‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 4)Chapitre 72 sur 361 · DÉROUTE DES FRANCAIS · texte numérisé non relu

DÉROUTE DES FRANCAIS

après leur première décharge qui fut faite, malgré les ordres, beaucoup trop haut, je vis la brigade de ma gauche lâcher pied et se replier dans la plaine avec assez de désordre. M. de Voyer vint à bout de la rallier environ à 200 pas, mais comme les ennemis s'étaient emparés des haies qu'elle avait abandonnées, et que l'on faisait sur les fuyards un feu assez vif, il ne fut pas possible de reporter cette brigade jusqu'à son premier poste; et au lieu de remarcher la baïonnette au bout du fusil comme l'ordre en avait été donné, on se contenta d’essuyer et de faire une nouvelle décharge qui fut suivie d'un nouveau mouvement rétrograde plus précipité et plus indécent,. M. de Voyer crut y remédier en reportant un drapeau de la brigade sous le feu des ennemis, mais cela ne produisit qu'une nouvelle répétition de ce qui venait d'arriver, et il n’y eut qu'une trentaine de braves gens qui se sacrifièrent pour ramener le drapeau. »

Encouragés par ces défaillances, les confédérés se jetèrent sur « les brigades du centre et de la droite; celle du centre fut pliée sans espoir de la rallier; le régiment de Brancas se soutint un peu plus longtemps, mais il céda à son tour ». Bien secondé par ses deux brigadiers et sous la protection des dragons du Roi, Chevert reforma son infanterie sur les hauteurs de Drisfort, où il mit en batterie les deux seuls canons qui lui restaient, les autres étant tombés au pouvoir des Hanovriens. Après une halte d'une heure pour ramasser les blessés, la retraite continua « sur Wesel où l’armée arriva à 5 heures du soir sans avoir été poursuivie qu'une demi-lieue, l'ennemi s'étant contenté de paraitre en dehors du village de Meers sur deux colonnes et de nous tirer quelques volées de notre canon abandonné. »

Dans l'affaire, la perte des Francais, évaluée d’abord par Chevert lui-même à 900 tués, blessés et disparus, se trouva réduite à 600 par la rentrée des trainards. Les confédérés

ne laissèrent sur le terrain que 239 tués et blessés pour é la plupart Hessois; le régiment de Holtzenberg, dont la charge avait décidé la victoire, ne compta que 15 blessés. Ils s'emparèrent de 8 pièces sur les 10 qui formaient le parc d'artillerie, et de 2 canons appartenant aux régiments de Foix et de Royal Lorraine. Dans le rapport qu'il adressa dès le soir de l’action au maréchal de Belleisle (1), Chevert reconnait loyalement sa défaite : « Je ne chercherai point à pallier le désavantage que je viens d'avoir; plus j'étais frappé de l'importance de mon objet, plus la vérité m'oblige de convenir que j'ai bien perdu la petite bataille que je viens de donner. La fortune et les femmes ne sont pas, dit-on, pour les vieux généraux; cet échec le prouve, c'est le premier que j'ai eu à la guerre, et je le prendrai pour un avertissement dont je profiterai. Il est cruel et je n'avais pas mérité que ma carrière militaire finit par un pareil coup de poignard dont la plaie ne se fermera jamais. »

Il se plaint à bon droit de la conduite de ses soldats : « Je voudrais bien, écrit-il à Torcy (2), être dans le cas de pouvoir dire plus de bien des troupes que je commandais ; le régiment de Brancas et celui du Roi Dragons étant les seuls dont je puis me louer et qui ont fait j'arrièregarde... Les ennemis étaient postés avantageusement et j'avais malheureusement beaucoup de milice. Si je les avais battus, les conséquences en auraient été plus avantageuses pour le Roi que l'enlèvement du convoi d’Olmütz ne l'a été à l’Impératrice, puisque je me serais rendu maitre des ponts, des magasins et des équipages de l’armée hanovrienne..... Ma marche à la rive droite du Rhin à dù donner bien de l'inquiétude à M. le prince Ferdinand, et il est très vraisemblable que c’est ce qui l'a L:.

(1) Chevert à Belleisle. Wesel, 5 août 1758. Archives de la Guerre, 3480. : (2) Chevert à Torcy. Wesel, 9 août 1758. Cressener’s Correspondance. Record Office,

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