MÉCONTENTEMENT DE DUVERNEY
avec le personnage, que le sujet ainsi écarté était Saint- Germain. Teujours est-il que le jour mème qu'il annonça à Contades sa nomination, Belleisle transmit à Saint-Germain (1) les félicitations du Roi sur sa belle conduite à Crefeld. Comme de coutume, Duverney prit en très mauvaise part le rejet de son protégé, et sous prétexte d’une de ces indispositions périodiques qui coïncidaient avec ses accès d'humeur boudeuse, se retira à Plaisance. Un billet de Belleisle (2) le força à sortir de sa villégiature : « Il serait doublement nuisible au service du Roi que vous ne vous portiez pas bien et que vous fussiez absent de Paris. La crise dans laquelle nous nous trouvons exige que nous puissions, M. de Crémille, ou moi, ou vous aller voir, ou vous proposer de venirici; vous er connaissez et en sentez mieux que personne toute la conséquence. Je suis absolument dans le même cas que vous sur le commandement de l’armée. M. l'abbé de Bernis a dû vous dire ce qui s’est passé à ce sujet que l’on ne peut mettre parécrit. Nousdevons cependant redoubler de soins, d'activité et d'attention dans une circonstance aussi intéressante. Je connais votre zèle pour le Roi et la chose publique, et votre cœur de citoyen. Le mien, quoique pénétré de douleur et d'amertume, ne m'empèche pas de me livrer 14 ou 15 heures par jour au travail quoique je n’aie encore pu rattraper le sommeil, mais il faut absolument sortir de l’état d’humiliation où nous sommes. »
A un tel appel il était impossible de résister; aussi Duverney vint-il conférer avec le ministre sur les moyens de constituer les magasins de vivres et de fourrages sans lesquels l’armée ne pourrait opérer en Westphalie et sur la Lippe. Belleïsle avaii-il pensé à Mortaigne pour en faire le successeur de Clermont? nous serions tentés de le croire;
(1) Belleisle à Saint-Germain, 3 juillet 1758, Archives de la Guerre, vol. 3478.
(2) Belleisle à Duverney, 9 juillet 1758. Papiers de Clermont, vol. XXX VIII. GUERRE DE SEPT ANS, — T. Il, 9
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en tout cas, malgré les revers de la campagne dont il s’obstinait à ne pas rendre son ami responsable, sa foi était restée entière. Le 3 juillet, date de la lettre à Contades que nous avons citée, le vieux maréchal écrivit à Mortaigne (1) une longue épitre, dont la partie essentielle était sans doute plus sincère que le début, où l'écrivain se déclarait « véritablement affligé de voir le parti que le Roi a cru être obligé de prendre de rappeler M. le comte de Clermont ». Après ce compliment de condoléance, Belleisle justifie la mesure par une critique raisonnée des opérations du printemps : « Je ne saurais croire que M. le comte de Clermont ait suivi vos conseils, ni ceux de M. de Contades; il n'est pas possible qu'il se füt conduit comme il l’a fait depuis un mois... Je dois m'occuper, en tout ce qui dépendra de moi, à aider M. de Contades à qui le commandement général de l’armée est confié, pour qu’il répare l'honneur des armes du Roi et raccommode une besogne si considérablement gâtée. J'espère qu'il y parviendra, surtout s’il est aidé de vos conseils. J'ai appris avec une vraie satisfaction, et par vous, et par M. de Contades lui-même, et par mon malheureux fils, que vous viviez tous deux dans la plus grande union; il faut qu’elle redouble à présent... je compte done, et j'en ai répondu au Roï, que vous agirez comme si vous commandiez vous-même l’armée; vous en êtes le premier lieutenantgénéral; et si, comme je le désire, les succès répondent aux moyens et aux forces que M. de Contades a en main, il sera maréchal de France et vous ne sauriez manquer de le suivre de près... J'entends parler principalement de MM. de Chevert et de Saint-Germain. Écartons les défauts qu'ils peuvent avoir, nous en avons tous; ce sont deux hommes de guerre l’un et l’autre, et très capables de remplir les missions les plus difficiles dont on voudra les
(t) Belleisle à Mortaigne 3 juillet 1758. Archives de la Guerre, vol. 3478.
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