‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 4)Chapitre 44 sur 361 · BELLEISLE REPREND LE PROJET DE DIVERSION · texte numérisé non relu

BELLEISLE REPREND LE PROJET DE DIVERSION

d'explications sur les raisons de sa marche rétrograde (1) : « Les ennemis ont fait mine de m'attaquer ce matin... ils ont passé le canal sur leur droite en trois colonnes... Sur ce mouvement je l'ai passé aussi et suis venu à Meurs pour tâcher de les couper et de les rencontrer. Il est 10 heures du soir. Je suis rendu de fatigue. » Le lendemain, il annonce que le prince Ferdinand a occupé le camp qu’il avait évacué la veille, et que l'infanterie confédérée garde « le canal qui est inattaquable ». Enfin, un billet confidentiel (2) à M"° de Pompadour mettait à nu ses hésitations : « Vous veriez par la lettre que j'ai écrite hier à M. de Belleisle combien je suis embarrassé de prendre un parti. J'y réfléchis sans cesse et je désire ardemment trouver quelque moyen d'attaquer ces gens-là. » Pendant que Clermont continuait à céder le terrain, Belleisle n'avait pas renoncé à son projet de diversion sur la rive droite du Rhin. Quelles forces serait-il possible d’affecter à cette opération qui, seule, arrêterait la marche triomphante des Hanovriens et que Clermont avec ses propres ressources se déclarait impuissant à tenter? Ne pourrait-on pas utiliser de ce côté, an moins momentanément, le corps destiné à coopérer avec les Autrichiens en Bohème? Il était vrai, des engagements solennels avaient été pris par le Roi au sujet de l'envoi de ces troupes; les ordres avaient été transmis pour leur itinéraire et pour le départ de Hanau; la date en avait été fixée au 20 juin pour les premiers échelons; mais cela était évident, longtemps avant l’arrivée des régiments français, le sort des Autrichiens aurait été tranché et une bataille décisive aurait été livrée. Les intérêts de l’alliance.ne seraient-ils pas mieux servis si on disposait des 30.000 hommes de Soubise pour une incursion en Hesse ou en

(1) Clermont à Belleisle. Meurs, 12 juin 1758. Papiers de Clermont.

(2) Clermont à M"° de Pompadour, Meurs, 14 juin 1758. Papiers de Cler-

Westphalie? Belleisle, au fond da cœur, n'avait jamais été partisan de l'emploi en Autriche de troupes francaises ; il obtint du Roi de nouvelles instructions (1) pour le corps de Soubise, qui venait de reprendre son commandement. Celui-ci recut ordre de rassembler ses brigades pour le 25 juin et de préparer sans retard les étapes vers Dusseldorf et Wesel. Cette décision capitale fut tenue strictement secrète et ne fut cornmuniquée, en dehors des intimes, qu'aux tout-puissants Duverney et Montmartel. Dans un billet particulier à Clermont (2), le vieux maréchal mit toute sa vigueur d’argumentation à inoculer au général en chef un peu de sa propre énergie. La perte de Wesel, que de fàcheux précédents faisaient craindre, serait un désastre pour la cause; elle entrainerait la défection de tous les alliés de l'Allemagne et l'entrée de la Hollande dans la confédération ennemie. Pour parer à un pareil danger, Soubise, suivi des 6.000 Wurtembourgeois à la solde française, devrait se porter au secours de l’armée du Bas-Rhin, soit directement, soit en descendant la rive droite du fleuve. Ce mouvement aurait sûrement pour résultat la retraite du prince Ferdinand et son retour en Westphalie. « Vous sentez en même temps, continue Belleisle, toute l’importante nécessité que V. A. S. tienne ferme, à quelque prix que ce soit, où elle est, en s'y retranchant et mettant tous les moyens humainement possibles en œuvre pour conserver sa droite au Rhiu sans perdre sa communication avec Ruremonde.. Tout dépend aujourd'hui que vous conserviez votre position et ne la quittiez que pour combattre l'ennemi, si par ses mouvements il vous fournit une belle occasion. »

Clermont, il est équitable de le reconnaitre, avait eu la mème pensée que le cabinet. Le 16 juin, date du change-

(1) Belleisle à Duverney, 16 juin 1758, Papiers de Clermont. (2) Belleisle à Clermont, 16 juin 1758. Papiers de Clermont.

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