RÉSULTATS DU COMBAT
la suite de la déroute de son aile droite. Étant donnés les faibles effectifs des deux armées et le peu de durée de l'affaire qui ne débuta qu'à deux heures de l'après-midi, les pertes furent très lourdes; elles se montèrent pour les Français, tant en tués que blessés, à 2.100 hommes dont environ 1.800 pour l'infanterie. Le régiment de Rohan, fort de 2 bataillons, laissa sur le terrain son lieutenant-colonel, 35 officiers et 359 sous-officiers et soldats. Beauvoisis, également à 2 bataillons, fut encore plus éprouvé : il eut 30 officiers et #19 sous-officiers et soldats mis hors de combat. Les trois compagnies de Deux- Ponts qui attaquèrent le château d'Ellenbach furent réduites, le soir, à 1 officier et 30 hommes.
D'après un témoin (1), la brigade de Rohan n'aurait été si maltraitée qu'à cause de ce qu’il appelle son indiscipiine au feu : « Aussitôt qu'ils furent à portée de l'ennemi, les soldats commencèrent à tirer sans commandement et à leur volonté; vainement M. de Broglie essaya de les faire cesser, vainement il ordonna à cette brigade de faire porter les armes et de faire un quart de conversion à gauche; tout le monde ordonnait, tout le monde criait; enfin ce ne fut qu'au bout de deux heures et lorsque la poudre manqua que M. le duc de Broglie parvint à se faire entendre et que le mouvement fut exécuté tant bien que mal. De ce défaut d'ordre, tranchons le mot, de cette indiscipline, il est résulté que la brigade de Rohan a été écrasée, vue de toutes parts par un ennemi à couvert qui faisait un feu prodigieux sur la masse informe qu'elle composait, et que peu s’en est fallu que Le combat n'ait tourné à la honte de nos armées. »
Dans l'affaire, Broglie avait engagé 11 bataillons et 1% escadrons, soit avec les troupes légères ct l'artillerie environ 7.500 kommes; de cet effectif, une proportion de 28 p. 100 fut atteinte par le feu. Plusieurs officiers supé-
(1) Keralio, aide-major général, à Belleisle, #8 août 1758. Archives de la Guerre, Allemagne, 3481,
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rieurs, Rosen, Puységur, le prince de Nassau, furent blessés; le marquis de Broglie, neveu du duc, le fut mortellement. Quant aux Hessois, qui avaient mis en ligne 5 bataillons et demi dont 3 de milice et 3 escadrons, soit en tout à peu près 4.500 combattants, ils souffrirent moins que les Français; mais ils laissèrent aux mains du vainqueur plusieurs officiers supérieurs, une cinquantaine d'officiers, 5 à 600 soldats, la plupart blessés, et 7 canons.
En résumé, le comhat de Sandershausen fut avant tout une bataille de soldats où l'infanterie, et surtout l’infanterie francaise, eut le beau rôle. La cavalerie, à l'exception des dragons d’Apchon, se comporta mal {1). Voici d'ailleurs les jugements contemporains sur les troupes et sur leurs chefs : Soubise (2) fait l'éloge de son lieutenant et demande pour lui le cordon bleu et toutes espèces de grâces. « L’occasion lui a été favorable, ajoute-t-il; reste à savoir s’il en sera reconnaissant; je veux le croire, mais il est bien sûr que c’est un homme de guerre et que je lui confierai pendant la campagne toutes les besognes qui demandent du talent. J'ai prévu celle-ci; je ne croyais pas que les ennemis osassent se commettre; rien n'était moins vraisemblable. Nos trois régiments allemands ont fait une charge très molle et mal soutenue. J'en suis surpris, car ils étaient supérieurs, c'est un malheureux moment; je crains que notre brigade française ne soit fort diminuée. Cette affaire va donner du ton ct relever le courage de l’armée. »
D'après un commentateur appartenant au corps de Soubise (3), probablement Castries, Broglie avait peu de bénéfice à espérer de son attaque; il aurait dû attendre l'arrivée du corps principal; son centre était trop resserré et la dispo-
(1) Lelieutenant-colonel du régiment de Rougrave reçut ses passeports pour la France. Correspondance de Castries,
(2) Soubise à Belieisle. Iesberg, 24 juillet 1758 (particulière). Archives de la Guerre, vol. 3479.
(3) Réflexions sur le combat du 24 juillet 1758, Archives de la Guerre, vol. 3179.
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