenter un coup de main sur Dusseldorf, et de s'emparer ainsi des principaux points d'appui des Françcais sur le Rhin; mais les délachements restés sur la rive droite étaient à peine suffisants pour tenir en respect les postes francais et pour protéger les ponts qui assuraient la communication. De son armée, tant que celle de Clermont serait intacte, il ne pouvait distraire des renforts dont le départ eût accru l'écart entre ses effectifs et ceux de l'adversaire. En attendant l’action désirée, Ferdinand suivit Clermont avec le gros, laissant à Rheinberg Sporñ À cken avec 6 bataillons et 8 escadrons, pour préparer, de th 4 concert avec Imhoff, le blocus de Wesel. Quant au général français, il ne fut guère prodigue
(1) Castella à Belleisle. Wesel, 5 juin 1758. Archives de la Guerre, 3476. (2) Instructions pour M. de Castella, commandant à Wesel, Archives de la Guerre.
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