‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 4)Chapitre 6 sur 361 · FERDINAND PREND L'OFFENSIVE · texte numérisé non relu

FERDINAND PREND L'OFFENSIVE

çaise; la petite ville de Hornburg (1) avait été enlevée avec sa garnison, par surprise, dans des conditions humiliantes : pas de sentinelles aux barrières, un caporal et trois hommes endormis au poste, le cor'mandant fait prisonnier dans son lit; une pareille mésaventure ne donnait pas une haute idée de la vigilance des avant-postes. Quelques jours plus tard, c'était la reddition du château de Regenstein, près de Halberstadt, avec le détachement qu'on y avait laissé bien inutilement; puis c'étaient les Hanovriens qui s'en prenaient à {a gauche française en attaquant, le 18, Rothenburg, ville située sur la Wumme, à quelque distance de Verden. Ces incidents étaient le prodrome d’une entreprise générale sur les quartiers d'hiver de l’armée de Clermont : le prince Ferdinand, renouvelant l'opération qui avait échoué au mois de décembre, avait conçu le projet de percer par Verden le cordon des Français, de séparer de la masse principale leur aile gauche qui serait rejetée sur Brème et de s'établir sur le Weser, de manière à menacer les communications avec la Westphalie et le Rhin et à provoquer l'évacuation du Hanovre. Entre temps, des démonstrations sur Celle et sur l'Ocker, combinées avec la pointe du prince Henri, inquiéteraient la droite française et détermineraient peut-être l'abandon de Brunswick et de Wolfenbuttel. En exécution de ce programme, l'armée confédérée, que venait de rejoindre la cavalerie prussienne du prince de Holstein détachée du corps du maréchal Lehwaldt, s’ébranla d'Amelinghausen le 18 février ; avec l'avant-garde (2), forte de 8 bataillons et 8 escadrons, marchait le prince Ferdinand; il était suivi du gros sous les ordres du général Zastrow, composé de

(1) Villemeur à Richelieu, 2 février 1758. Archives de Ja Guerre. Lettre sur l'élat actuel de l’armée française. Cologne, 28 février 1758. Correspondance Cressener. Record Office. ;

(2) Feldsüge der allierten Armee. Von Reden herausgegeben von W. A. von der Osten. Hamburg, 1805.

25 bataillons et #4 escadrons et réparti en deux divisions conduites respectivement par les généraux Sporcken et Wutgenau. A l’extrème droite, Diepenbroich, avec une brigade de 5 bataillons et 3 escadrons, se dirigeait sur Brême ; entre lui et l'armée principale opérait Wangenheim avec 6 bataillons et 6 escadrons. Le total des alliés comptait k4 bataillons, 61 escadrons et atteignait un effectif de 3% à 35.000 hommes (1). Ils trainaient avec eux un parc de 46 canons et un convoi de 4.000 voitures chargées de vivres et d'approvisionnements. Ce fut Wangenheim qui prit le premier contact avec les Francais; le début fut heureux. Après avoir essuyé quelques coups de canon, la garnison de Rothenburg, forte de 150 hommes, mit bas les armes le 20 février, et le lendemain, le prince héréditaire de Brunswick entra, sans résistance, en possession du poste de Ottersberg et de la ville de Verden, avec son pont sur l'Aller « qu'ils (les Français) (2) eurent là bonté de nous laisser intact, à notre grande surprise, quoiqu'un officier francais y ait été laissé avec un détachement pour le dét'uire ».

Voyons maintenant l'effet produit sur l'état-major de Clermont par la brusque incursion de son adversaire. Les premières dépèches, en date du 18, indiquent le désarroi le plus complet : le prince annonce (3) son dessein de se retirer derrière le Weser, « parti qui eût dû être pris depuis longtemps »; il n'a que 30.000 hommes en mauvais état à opposer aux 60.000 ennemis qui l’attaquent sur trois points différents, à sa droite du côté de l’Ocker, au centre vers Celle, et à gauche dans la contrée de Verden et de Brème. Il ne peut pas attendre les ordres de

(1) Renouard (Ærieg von Hannover. Cassel, 1863) n’estime cet effectif qu'à 27.000 hommes, mais il ne compte les bataillons qu'entre 4 et 500 hommes, alors que le complet était de 814.

(2) Boyd, commissaire anglais, à Holdernesse. Hudemubl, 23 février 1758.

Record Office.

(3) Clermont à Paulmy. Hanovre, 18 février 1758. Archives de la Guerre.

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la cour : « Le temps qu'ils seraient à me parvenir serait l'époque de la destruction de l'armée. » Le dégel seul, en causant des inondations, retarde les pro”rès des confédérés; « ce sera donc la variation dans le temps qui procurera plus ou moins de facilité à l'ennemi, sa promptitude dans ses opérations et dans ses attaques qui me détermineront à évacuer plus ou moins promptement les troupes qui sont dans Brunswick et Wolfenbuttel, lesquelles je ne crois pas sage d'abandonner à leurs propres forces, pour qu’au bout d'une défense de cinq à six jours elles fussent nécessairement prisonnières ». Dans un court billet au Roi, le généralissime confirme son intention de battre en retraite. Quant à Crémille (1), ilest pour le moins aussi démoralisé que son chef; il se voit déjà aux prises avec tout le corps du maréchal Lehwaldt et avec les Anglais qui vont débarquer en Ost Frise ou à l'embouchure du Weser; « l'armée est déjà cernée à notre droite, au centre et à notre gauche; les ennemis sont à une marche de nous dans chacune des trois parties et sans possibilité de se donner mutuellement aucun secours ». Sans la crue, les hostilités auraient déjà commencé; les vivres font défaut, les bataillons ne comptent pas plus de 300 hommes en moyenne; « je vous écris la mort dans le cœur ». Pour dégager sa responsabilité, il prend soin d'ajouter qu'il avait été d’avis de se retirer après l'incident de Celle ; depuis longtemps, il avait prévu en secret la terrible catastrophe dont on était menacé.

Cependant, à la réflexion, et peut-être sous l'influence du dégel qui persistait, le prince ct son conseiller se ressaisissent (2). On se bornera à évacuer Celle; on réunira sous Hanovre 36 bataillons et 16 escadrcas; la garnison de Goslar, appuyée de 20 bataillons et 20 escadrons, arrêtera l'offensive du prince Henri ; à la gauche Saint-Ger-

(1) Crémille à Belleisle. Hanovre, 18 février 1758. Archives de la Guerre. (2) Clermont à Paulmy, Hanovre, 20 février 1758. Archives de la Guerre.

main, avec des forces plus importantes, 23 bataillons et 22 escadrons,.se maintiendra à Brême; le mauvais temps et les inondations entravent les opérations du prince Ferdinand qui, probablement, devra se contenter de son facile saccès à Rothenburg. Néanmoins les précautions sont prises : les généraux d’Armentières à Celle, Villemeur à Brunswick, d’Andlau à Goslar, Saint-Pern à Hildesheim, de Muy à Gôttingen, ont ordre d’assembler leurs voitures et de préparer le transport des grains et des fourrages. Le général de Saint-Chamans, commandant de Verden, tiendra ce poste le plus longtemps possible; s’il est forcé à la retraite, il brülera le pont sur l’Aller et se retirera sur Nienburg. Clermont résume ses dispositions dans un billet (1) à la Pompadour : « Ne croyez donc pas, Madame, que je me détermine à passer le Weser qu'après avoir épuisé tous les moyens de rester en decà. Je sais combien le Roi le souhaite, et d’après cela c'est mon plus grand désir... La crainte que j'ai, Madame, que mes dernières dépêches n'aient pu faire penser que mon dessein était d'abandonner ce pays-ci, sans attendre d'y ètre forcé indispensablement, me fait prendre le parti de dépècher ce soir un courrier pour rassurer à cet égard. » La précaution était bonne ; les letires du 20 vinrent très à propos ranimer le moral fort abattu à Versailles, « Mon cousin, écrivait Louis XV à Clermont (2), le mémoire que vous avez envoyé par votre premier courrier, et vos dépêches de celui qui l’a suivi, je ne vous le cacherai pas, m'avaient fait une peine extrême; celles que nous recümes hier, du 20, me tranquillisent à beaucoup d’égards. L’abandon du pays d'Hanovre dans ce moment-ci est un coup mortel pour le système politique que je me suis fait et que j'ai adopté, y ayant en tout temps eu beaucoup d'inclina-

(1) Clermont à M"° de Pompadour. Hanovre, 20 février 1758. Papiers de Clermont, vol. XXXVI.

(2) Louis XV à Clermont, 26 février 1758. Papiers de Clermont.

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