‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 4)Chapitre 73 sur 361 · CAUSES DE L'ÉCHEC DE CHEVERT · texte numérisé non relu

CAUSES DE L'ÉCHEC DE CHEVERT

déterminé aux marches forces et précipitées par lesquelles il s’est porté sur Xanten et sur Emmerich. »

Malgré sa déconvenue, le brave Chevert ne se tint pas pour battu; dans l'espoir de renouveler son succès contre le pont de Dusseldorf, il fit préparer et lancer (1) contre celui qu'il croyait encore à Rees des bateaux chargés de pierres et reliés entre eux par des arbres munis de scies. La tentative ne réussit pas; l'éloignement du pont, qui avait été descendu de Rees à Emmerich, permit à l’ennem: de couler la plupart des radeaux destructeurs; le reste échoua avant d'arriver à destination.

Bien conçue en principe, l'expédition contre les ponts de Rees, fut pitoyablement exécutée, Le général en chef ne mit pas à la disposition de son lieutenant les moyens proportionnés à l'importance des résultats qu'on pouvait attendre de l'entreprise; avec l'appoint de 7 ou 8.000 hommes ‘le bonnes troupes qu'il eût été facile de tirer de l’armée principale, ajouté à la brigade de Cologne, Chevert eût eu raison des # ou 5.000 soldats qu'Imhoff lui opposa. Ainsi que Napoléon le fait observer dans ses commentaires (2) sur la guerre de Sept ans, là où il eût fallu employer 18 ou 20.000 hommes on en détacha 7 à 8.000. D'autre part, sans parler du long séjour à Cologne qui fit éventer la mèche, la marche de Deutz à Meers fut beaucoup trop lente; la colonne française mit du 30 juillet au 5 août, plus de six jours, à accomplir un trajet d'environ 80 kilomètres. En agissant avec plus de célérité, Chevert n'eût pas laissé à son adversaire le temps de se renforcer, car les inondations empêchèrent Imhoff de se servir du pont dont les abords étaient sous l'eau, et il fut obligé de transporter en bateau à la rive

(1) Chevert à Contades. Westel, 9 et .0 août 1758. La Taille à Chevert, 10 août 1758. Archives de la Guerre, 3480.

(2) Ouvrage de l'état-major prussien sur la Guerre de Sept Ans, vol, IE, p. 159,

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droite les deux bataillons qui vinrent le rejoindre la veille du combat. Au point de vue tactique, Chevert fut accusé (1) d’avoir trop brusqué l'attaque, d’avoir mené les soldats « à tire d’aile », et de les avoir lancés contre la position ennemie encore « essoufflés, sans qu'ils s'y attendissent et sans disposition. » Pour expliquer la critique, il est bon de se rappeler que l'offensive n’était guère à la mode parmi les généraux de Louis XV. L’échec de Meers eut une fâcheuse répercussion sur toute là campagne; non seulement Ferdinand put repasser le Rhin sans être inquiété, mais Soubise y trouva prétexte (2) pour renoncer à tous projets de pointe sur Munster, Osnabruck et Lippstadt. Le 12 août, sur l'avis du combat du 5, il révoqua les instructions données un peu à contre-cœur à Dumesnil de se porter sur Paderborn et Lippstadt, maintint les anciennes positions et poussa la prudence jusqu’à rappeler le détachement qu'il avait posté à Gôüttingen. Grâce à ce contre-or ire, les Hanovriens eurent le temps de s'établir solidement à Lippstadt. En effet, Hardenberg, que la retraite du prince Ferdinand laissait fort exposé, ne pouvait songer à soutenir un siège à Dusseldorf avec sa brigade de 1.800 hommes; aussi évacua-t-il la ville après avoir jeté dans le Rhin (3) la plupart des canons dontil s'était emparé avec la place, et se retira-t-il à Lippstadt où 1l arriva le 19 août. Dusseldorf fut réoccupé par les Français quelques heures après .e départ de la garnison ennemie.

A la suite de la belle manœuvre du prince Ferdinand, qui lui avait procuré sur les Français une avance de deux jours, Contades avait dû renoncer à tout espoir d'atteindre son adversaire; peut-être même ne fut-il pas fâché de re- 4

(1) Guerchy à Belleisle. Wesel, 13 août 1758* Archives de la Guerre, 3480.

(2) Soubise à Belleisle, Cassel, 13 août 1758. Archives de la Guerre, 3480.

(3) Beaucoup de ces pièces furent repèchées dans le fleuve par les artilleurs français.

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