CAUSES DE LA DÉFAITE
doutes jugées nécessaires pour la protection de la partie faible? Pourquoi ne pas affecter sur le terrain une réserve d'infanterie à la division de Saint-Germain ? Pourquoi n'avoir pas assuré la mise en route des renforts réclamés et leur arrivée au point menacé? Cornillon, chargé de transmettre l'ordre, informe Belleisle (f) qu’il le reçut à une heure (2) de l'après-midi, et qu'en conséquence les brigades des grenadiers et de Navarre (3) furent placées à la gauche du régiment de Champagne, le long de la landwehr. Ce dire s'accorde avec les témoignages de Mortaigne et du prince de Saxe cités plus haut, et il n’est pas en contradiction avec celui de Clermont. D'après le rapport rédigé par Mortaigne (4), mais signé par le prince, ce serait « la maladresse et l’étourderie de deux officiers que j'avais envoyés pour chercher ma réserve qui l'auraient égarée sans qu’on puisse comprendre comment, n'ayant qu'une bruyère à traverser, sans ravins ni buissons, et à l'abri de l'attaque ».
Si le reproche est fondé, c'est non sans motif que M®° de Pompadour (5) demandait à Clermont : « Qui sont les plats officiers, Monseigneur, qui ont égaré vos troupes et ont fait d’une action (qui devait être la plus belle) la plus malheïreuse du monde? » Qu'il y ait eu mauvaise interprétation de l’ordre donné, cela est possible, mais la responsabilité initiale n’en appartient pas moins au commandement dont les premières dispositions étaient défectueuses, et qui ne sut ni réparer la faute en temps utile,
(1) Cornillon à Fumeron. Weringen, 25 juin 1758. Arch. de la guerre, 3477.
(2) Le récit du prince Xavier parle d'un peu plus d’une heure avant la perte du bois, c'est-à-dire 3 heures et demie ou 4 heures.
(3) Le régiment de Navarre (4 bataillons) perdit 10 officiers et 27 soldats, et fut par conséquent pendant quelque temps dans la zone de feu. Les srenadiers de France et royaux (12 bataillons) n'eurent que 8 hommes hors de combat.
(4) Clermont à Belleisle. Weringen, 25 juin 1758. Papiers de Clermont.
(5) Me de Pompadour à Clermont, 28 juin 1758. Papiers de Clermont.
ni veiller à l'exécution prompte et exacte des nouvelles instructions.
Ce fut sans doute l'incapacité avérée de Mortaigne qui donna lieu à la légende de la trahison de cet officier général, reconnu par l’armée comme son véritable chef. A en croire les bruits colportés après la bataille et reproduits plus tard dans des ouvrages militaires (1), Mortaigne, jaloux du général en chef dont il aurait escompté la disgrâce en sa faveur, aurait sciemment empêché ou retardé l’arrivée des renforts destinés à Saint-Germain. Rien, selon nous, ne vient corroborer cette accusation qu’expliquerait une rare impopularité due à la morgue et aux prétentions du personnage. Du reste, nous partageonssur cette question les appréciations de l’Autrichien Kettler (2) : « Je n'ai pas donné dans l’histoire de la trahison de MM. de Villemeur et Mortaigne; je vis très simplement dans leur conduite des gens qui ne savaient ce qu'ils faisaient et auxquels la tète avait tourné à force d’être chargés d’une besogne qu'ils n'étaient pas en état de remplir. »
Quel que fût l’auteur de la faute commise, elle eut des conséquences fatales. Pendant que les 15 bataillons de Saint-Germain, après une résistance des plus énergiques, se faisaient écraser par les forces supérieures de l'aile droite des confédérés, les 58 autres bataillons de l’armée, d'un effectif de 25.000 hommes, restaient immobiles, exposés à la canonnade ennemie, en face des 1#.000 fantassins de Sporcken et d'Oberg, et à quelques lieues du champ de bataille les 12 bataillons de Beaussobre exécutaient des contre-riarches inutiles sur le bord du Rhin (3). Et cependant l’entrée en ligne de quelques bataillons eût fait pen-
1) La galerie des aristocrates militaires citée dans l'ouvrage de l'étatmajor prussien.
(2) Kettler à Kaunilz. Hamm, 4 novembre 1758, Archives de Vienne.
(3) Beaussobre à Fumeron. Neuss, 24 juin 1758. Archives de la Guerre, vol. 3477.
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