‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 4)Chapitre 5 sur 361 · CLERMONT ARRIVE A HANOVRE · texte numérisé non relu

CLERMONT ARRIVE A HANOVRE

sez-y un peu et à la différence qu'il y aurait si vous aviez autant d’Autrichiens devant vous. Avec les Francais il n'y a qu'à aller droit à eux avec une fermeté et avec beaucoup de témérité quoique bien ordonnée. » Frédéric, il est vrai, n’a guère meilleure opinion des Hanovriens et de leurs alliés : « IL faut travestir (1) vos pleutres en héros, et pourvu qu'ils aient quelque avantage sur les Français, vous verrez fanfaronner vos lourdeaux et vous pourrez les mener au diable. » Il table sur le désordre qui résultera du changement de commandement : «Cependant voilà un nouveau général qui arrive, le moment que toutes les humeurs sont en fermentation. Cela doit donner lieu à bien des tracasseries, à des ordres opposés, des mesures changées, toutes circonstances dont vous pourrez profiter. »

Frédéric voyait juste. Pendant le court intérim qui s'écoula entre le départ de Richelieu et l’arrivée de Clermont, personne ne prit la direction : «Il ne faudrait pas, écrivait Voyer (2), que l'espèce d’anarchie où nous vivons duràt longtemps; M. de Villemeur, peu instruit de la masse totale, craint de donner aucun ordre et a peut-être raison. » À peine débarqué à Hanovre, le 14 février, Clermont tomba en pleine crise; il recut ses premières impressions de Crémille dont le langage, à en juger par le ton de la correspondance, dut ‘tre peu réconfortant. A la lecture des rapports des chefs de service, il put se convaincre que les effectifs étaient bien au-dessous des chilfres annoncés à Paris; l’état matériel des troupes laissait fort à désirer. Quant aux approvisionnements(3), si la

(1) Frédéric au prince Ferdinand, Breslau, 17 février 1758. Correspondance Politique, vol. XVI, p. 251.

(2) Voyer d'Argenson à Crémille. Wolfenbuttel, 14 février 1758. Papiers de Clermont, vol, XXXIX.

(3) Mémoire de l'Intendant Gayot, 12 février 175€. Papiers de Clermont, vol. XXXV.

fourniture du pain était assurée jusqu'au 1° mai, il avait été impossible de remplir les magasins à fourrages dont Richelieu avait décidé la création à Brunswick, Wolfenbuttel, Celle et dans les places du Weser; seules, les premières localités avaient recu à peu près le quart des quantités prévues; partout ailleurs, on vivait péniblement au jour le jour, Le pays épuisé se refusait à fournir davantage, et le vide du trésor et le manque de crédit ne permettaient pas d'avoir recours aux achats. On avait dû renvoyer sur les derrières une partie de la cavalerie, et on se demandait avec angoisse comment il serait possible de faire subsister, en cas de rassemblement, celle de la première ligne. Des travaux de fortification avaient été étudiés et mème prescrits à Brême, à Verden et à Celle; mais ils n’avaient pas été exécutés faute de travailleurs et surtout de fonds. Brunswick, Wolfenbuttel, Giffhorn, pour les mêmes raisons, n'avaient pas été mis en état de défense, et ne pouvaient soutenir un siège sérieux. Les hôpitaux, dépourvus des ressources nécessaires, étaient dans une situation épouvantable. Enfin les contributions sur lesquelles on comptait pour les réparations de l’habillement, les gilets et les souliers da troupier, ne rentraient que lentement et étaient fort en arrière. Clermont s'empressa (1) de mettre sous les yeux de la cour le tableau alarmant qui résultait de l’ensemble de ces rapports, et en tira comme conclusion logique la suspension de l’ordre de rappel des troupes destinées à la défense des côtes de France et au corps auxiliaire de Bohème.

Pendant que ces dépèches faisaient route pour Versailles, les mauvaises nouvelles se succédaient de jour en jour; dès le commencement de février, on avait appris que les Prussiens venaient d'entamer la droite de la ligne fran-

(1) Clermont au Roi, à Paulmy, à M"° de Pompadour. Hanovre, 16 février 1758. Papiers de Clermont, vol. XXXV.

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