DIVERSION DE SOUBISE EN HESSE
garde ne se mit en mouvement qu'à sept heures du matin et l'adversaire avait passé l’Erfft longtemps avant qu'elle ne pût y arriver. Le prince Ferdinand campa de l’autre côté de la rivière, la gauche à Neuss, la droite à Hulgen. Il y eut quelques escarmouches pour la possession du pont de Pfaffenmütze, sur l’Erfft, qui finit par rester entre les mains des confédérés. Ces derniers, satisfaits de ce petit avantage qui faciliterait au besoin leurs débouchés, ne cherchèrent pas à pousser plus loin et se bornèrent à s’établir solidement dans le poste conquis. Du 17 au 25, les deux armées demeurèrent en présence sans presque se tirer un coup de fusil.
Le changement dans l'attitude des Francais n'avait pas échappé à la perspicacité du prince Ferdinand : « C'est plutôt un étourdissement des premiers succès de l'armée de S. M., écrit-il (1), et les appréhensions où il (l'ennemi) a été des succès des armes du roi de Prusse, qui l'ont retenu que sa faiblesse. » Encouragé par les nouvelles récentes de Moravie, il se ressaisira et saura utiliser sa supériorité. Aussi la reprise de l'offensive par Contades confirma-t-elle chez le prince les inquiétudes que causaient déjà l'apparition de détachements francais du côté de Ruremonde sur ses derrières, la menace d'une expédition contre les ponts de Rees qui assuraient la communication avec la rive droite du Rhin, enfin les progrès de Soubise en Hesse. Bientôt il fallut donner (2) au prince d'Issemburg, dont les forces n'étaient pas suffisantes pour repousser l'invasion, l'autorisation en cas de nécessité de se retirer sur Munden et Hameln.
Par la teneur de ces dernières instructions, on voit que la diversion de Soubise commencait à produire ses effets. Conformément aux ordres reçus, ce général avait réuni le 11 juillet à Friedberg, 39 bataillons et 32 escadrons éva-
(1) Ferdinand à Holdernesse, Grevenbroich, 13 juillet 1758. Record Office. (2) Ferdinand à Gcorge. Neuss, 17 juillet 1758, Record Office.
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lués à une trentaine de mille hommes, sans compter le contingent du Wurtemberg. De là il se mit en marche, son avant-garde sous les ordres du duc de Broglie, le gros sous sa direction personnelle, et les Wurtembourgeois à quelques étapes en arrière. On s'empara de Marburg sans résistance le 16, et on prit le contact effectif avec les confédérés, le 23, à l'occasion du combat sanglant de Sandershausen.
Sur le point d'entrer à Cassel, dont une députation était venue apporter la soumission, Brogiie découvrit le camp des Hessois au delà de la Fulde, sur le chemin de Munden, à environ une lieue du chef-lieu. 11 se décida aussitôt (1) pour le cas « que M. d’Issemburg attendit trop tard à faire sa retraite », et disposa tout pour pouvoir attaquer son arrière-garde. En conséquence la ville fut occupée, l’ordre donné aux troupes de presser le pas, et des éclaireurs furent poussés en avant pour surveiller l'ennemi. L’infanterie, arrivée à midi, traversa Cassel sans faire halte et gravit les hauteurs; la cavalerie passa la rivière à gué et tout se concentra entre Bettenhausen et Sandershausen. Les Hessois qui avaient commencé à détendre leur camp, et qui s’apprètaient à défiler par la route de Munden, avaient suspendu leur mouvement et semblaient prêts à accepter le combat. « J'ai été assez surpris, relate Broglie qui avait pris les devants pour les reconnaitre, de voir les ennemis en bataille, la droite à un grand escarpement de la Fulde, et la gauche à un bois occupant la crête; le poste était très bon, j'ai bien vu que l'affaire était sérieuse. » Malgré une réduction de 2.400 dans son effectif, due à la nécessité de laisser 3 bataillons de Deux-Ponts et 800 hommes de piquets à Cassel et à Sandershausen, Broglie résolut de
(1) Rapport de Broglie à Soubise. Sandershausen, 23 juillet. Relation de ce qui s'est passé au corps de M. le duc de Broglie les 21, 22 et 23 juillet. Délail de ce qui s'est passé au corps de Broglie. Archives de la Guerre, 3479. Voir la carte à la fin du volume.
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COMBAT DE SANDERSHAUSEN. 137
brusquer l’action, sans se soucier de son général en chef qui était, il est vrai, de deux jours en arrière. Voici quel fut son plan d'opérations : « Le terrain étant étroit, j'ai mis l'infanterie en première ligne, la cavalerie et les dragons en une seconde; j'ai appuyé ma droite au bois et je l'ai renforcée de trois compagnies de grenadiers de Royal Deux-Ponts. Je l'avais plus avancée que ma gauche, mon dessein étant d'attaquer l'infanterie que les ennemis avaient dans le bois, et les tournant par leur gauche, les jeter le cul dans l’escarpement et dans la rivière, si l'attaque réussissait. Lorsque la disposition a été finie, j'ai placé les 10 pièces de canon des deux brigades d'artillerie devant la droite pour tirer sur la cavalerie des ennemis qui appuyait au bois. Cela lui a fait prendre le parti de s'avancer pour charger l'infanterie; j'ai fait alors doubler le régiment de Waldner derrière celui de Diesbach, et celui de Royal Bavière devant un bataillon des Deux-Ponts, et j'ai fait avancer par cet intervalle les régiments de Wurtemberg, Royal Allemand, et Nassau commandés par M. de Rougrave. »
Cette démonstration arrêta la cavalerie hessoise; profitant de son hésitation, Broglie la fit aborder par les escadrons de Rougrave; « mais la charge n'a pas été heureuse, et celle des ennemis a été si vive que j'ai craint pendant un moment que cela n'ébranlât l'infanterie qui se trouvait sans cavalerie; mais le régiment Royal Bavière a fait une si formidable décharge au régiment d'Issemburg qui est venu dessus, qu’il en a tué beaucoup et l’a maltraité de facon que cette cavalerie n'a plus reparu depuis ». D'autre part, une lutte des plus vives s’engageait pour la possession des bois d'Ellenbach qui convraient la gauche des Hessois; de ce côté, la brigade suisse et les grenadiers des Deux-Ponts, conduits par M. de Waldner, ne faisaient pas grand progrès. Mais Issemburg ne se bornu pas à défendre énergiquement ses positions; il dirigea
une contre-attaque contre la gauche française qu'il croyait probeblement dégarnie. Elle se heurta « à la brigade de Rohan dont Beauvoisis formait la gauche; cette brigade essu ya avec le courage le plus grand un feu très vif et elle y répondit de même; elle fit même replier les ennemis et reculer quelques centaines de pas, mais ils revinrent avec plus de force, se couvrant de l’escarpement, et voulaient gagner nos derrières. Pour m'y opposer je fis avancer quelques escadrons d'Apchon, et derrière ces escadrons notre cavalerie qui s'était ralliée. Le feu continuait toujours ävec beaucoup de violence; le régiment de Beauvoisis était écrasé et celui de Rohan perdait beaucoup, la poudre nous manquait; j'ai pris le parti de faire marcher à l'escarpement les deux bataillons de Royal Bavière et un des Deux-Ponts, et ceux de Beauvoisis et de Rohan; comme nous n'avions presque plus de poudre, nous nous y sommes portés la baïonnette au bout du fusil. Cela a réussi parfaitemeni, les ennemis ont fui; nous les avons suivis jusqu’à un grand ravin où nous nous sommes arrêtés; ils se sont jetés dans les bois qui bordent la rivière, dans un escarpement qui est auprès. Il était sept heures, le temps très mauvais, le pays très fourré; j'ai jugé à propos de n'arrêter. J'envoyai à leur suite M. le baron de Travers avec 700 hommes volontaires et les husserds qui vraisemblablement feront des prisonniers, et ic le dirige sur Munden. On m'en a déjà amené quelques-uns parmi lesquels il y : un aide de camp de M. le prince d’Issemburg; on a pris aussi quelques pièces de canon ».
Comme ce récit le démontre, l'action fut d'cidée par l'assaut vigoureux de l'infanterie francaise qui enleva à
la baïonnette les hauteurs occupées par les Hessois et rejeta les défenseurs dans la vallée de la Fulde; le mourvement tournant que Broglic avait voulu opérer par sa droite ne réussit pas. L'ennemi se maintint jusqu'à la nuit dans le château d'Ellenbach et n'évacua ce poste qu'à
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