DISPOSITION DES DEUX ARMÉES
marais est fort bonne; le front hérissé de canons qui borde la landwebhr est très respectable ; la gauche, quoi qu'on y fasse, sera mauvaise et tournable, y ayant une lieue d'ici à la Nierse de pays très praticable. » Clermont, au contraire, craignant sans doute d’être coupé des bords du Rhin où il avait ses magasins, avait négligé la gauche et ne pensait qu'à sa droite. Il avait même poussé si loin ce souci qu'il avait chargé Beaussobre, avec 12 bataillons et quelque cavalerie, éparpiliés depuis Dusseldorf jusqu'à Urdingen, de surveiller les rives du fleuve. Cet officier, laissé sans ordres, ne prit aucune part à la bataille du 23 et ne recut pas de réponse à une proposition de se porter sur le flanc gauche de l'ennemi. Sur le champ de l’action, la distribution des troupes était des plus élémentaires; l'infanterie, angée sur deux lignes, avait son poste de combat derrière la landwehr où on avait établi des batteries aux principaux débouchés; le plus gros contingent était en face de Crefeld. Deux brigades, celles de Champagne et La Tour du Pin, garnissaient la gauche du retranchement entre les censes de Stock et Hückelsmey. La cavalerie, en troisième ligne derrière l'infanterie; comme réserves 12 bataillons de grenadiers appuyant la droite, 11 bataillons y compris la brigade de Navarre au centre, et à gauche les carabiniers et. des dragons, en tout 26 escadr.ns. Le bourg de Crefeld était occupé par une avant-garde aux ordres du marquis de Voyer, et la défense du village d'Anrath avait été confiée à la légion royale, corps franc commandé par Sicard.
Les confédérés prirent les armes à 4 heure du matin le 23 juin ; le prince Ferdinand réunit ses officiers généraux et leur expliqua son plan. Ses troupes furent d’abord réparties en deux colonnes : Sporcken, avec celle de gauche, laissant un bataillon à Huls pour garder les derrières, marcherait sur Crefeld, s’en emparerait, déploierait ses régiments et engagerait une vive canonnade contre les
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Français; si ces deraiers paraissaient ébranlés, il cherche- ‘ait à franchir ia landwebr et à les aborder. La colonne de droite, composée de la division du prince héréditaire de Brunswick et de la brigade de Wangenheim, devait agir sous la direction immédiate de Ferdinand; elle était forte de 16 batailions et de 24 escadrons, l'infanterie commandée par le prince héréditaire, la cavalerie par le prince de Hclstein. En plus des pièces régimentaires, l'aile droite trainait avec elle 8 canons et 3 morliers empruntés au parc d'artillerie. À ce corps d'armée élait dévolue la tâche de tourner la gauche des Français, de la prendre en flanc et à dos, et de la culbuter. Grâce à la nature boisée du terrain, le général hanovrien espérait dérober son mouvement au comte de Clermont dont l'attention serait absorbée par la fausse attaque de Sporckeu sur la ligne de la landwehr.
On se mit en route à 4 heures, et vers 6 heures les divisions de droite occupèrent sans résistance Saint-Tonis. Les Français n'avaient sur ce point qu'un poste de fantassins (1) éclairé par quelques cavaliers qui ne paraissent pas même avoir donné l'éveil. Pendant la halte que firent les confédérés, Ferdinand, accompagné des princes de Brunswick et de Holstein, avec l'assistance de personnes appartenant au pays, se rendit compte de la position des Français et combina l'attaque en conséquence. Pour combler le vide qu'allait créer au centre la direction excentrique donnée à sa droïw, il détacha de l’aile gauche 6 bataillons et 6 escadrons avec quelques pièces de gros canon. Oberg, qui fut placé à la tête de ces troupes, devait remplacer à Saint-Tonis l'aile droite, dépasser ce village et amuser l'ennemi par des démonstrations et une vigoureuse canonnade, Enfin 3 escadrons de’ hussards, ainsi que les corps irréguliers de Luckner et ‘Scheiter,
(1) Mortaigne est le seul qui fasse mention de ce poste dans sa lettre du 20 juillet à Belleisle,
à FERDINAND DÉBOUCHE D'ANRATH. 103
‘che- : furent envoyés à Papendeick avec mission d'inquiéter l’exonne trème droite de Clermont. Ces dispositions prises, on s'étaire Ë branla à 8 heures et l’on se dirigea sur Anratk laissant à evait droite la petite localité de Vorst. La marche fut pénible; était l'étroitesse des sentiers ne permettait pas d'avancer à plus com- de trois de front; ils furent reservés pour la cavalerie et 1 ar le l'artillerie, et les fantassins durent se frayer un chemin à aires, À travers les haies et les taillis. Ce ne fut qu'à deux heures de s em- l'après-midi que Ferdinand, qui ccnduisait en personne
élait la colonne, put déboucher dans la plaine en avant | de la d’Anrath. Il s'était servi, pour franchir la lanidwehr (1), e à la d'une des ouvertures que Clermont y avait fait pratiquer {l pérait le 19, lors de ses velléités d'offensive. Jusqu'’alors on n'a- \ it l'at- : vait rencontré, en fait de Francais, que des patrouilles aux rekeu 1 abords d’Anrath; après l'échange de quelques coups de
fusil, les troupes légères qui gardaïent ce poste s'étaient
les di- retirées sur les lignes francaises.
Tonis. | Clermont, pas plus d’ailleurs que ses conseillers atfantas- trés, Mortaigne et Contades, n'avait prévu une bataille; | aissent E | ils ne commencèrent à soupconner les intentions de l'armée | te que con‘édérée que vers 11 heures du matin. Voici la descrip- | princes tion que fait Mortaigne des preriers incidents de la jour- Il le per- É née (2) : « J'étais allé le matin avec M. de Contades à An- (|
la po- rath pour visiter cette partie; à une portée de fusil de là, juence. n. il nous vint un déserteur houssard qui nous dit qu'un didécs 7 petit bois et des broussailles qui étaient devant nous étaient le l’aile L. remplis d’ennemis et que nous allions être attaqués. Sans ( pièces ce houssard nous aurions été pris, M. de Contades et moi;
nous entrâmes pourtant dans la ville pour parler à M. Si- . NN cart qui commandait les volontaires royaux. Je lui dis Li qu'il était surprenant qu'il ne fût informé que l'ennemi
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(1) Relation succincte de l'affaire du 23 juin. Papiers du prince Xavier de Saxe, Archives de Troyes. |
ue à Belleisle. Andernach, 20 juillet 1758. Archives de la Guerre, vol. 3479.
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était si près de lui, qu'il devait sans perdre un instant envoyer reconnaitre et sortir de la ville avec son corps. Sans moi il allait être enlevé ; à peine fûmes-nous hors de la ville que sa patrouille trouva l'ennemi qui débouchait; nous allâmes joindre M. le comte de Clermont au quartier général. »
À deux reprises pendant la matinée, Clermont reçut de Crefeld où était posté Voyer, l'avis de l'apparition d'une grosse colonne ennemie marchant sur ce bourg; Voyer, qui avait commencé sa retraite, eut ordre de se replier derrière la landwehr. D'après le dire d’un officier du génie, l'insouciance de l'état-major aursit dépassé les bornes de la vraisemblance. Dès 7 heures du matin, des blessés de la légion royale qui tenait les avant-postes du côté d’Anrath, auraient raconté aux officiers occupés à tracer la redoute projetée qu'à la faveur des bois l'ennemi arrivait en nombre. « On fit avertir au quartier général; on n’en voulut rien croire; cependant les avis se réitéraient, mais l'opinion du conseil fut que ce ne pouvait être qu’une pointe. Le reste de l’armée attend des ordres pendant que le quartier général dine (1) pour prendre des forces. Enfin on assure qu'il était midi lorsque la générale fut battue et que les officiers-généraux recurent l’ordre d'aller à leurs divisions. »
Que les détails de ce récit soient exacts ou non, il est évident que le service d’avant-postes et celui de l'étatmajor, dans le camp français, étaient aussi défectueux l’un que l’autre, que les renseignements, mal transmis, ne furent pas considérés comme authentiques, et qu'en tout cas, ils ne furent pas vérifiés en temps utile. Probablement le général en chef n’attacha pas grande importance à des
(1) On racontait quelques jours après la bataille à La Haye que Clermont était encore à table à 4 heures quand on lui apporta la nouvelle de l'attaque de Saint-Germain. Kauderback à Galitzin, La Haye, 27 et 30 juin 1758. Con-
fidential Miscellancous. Record Office. IL y avait dans ces propos une exagération évidente,
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