COMBAT ENTRE SAINT-GERMAIN ET LE PRINCE FERDINAND
droite ne purent jamais pénétrer à l'autre côté du bois, à cause de deux batteries que l'ennemi y avait placées et qui furent soutenues par pius de quarante escadrons. » Que se passait-il du côté des Français? Des spectateurs, l'officier d'état-major Lamy du Châtel (1) et le général de Mortaigne, vont nous le dire. Les % bataillons de la Marine essuyèrent le premier feu : « L'attaque qui se fit sur la brigade de la Marine dura plus de trois quarts d'heure et la plus vive des mousqueteries que j'ai outes ; cette brigade pendant ce temps repoussa, fut repoussée plusieurs fois, et enfin forcée par la supériorité des ennemis à se retirer assez loin pour se reformer; celles de Lockman et de Touraine la remplacèrent et chassèrent d'emblée les ennemis hors de cette lisière de bois; cette attaque dura encore à peu près trois quarts d'heure, au bout duquel temps elle fut encore obligée de céder le terrain aux ennemis mais en très bon ordre. Une batterie de pièces de huit que nous avions sur le flanc rompit les ennemis plusieurs fois et les déposta, quoique fort battue par les batteries ennemies. » Enfin, vers cinq heures, les confédérés qui avaient engagé tout leur monde purent, grâce au tir de leur gros canon et à l'avantage du nombre (ils avaient au moins 12.000 fantassins à opposer aux 7.000 de Saint-Germain), pénétrer dans les vergers, franchir les tranchées qui protégeaient l’orée du taillis et, après un nouvel effort, se rendre maitres du taillis lui-même. Mortaigne, qui était accouru de ce côté, et Saint-Germain firent tout au monde pour se maintenir jusqu'à l'arrivée des secours qu'ils avaient demandés; le premier, après avoir vu son cheval recevoir quatre coups de fusil, se rendit auprès de Clermont pour hâter la marche des soutiens d'infanterie, et en attendant leur venue, pour faire charger la cavalerie de l'aile gauche qui jusqu'alors était restée sans bouger
(4) Lamy du Châtel au Ministre, Neuss, 24 juin 1758. Archives de la Guerre, vol, 3477.
sous le feu de l'artillerie hanovrienne. Par suite d'un malentendu resté inexplicable, le renfort promis ne parut pus sur le champ de l’action. D'après le rapport officiel (1) et la relation plus détaillée de Mortaigne, Cler'nont, aussitôt qu'il s'aperçut que la véritable attaque de l'ennemi avait pour objectif son aile gauche, ordonna à Cornillon, majorgénéral de l'infanterie, d'envoyer deux de ses aides chercher, l’un, la brigade de Navarre, et l’autre, la division des grenadie”s, qui servaient de réserve au centre et à l'aile droite. C'était l'infanterie disponible la plus rapprochée, car il eût été imprudent de dégarnir la landwehr et d'inviter l'ennemi, par un mouvement qui eût paru une reculade, à déboucher de Crefeld et de Saint-Tonis. Il eût d’ailleurs suffi d'une demi-heure, d'une heure tout au plus pour amener ces troupes, dont l'entrée en ligne eût certainemeni rétabli les affaires de Saint-Germain. A en croire Morlaigne, une enquête faite par les soins du général en chef aurait prouvé qu'au lieu d'être conduits à la gauche, les corps désignés auraient été dirigés sur un autre point du champ de bataille où leur présence était complètement superflue. Cette assertion est confirmée par le témoignage d’un autre spectateur, le prince de Saxe : «Il y avait déjà plus d’une heure qu’on avait demandé la brigade des grenadiers de France et celle de Navarre qui étaient destinées pour la réserve. Mais ces deux corps qu'on avait postés assez inutilement vers Crefeld dans l’idée que ce serait la principale attaque, se trouvant par ce moyen à l’autre extrémité de Ja ligne, ne purent arriver, telle diligence qu’ils firent, que lorsque les 3 brigades de M. de Saint-Germain étaient hors d'état de pouvoir les attendre. » Faute d'être secourue, en effet, la division de Saint-Germain, malgré l'énergie de son chef, commençait à faiblir; chassés du bois, les soldats se répandaient en désordre dans la plaine.
(1) Bulletin du 25 juin 1758. Papiers de Clermont, vol. XXXVIII,