‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 4)Chapitre 45 sur 361 · CLERMONT RECULE JUSQU'A NEUSS · texte numérisé non relu

CLERMONT RECULE JUSQU'A NEUSS

ment de destination du corps de Soubise, il écrivait (1) dans ce sens à son collègue; mais il n'avait pas osé faire part de ses vues à la cour qui lui aurait répondu : « Quoi! Il faut l’armée de Xercès pour battre M. le prince Ferdinand (2)! » Si sur ce point il était d'accord avec les intentions de Versailles, il n’en était pas de même sur l'obligation de tenir ferme. Le séjour à Meurs avait été court; l'armée francaise y était parvenue le 13 au matin, après une marche pénible; la nuit suivante, Ferdinand quitta le camp de Rheinberg et, passant par l’abbaye de Camps, vint s'établir dans la plaine d’Altkirchen entre Gueldres et Meurs. Clermont aussitôt de se voir coupé de Neuss où étaient les magasins de l’armée et de se retirer sur cette ville où il installa son quartier général le 16 juin. Ce nouveau recul coûta au prince la perte de 30 bateaux chargés de vivres et de matériel qu'on négligea de détruire et qui tombèrent aux mains des confédérés. A Neuss, le généralissime recouvra son assurance des beaux jours : « Je serai parvenu, mande-t-il à Belleisle (3), par une marche forcée que j'ai faite hier, à avoir enfin l'ennemi devant moi; aussi je vais marcher à lui pour le combattre ou pour lui faire passer le Rhin... Si M. le prince Ferdinand avait voulu se tenir dans le camp de Rheinberg que J'occupais en dedans du canal et qu'il avait pris lorsque J'en suis sorti, mes dispositions étaient faites pour l'y attaquer, mais il en a connu le défectueux et en est ressorti tout de suite. »

Les illusions sont tenaces; aussi cette rodomontade, en ravivant la confiance du Roi dans son général, eut-elle le plus fâcheux effet sur la décision prise à l'égard du corps auxiliaire et fit-elle annuler l'avis si récemment

(1) Clermont à Soubise. Neuss, 16 juin 1758. Papiers de Clermont. 7 Allusion à un propos du maréchal d’Estrées pendant la campagne e 17957.

(3) Clermont à Belleisle, Neuss,16 juin 1758. Papiers de Clermont.

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donné à Soubise. Louis XV, aussi irrésolu mais plus entèté que son cousin, se demandait déjà si ses obligations vis-à-vis de l'Impératrice lui permettaient de changer l'affectation des troupes promises à cette souveraine, et s'il ne devait pas révoquer l'instruction du 16. La vantardise de Clermont vint confirmer ce revirement contre lequel Belleisle (1) et ses amis luttèrent de leur mieux : « mais la force de nos raisons à M. l'abbé de Bernis et à moi, dimirua des trois quarts par la lettre du 16 que m'a apportée le courrier de M. le comte de Clermont ». En conséquence, ordre fut envoyé à Soubise de revenir au plan primitif et de commencer le 25 courant sa marche vers le Danube. Cependant l'incident ne devait pas se terminer ainsi. Duverney, qui partageait les idées de Belleisle sur l'impérieuse nécessité de diriger l’armée de Soubise vers le Bas-Rhin, ne se tint pas pour battu. Un mémoire où il développait avec vigueur les excellen‘s motifs qui militaient en faveur de cette solution, éclaira la religion du Roi et mit fin à des tergiversations regrettables. Le 25 juin, quelques heures avant d’avoir connaissance de ia bataille de Crefeld, Belleisle écrivit à Soubise de reprendre l'exécution de la divers'on sur la rive droite du Rhin; mais ces hésitations et les délais pour rassembler les approvisionnements sur la nouvelle ligne d'étapes retardèrent le départ jusqu’au 10 juillet.

Donnons à Soubise Le temps d'achever ses préparatifs, et revenons à Clermont que nous avons laissé à Neuss plein d'énergie et d'audace. Pour se conformer à ses promesses d’offensive, il refait en avant une partie du chemin qu'il venait de parcourir en arrière, et reporte son quartier général à Fischeln, village situé près d’un canal qui formait limite entre l'électorat de Cologne et le comté de Meurs. Là il reçoit les dépêches de Versailles du 16, et en

(1) Belleisle à Duverney, 19 juin 1758. Papiers de Clermont.

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