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L'ARMÉE FRANÇAISE SOUS LES MURS DE COLOGNE

nommés; avant-hier il y eut un éclat public dans l’antichambre... Les gros bagages sont portés à Andernach. Cela sent la marche de Coblentz. »

Pendant quinze jours, du 98 juin au 13 juillet, l’armée française demeura aux environs de Cologne; la volonté de la cour s'était affirmée d’une facon qui ne prètait à aucune équivoque. « L'ordre positif du Roi, avait écrit Belleisle (1), se réduit, Monseigneur, à ce que son armée reste dans son camp sous Cologne, et que l'on y fasse un pont sur le Rhin, et que l’on y attende les effets des opérations de l’armée de M. de Soubise. »

Mais si la nouvelle position de Clermont offrait l'avantage de se rapprocher de Soubise, de conserver les communications par le haut Rhin et la Moselle avec les dépôts de France, elle avait, par contre, le grave inconvénient de laisser ouverts les Pays-Bas autrichiens et de livrer cette riche contrée, presque dépourvue de troupes, aux incursions des confédérés. L'état-major français crut à un mouvement du prince Ferdinand dans cette direction : « I ya grande apparence, mandait Mortaigne sous la signature de son chef (2), que toute cette armée va se porter sur la Meuse et porter le théâtre de la guerre en Flandre... En cas que le Roi souhaite que je suive l’ennemi en Flandre, quelles sont les intentions sur les places de Wesel, Dusseldorf, Gueldres, Juliers, si j'y laisserai des troupes de milices ou troupes réglées et combien? » C'était contre ces forteresses qui génaient ses derrières que le général hanovrien allait porter ses premiers efforts : Ruremonde attaquée par le prince de Brunswick capitula, le 28 juin, après quelques heures de bombardement, et les 3 bataillons de milice qui en formaient la garnison se replièrent sur Liège, où s'étaient entassés, dans la plus grande

(1) Belleisle à Clermont, 1°" juillet 1758. Papiers de Clermont. (2) Clermont à Belleisle, sous Cologne, 30 juin 1758. Papiers de Clermont.

confusion, les hommes et chevaux destinés au recrutement et à la remonte d'une notable partie de la cavalerie de Clermont. De Paris, on y envoya le marquis de Castries pour rétablir l’ordre, et on détacha, de l'armée des côtes de France, quelques escadrons pour rassurer les populations des Pays-Bas et pour arrêter les réquisitions des coureurs hanovriens.

Malgré les incitations du cabinet de Londres, qui notifiait à son général (1) que « Sa Majesté n’a aucun ménagement à garder avec Sa Majesté Impériale... et que vous pourrez trailer ses États comme pays ennemi », l'invasion de la Belgique se borna à des raids de hussards qui allèrent lever à Tirlemont, à Louvain, et jusqu’à Charleroi, des contributions en nature et en argent. Ferdinand en effet, en dépit de ses succès, se rendait bien compte des dangers auxquels l’exposait son infériorité numérique et hésitait devant les risques d’une expédition trop excentrique. « J'ai battu grâce au ciel, écrivait-il au roi George (2), l'armée ennemie; mais malgré cet avantage je continue d'avoir vis-à-vis de moi une armée fort supérieure en nombre ;.… elle reste maîtresse des forteresses de Wesel, deGueldres et de Dusseldorf, tandis que deux ponts de bateaux jetés à Rees sur le Rhin font mon seul point d'appui et l'unique source d’où je puisse tirer ma subsistance. Je manque trop de bons ingénieurs et mon artillerie est trop peu nombreuse pour entreprendre des sièges tant soit peu difficiles.… Une seule marche faite dans ces circonstances de trop en avant doit devenir une source intarissable d’inconvénients vis-à-vis d'un ennemi vigilant et expert. » Déduction faite des garnisons, détachements et dépôts, à peine lui restait-il 30.000 hommes à opposer aux 100 bataillons, aux 100 escadrons et à l'artillerie formidable qu'il supposait à son antagoniste. Heureusement celui-ci ne

(1) Holdernesse à Ferdinand, 28 juin 1758. Record Office. (2) Ferdinand au roi George. Osterad, 29 juin 1758. Record Office.

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