MOUVEMENT TOURNANT DE CHEVERT
un peu plus de #0.000 combattants. Oberg et Issemburg avaient sous leurs ordres 22 bataillons (1) et 24 escadrons, soit un effectif de 20 ou 21.000 hommes. Soubise ne sut ou ne put profiter de sa supériorité, car la bonne moitié de ses soldats ne tira pas un coup de fusil et seul le corps de Chevert fut réellement engagé. Il se composait de 25 bataillons dont 15 saxons et # palatins, de 18 escadrons et des troupes légères de Chabo.
Dès le matin, aussitôt qu'il se fut rendu compte du mouvement tournant qui menacçait sa gauche, Oberg avait détaché de ce côté le général Zastrow avec deux bataillons et deux escadrons pourappuyer les chasseurs hanovriens qui faisaient le coup de feu avec l'avant-garde de Chevert. Zastrow chassa avec quelque perte les tirailleurs francais des bois en avant de Sichelstein, et occupa fortement le grand Staufenberg; puis en prévision de l’assaut qu'il voyait se dessiner devant lui, il demanda des renforts. En conséquence, le général de Bock le rejoignit avec 5 bataillons et 4 escadrons, et le général Post, avec une brigade mixte, prit une position de soutien entre Landwehrhagen et la gauche confédérée.
Chevert avait réparti son infanterie en deux colonnes : celle de droite, flanquée par les corps francs de Chabo, était formée de la brigade de Belzunce et des Palatins, en tout 10 bataillons: celle de gauche consistait en 12 bataillons saxons conduits par le comte de Lusace et par le général Dyhern; entre deux, l'artillerie escortée par 3 bataillons saxons; en arrière, la cavalerie distribuée en 3 brigades et forte de 18 escadrons: chaque colonne était précédée d’une avant-garde de 10 compagnies de grenadiers, Pour accomplir sa manœuvre, Chevert avait à traverser des bois clairsemés qui entourent la base du Grand
(1) Les effectifs réglementaires des bataillons et escadrons confédérés étaient très supérieurs à ceux de l’armée française.
Staufenberg ; il s'y heurta aux bataillons de Zastrow; ce choc entraina un combat des plus vifs où le commandant des grenadiers de droite, Belzunce, fut grièvement blessé. Chevert fit avancer sa cavalerie qui, prenant les confédérés «en front et en flanc, les enfonca dans la minute qu'ils venaient de pousser l'infanterie française. Nos 8 escadrons, relate Furstenberg, attaquèrent la cavalerie ennemie et en renversérent quelques escadrons, mais le nombre grossissait et sortit du bois. L'infanterie française qui n'avait pas combattu avancçait de nouveau; la nôtre avait été foulée en partie, le reste était obligé de se retirer quoique avec ordre. Les Français débouchèrent jusqu'à dos de notre première ligne. » Dans ces rencontres, le brave Voyer, qu'on retrouve toujours au poste du danger, fut blessé; le général Zastrow fut blessé et pris; les régiments hessois Issemburg et Kanitz souffrirent beaucoup. D'après le récit francais, d'ailleurs plus détaillé, il y eut deux combats, le premier dans le bois où l'infanterie hanovrienne eut à lutter à la fois contre les escadrons de Voyer et les grenadiers de Belzunce, le second dans la plaine entre les deux cavaleries rivales ; dans les deux affaires les Francais remportèrent un plein succès.
Pendant cette mêlée, les Saxons, qui formaient la colonne de gauche, étaient exposés au feu du Grand Staufenberg, « où les ennemis avaient placé des batteries et un gros corps de troupes, qui dominait la plaine par laquelle nos colonnes débouchaient ». II y eut un moment d'hésitation que le comte de Lusace fit cesser en ordonnant au baron Dyhern « de prendre la hauteur à revers tandis qu'il l'attaquerait de front ». L'assaut réussit et la butte, avec ses canons, tomba entre les mains des Saxons. Le Grand Staufenberg était la clef de la position, aussi les confédérés essayèrent-ils un retour offensif pour s'en ressaisir. IL fut repoussé, et l'artillerie française et saxonne put s'établir à mi-côte et couvrir de ses feux l’ennemi refoulé.
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DÉROUTE DES CONFÉDEÈRES. 177
La défaite de l'aile gauche des alliés trancha le sort de la journée; Oberg commanda la retraite qui se fit « avec une contenance parfaite jusque devant le bois où commence le défilé qui mène à Munden ». Le tir du canon francais que le duc de Broglie fit avancer « avec une vivacité extrème », mit le désordre « dans les troupes près du défilé; la cavalerie s'y jeta avec précipitation; l'artillerie et les charrettes de munitions descendant par des sentiers et en hâte, se brisèrent et se renversèrent. La nuit survint, tout descendit, passa Munden et alla coucher sous les armes au delà du Weser, » Soit manque de jour, soit fatigue des troupes, la poursuite fut molle ; à partir de l'entrée des bois que traverse la route de Munden, les fuyards furent harcelés seulement par quelques hussards que put repousser assez facilement le bataillon de Buckeburg placé en arrière-garde.
A l'affaire de Lutterberg, la plus grande partie de l’armée française ne prit pas part. Soubise permit à Oberg de dégarnir le centre pour renforcer sa gauche, sans essayer de s’y opposer; il laissa Chevert s'engager à fond
avant d'ébranler le reste de ses forces, et quand il songea.
à lancer sa cavalerie pour achever la déroute, il n'était plus temps. Malgré leur bonne volonté, les carabiniers, arrêtés par le vavin qui court entre Landwehrhagen et Lutterberg, ne purent Île franchir qu'en pelotons et débouchèrent trop tard pour être de quelque utilité. Une heure de moins consacrée à la formation des lignes, un peu plus d’audace dès le début de la bataille, auraient transformé en désastre ce qui ne fut qu'un échec grave pour le corps confédéré. Ces fautes n’'empêchèrent pas Soubise de recevoir ‘e bâton de maréchal de France en récompense d’une vicioire qu'il devait à Chevert. À bon droit, cet avancemen! fut attribué par l'opinion publique beaucoup plus à l'amitié du roi et de la favorite qu'aux talents du général.
GUERRE DE SEPT ANS. — T. Il. 12
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Au combat du 10 octobre, les Hanovriens laissèrent aux mains du vainqueur 22 canons, dont 6 au Grand Staufenberg et le reste pendant la retraite, des caissons, des drapeaux et environ 600 prisonniers, la plupart blessés, parmi lesquels bon nombre d'officiers supérieurs. Leur perte totale (1) fut relativement légère et ne dépassa guère 12 à 1.300 hommes. Celie des Français ne se monta qu'à 69 officiers et 500 solaats tués ou blessés ; elle porta presque exclusivement sur le corps de Chevert et plus particulièrement sur la brigade d'infanterie de Belzunce et sur celle des cuirassiers.
Le lendemain de l'affaire, le marquis de Crillon, chargé de la poursuite, arriva de grand matin à Munden: il n’y trouva que des blessés qui n'avaient pu être évacués pendant la nuit. Oberg, avec le gros de son armée, avait mis la Werra entre lui et les Francais et s'était retiré à Guntersheim où ceux-ci ne tentèrent pas de l'inquiéter. Le général hanovrien, après avoir remis l’ordre dans ses troupes, se sépara d'Issemburg qui reprit à Moringen son rôle de surveillance, traversa le Weser à ilolzmunden et rejoignit sans encombre le prince Ferdinand, le 21 octobre; à Ostinghausen. Soubise fit un séjour de quelques jours à Cassel et s'installa avec une partie de ses forces à Hohenkirchen, à deux lieues de Cassel, sur la route de Warburg. Il est juste de reconnaitre qu’en conformité avec la demande de Contades, il lui avait, dès le 13, renvoyé les corps de Chevert et de Fitzjames.
Revenons aux deux armées principales qui s'observaient l’une l’autre sur les bords opposés de la Lippe. Le mouvement de Contades sur Hamm parait avoir troublé (2) la quiétude de l'état-major confédéré. Quel motif avait dé-
(1) 166 tués, 426 blessés, 573 prisonniers et 16 canons. Gespräch im Reiche der Todten. Sranclort. Leipzig, 1758.
(2) Reden, Feldzüge der «llierte,: Armee, vol. I, p. 227.
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