CAPITULATION DE DUSSELDORF
On ne signa que le 7 juillet les conditions de la reddition, mais dès le 29 juin, le commandant français avait recu de Cologne (1) des instructions qui prévoyaient la chute de la pluce : « Quand les Palatins feront leur capitulation, M. de Bergeick fera tous ses efforts pour que les bataillons à ses ordres puissent se retirer et ne soient pas prisonniers de guerre. » Sur ce point, on eui gain de cause; la troupe, tant française qu'indigène, conserva sa liberté, mais 26 canons appartenant au Roi, 12.000 paires de souliers, 2.700 tentes, beaucoup de munitions et de vivres tombèrent entre les mains du vainqueur ou furent détruits par l’assiégé. En revanche, l'Électeur obtint la faculté d'emporter ses tableaux. On aurait eu tout le loisir d’évacuer les magasins; mais personne n'y songea en temps utile, et quand les attelages arrivèrent pour enlever le matériel, il était trop tard, la convention était déjà conclue (2). On laissa saccager les effets par les soldats : « Les Hanovriens, écrit le commissaire des guerres, ne profiteront pas des pertes immenses que nous faisons. L'indiscipline des troupes y a pourvu; hier à * heures la garnison a forcé le magasin du Roi malgré la garde qui y était. Les Français et les Palatins ont pillé... souliers, tentes, faisceaux... et jusques aux planches qui en formaient l'enceinte. »
Pendant le séjour des Français devant Cologne, un événement important s'était accompli : lecommandement avait changé de mains. Le crédit de Clermont était déjà depuis longtemps ébranlé; sans le rendre responsable des malheurs d’une armée qui avait été attaquée deux jours après son arrivée à Hanovre, renseignement pris, on avait jugé trop hâtive la retraite sur le Rhin, et quoique le principe en eût été accepté à Versailles, on avait blâmé une exé-
(1) Lettre citée par Bergeick dans son rapport du 6 juillet.
(2) D'Erville à Gayot. Dusseldorf, 6 et 8 juillet 1758. Archives de la Guerre, 3478.
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cution qui avait aggravé les pertes inhérentes à une opération de cette nature. Le passage du prince Ferdinand sur la rive gauche du Rhin, les succès stratégiques de ce général, les reculades successives des Français, la mauvaise interprétation donnée aux ordres du Roi, furent autant de griefs accumulés contre le prince ; décidément, celui-ci ne justifiait en aucune facon les espérances qui lui avaient valu sa nomination. Déjà à l’occasion d’un petit conciliabule tenu, le 23 juin, dans le cabinet de Belleisle (1), auquel assistaient, en dehors du ministre de la Guerre, Bernis, Paris Duver: 2y et Crémille, on avait parlé non seulement de modifier la destination du corps de Soubise, mais aussi de remplacer Clermont. Belleisle déclara que la cour, la ville, les provinces, l'Europe entière semblaient indiquer le maréchal d'Estrées. Duverney se répandit en éloges du vainqueur d'Hastenbeck, et on passa à autre chose. En réalité, il était très opposé à ce choix, comme la suite le prouve. La nouvelle de l'affaire du 23 parvint à Versailles le 26 ; Duverney y fnt appelé le 27; on discutu beaucoup sur le parti à prendre et « on pressa M. Duverney sur son départ pour l'armée; il en avait, de lui-même, fixé ie jour au samedi 1°" de juillet. ün ne lui dit pas que M. le maréchal d’Estrées avait été mandé, mais il le déméla dans les propos de M. l'abbé de Bernis. Il dit, en sortant du cabinet de M. le maréchal, à M. de Crémille qu’il ne partirait pas, si on donnait le commandement à M. le maréchal d'Estrées. M. de Crémille rentra dans le cabinet et n'en sortit plus. M. Duvesney revint le mème soir à Paris et eut pendant la nuit une vapeur si violente, qu’à # heures du matin il écrivit à M. de Crémille qu'il ne devait plus penser à aller à l’armée. Ayant eu avis que M. le Comte de Clermont se préparait à abandonner Neuss, il en fut si frappé qu'il alla de lui-même à Versailles le 29, où il vit
(1) Compte rendu des entrevues entre Belleisle et Duverney. Papiers de Clermont, vol. XXXVIIT,
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