FERDINAND ET CONTADES SÉPARÉS PAR LA LIPPE
torisa à concentrer ses forces à Cassel et à renoncer pour le moment à l'invasion du Hanovre. Ces instructions furent d'autant mieux accueillies qu’elles coïncidaient avec les vues de l'état-major du prince, hostile au siège des places du Weser et favorable à un eftort combiné avec l’armée de Contades.
Au fond, ni à Versailles, ni en Allemagne, on n'était partisan d'une action énergique. Le maréchal de Belleisle ne se faisait aucune illusion sur les résultats à espérer : «IL ne faut pas nous tromper nous-mêmes, écrivait-il à Stainville (1), nos troupes ont repris toute leur volonté, mais nos régiments sont en mauvais état; si nous prolongions la campagne, nous retomberions dans les maladies, le dégoût suivrait et vous connaissez la nation... Si nous ne faisons pas la paix cet hiver, ce que je ne crois pas trop praticable, nous anrons une armée formidable au printemps prochain. Ce serait une folie de songer à porter l'armée de M. de Soubise jusque sur l'Elbe, même au delà du Weser; il faut s'en tenir à y envoyer à propos de gros détachements bien conduits pour en tirer de grosses contributions cet en enlever des otages. »
Dans une lettre subséquente (2), le ministre de la Guerre répète ce qu'il a déjà dit sur l’état et l'esprit de l’armée : « Si le Roi voulait exiger trop et forcer nature, je ne dois pas vous le dissimuler, il achèverait de ruiner ses troupes et n'aurait point d'armée pour la campagne prochaine. » En définitive, le programme de la cour se réduisait aux termes suivants : vivre Le plus longtemps possible aux dépens de l'ennemi, puis à l'entrée de la mauvaise saison prendre des quartiers où l'on püt se reposer en sûreté. Pour remplir le premier de ces buts il était désirable d’obliger le prince Ferdinand à se retirer au delà du Weser ou pour le moins de l’Ems, tandis qu'on se maintiendrait à
(1) Belleisle à Stainville, 11 août 1758. Archives de la Guerre, 3481 (2) Belleisle à Stainville, 25 août 1758. Archives de la Guerre, 3481,
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portée du Hanovre pour y puiser vivres, fourrages et argent.
Après quelques jours consacrés au repos, Contades partit le 21 août de Wesel, fit sa première étape à Scherenbeck, franchit la Lippe à Dorstein le 23, et s'établit le surlendemain à Recklinghausen, L'armée se distribua le long de la rive gauche de la Lippe : Chabo avec quelques troupes légères en amont à Luynen, une division à Bampke en face d'Halteren; en aval, à Dorstein, le duc de Chevreuse couvrait les communications avec Wesel, distant d'environ 100 kilomètres du quartier général. Contades séjourna à Recklinghausen depuis le 25 août jusqu'au & octobre. Pendant les trois premières semaines, il n’y eut d’autres événements dans le camp français que l'entrée en ligne du corps saxon, fort de 9.000 hommes, sous les ordres du prince Xavier de Saxe, frère de la Dauphine, connu sous le nom de Comte 2e Lusace, et la promotion de Contades au grade de maréchal de France. Cette haute distinction, récompense d’une campagne où la nrudence avait joué un plus grand rôle que l'initiative, était de nature à confirmer le général français dans son intention de courir le moins de risques possibles et de s’estimer heureux s’il atteignait l'hiver sans accident. Le prince Ferdinand, devenu aussi peu entreprenant que son adversaire, garnit de ses troupes la rive droite de la Lippe, fixa son quartier général à Dülmen, entre Halteren et Munster, et attendit l'attaque, bien résolu à la repousser si elle se produisait; il se crut même assez fort pour détacher sur Lippstadt le général Oberg avec 10 bataillons et 10 escadrons. Cet officier, qui avait mission de surveiller les mouvements de Soubise, alla camper entre Lippstadt et Paderborn. Défalcation faite de la division d'Oberg, le prince Ferdinand avait 39 bataillons et 66 escadrons, soit, avec l'artillerie et les corps francs, environ #0.000 combattants (1) à op-
(1) La situation du 26 août donna 42.602 officiers et soldats présents et