LES FRANÇAIS PASSENT LE RHIN
cueillir, sans risques, l'avantage matériel et moral que l'abandon des pays de la rive gauche du Rhin allait lui donner. Du moment qu'on n'avait pu ni poursuivre l'ennemi ni troubl r son passage, le seul parti à prendre était de hâter le sien. Le général en chef installa son quartier général à Alpen (1), pour surveiller l'opération qui devait s'effectuer par le pont de Wesel récemment rétabli. Par suite des inondations, l'accès du tablier était des plus difficiles. « Quelque désir que vous avez, Monsieur, lui écrivait (2) Chevert, de passer le Rhin, je doute que vous le puissiez à cause des flaques d'eau qui rendent les bords du fleuve inaccessibles du côté de Burich. » Comme la plupart de ces flaques n'avaient qu'une profondeur d'un pied et demi, c'était plutôt une gène qu’un obstacle insurmontable. Pour les franchir, on jeta des ponts d2 chevalets qui servirent à l'artillerie et aux bagages; l'infanterie fut obligée (3) « de se mettre jusqu’au gras de la jambe dans la boue ». Il y eut de la confusion, des accidents de voiture, des hommes noyés ou écrasés; le troupier profita de l’occasion pour revenir à ses vieilles habitudes de pillage. En résumé, la traversée de l’armée de Contades dura cinq jours, contre deux que les Hanovriens avaient mis à la leur, ccûta cher en effets, équipages et matériel de toutes sortes, et eut une influence fâcheuse sur la discipline si péniblement rétablie.
De Wesel, Contades avis: Belleisle de ses difficultés (%) : « J'ai éprouvé hier bien de ‘a contradiction par le Rhin. Je partis d'Alpen avec les campements de la première ligne à 5 heures du matin. Il avait plu toute la nuit et pleuvait encore. Il s'y joignit un vent affreux et comme
(1) Contades arriva à Alpen le 10 août. Les Hanovriens avaient commencé leur passage le même jour.
(2) Chevert à Contades, Wesel, 10 août 1758. Archives de la Guerre, 3480,
(3) Plainchamp au ministre. Wesel, 13 août 1758. Archives de la Guerre, 3480.
(4) Contades à Belleisle. Wesel, 13 août 1758. Archives de la Guerre, 3480.
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les gens du pays n’en ont jamais vu. Il ne fut plus question de continuer le second pont auquel on travaillait, et je ne m'occupai qu'à soutenir celui qui était fait et qui, malgré tous les soins qu'on y donna toute la journée, fut rompu trois fois Le pont a été totalement rompu pendant la nuit et n’a pu être réparé qu’à 9 heures du matin J'espère, s’il n'arrive point de nouvel inconvénient, que la totalité de l’armée sera passée aprèsdemain. » L'opération, qui devait être achevée le 15 août, ne le fut réellement que le 19 (1), et au prix de désordres sur lesquels le général en chef se garde de trop appuyer : «Il y aurait eu tant de monde à punir que j'ai cru qu'il convenait de ne punir personne. » C’est par cette phrase caractéristique qu'il convient de terminer le récit d’une campagne où, grâce à la supériorité de ma 1œuvres, d'organisation et de discipline des confédérés, leur chef avait poussé la hardiesse quelquefois jusqu’à l'imprudence, et acquis un prestige tactique et moral que ne justifiaient ni le nombre ni la réputation de ses troupes.
(1) Contades à Belleisle. Wesel, 19 août 1758. Archives de la Guerre, 3481.